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Cologne, les féministes et l’islam

lundi 11 janvier 2016, par siawi3

Source : http://www.revuedesdeuxmondes.fr/cologne-les-feministes-et-lislam/

par Valérie Toranian

11 janvier 2016

Les agressions sexuelles contre les femmes, qui ont eu lieu à Cologne lors de la nuit de la Saint Sylvestre, mettent une fois de plus en lumière les contradictions qui minent le mouvement féministe, et au-delà tous les humanistes antiracistes prompts à dénoncer l’islamophobie.

Je suis féministe, je crois au combat pour l’égalité hommes-femmes dans l’entreprise et le monde politique et à la lutte contre les violences faites aux femmes qui doivent être combattues sans laxisme. J’ai applaudi en 2003 à la loi sur l’interdiction des signes religieux, afin que l’école demeure le sanctuaire où se construit ce qui nous rassemble et non ce qui nous divise.

« Fausse route »

Je pense que notre statut de femme privilégiée en Occident nous impose un devoir de solidarité envers les femmes qui subissent, ailleurs dans le monde, l’oppression et la violence pour des motifs religieux s’appuyant et se confondant souvent avec des cultures patriarcales. Et bien entendu, quand cette culture religieuse/patriarcale/identitaire/anti-femmes prétend s’exercer chez nous, en France, nous devons être vent debout à défendre notre heureuse spécificité.

L’égalité entre les hommes et les femmes est un acquis fondamental de notre civilisation. La France est le pays où la conversation de salon entre hommes et femmes émerveillait les observateurs étrangers au XVIIe siècle. C’est aussi la patrie de Simone de Beauvoir, qui a produit le texte fondateur du féminisme au XXe siècle, où elle démontre que la place sociale des femmes (et non pas leur sexe ou leur sexualité) est une construction culturelle.

Les féministes ont fait « fausse route » selon l’expression d’Élisabeth Badinter en minimisant pendant des années la montée de l’islam politique et son influence négative sur les droits des femmes. L’oppresseur ne pouvait être que l’homme blanc, capitaliste, héritier du colonialisme. Critiquer la culture islamiste qui surveille les mœurs et les tenues des femmes, faisait de vous une alliée de Satan, une néo-colonialiste, une islamophobe, une raciste.

L’épreuve du réel

Aujourd’hui les féministes comme les progressistes sont face à l’épreuve du réel. Toutes les victimes des agresseurs de Cologne décrivent le même scénario : elles étaient « encerclées par de petits groupes d’hommes d’apparence arabe ou maghrébine », « Les hommes se jetaient sur les femmes comme si nous avions été du bétail », « Les forces de l’ordre étaient totalement dépassées, incapables de protéger les jeunes femmes livrées aux attouchements d’hommes en rut, qu’elles soient accompagnées de leur petit ami ou non ».*

S’agit-il de migrants ? Vraisemblablement, pour une partie d’entre eux. Parmi les 31 suspects formellement identifiés, on compte 22 demandeurs d’asile – quelques Syriens, des Iraniens, un Irakien, mais surtout beaucoup d’Algériens et de Marocains.

« Aujourd’hui les féministes comme les progressistes sont face à l’épreuve du réel. »

Évidemment il faut raison garder : tous les demandeurs d’asile ne sont pas des agresseurs sexuels potentiels et nous devons continuer d’accueillir, en les contrôlant et les encadrant, ceux qui fuient l’État islamique en Orient. Mais la brutalité de ces agressions nous a laissée sans voix. « Le problème, c’est l’image des femmes qu’ont de nombreux migrants, estime Heinz Buschkowsky, ancien maire social-démocrate de Neukölln, un quartier multiculturel de Berlin. Pour beaucoup d’entre eux, une femme sortant le soir n’est rien d’autre qu’une prostituée. Bien des hommes qui ont grandi dans une société patriarcale n’ont pas de honte à tripoter les femmes. Il faudra plus que des cours d’intégration pour changer cette image des femmes ! »*

Les « sociétés patriarcales » d’où sont issus ces migrants sont directement pointées du doigt. Certes, mais il faudrait avoir le courage de dire que cette vision obscurantiste n’est pas d’essence très différente de celle que prônent beaucoup de mouvements issus de l’islam politique en France et notamment de la mouvance salafiste, antifrançaise, antirépublicaine, anti-droits des femmes, qui même si elle n’est pas majoritaire possède un ascendant indéniable dans les esprits.

Ne pas transformer le coupable en victime

Pour ces hommes chargés de surveiller les bonnes mœurs, une femme convenable ne porte pas de jupe, est voilée, ne sort pas le soir et ne ressemble en rien à l’image de la « Française » qu’ils qualifient de débauchée, buvant des coups aux terrasses des cafés avec des hommes, portant des vêtements provocants (une jupe, une robe…), une femme aux mœurs légères, une femme qui couche. Bref, une moins que rien. Et pourquoi respecter une moins que rien, à Cologne, à Paris, en Finlande ou ailleurs ?

« Les vraies féministes n’ont pas peur du réel, elles sont de gauche comme de droite, et leurs valeurs sont universelles. »

Le puritanisme est l’autre folie de l’islamisme. Elle exerce sa violence sur les femmes. Elle est intolérable. Accepter que des femmes ne jouissent pas des mêmes droits que nous sous prétexte que c’est leur culture et leur religion, c’est du racisme. Se taire lorsque certaines subissent des agressions sexuelles sous prétexte que ces hommes sont des migrants et des musulmans donc des victimes, c’est transformer le coupable en victime et mépriser la victime.

Voilà où les errances d’un certain féminisme nous ont conduits. Ces militantes de gauche, championnes du relativisme culturel, trahissent à la fois l’égalité républicaine et leur famille politique qui a toujours défendu les droits des femmes. Les vraies féministes n’ont pas peur du réel, elles sont de gauche comme de droite, et leurs valeurs sont universelles.

* Témoignages relatés dans Libération, par Nathalie Versieux envoyée spéciale à Cologne.

(Photo : Manifestation contre le sexisme et le racisme à Cologne, samedi 9 janvier / Photo Oliver Berg. DPA. Corbis)