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Mauvaises fréquentations à Tunis

samedi 16 janvier 2016, par siawi3

Source : https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/150116/congres-de-nidaa-tounes-ces-femmes-nidaaouies-qui-ont-souille-mon-vote-utile-pour-ce-parti

Congrès de Nidaa Tounes – Ces femmes nidaaouies qui ont souillé mon « vote utile » pour ce parti !

15 janv. 2016

Par salah horchani

Blog : Nos martyrs ne sont pas morts pour une dictature brun-vert !

Les photos ci-dessous sont extraites de l’album-souvenir du premier congrès du parti Nidaa Tounes (en arabe, نداء تونس = Appel de la Tunisie) qui a eu lieu les 9 et 10 courant à Sousse1) et qui, dès son ouverture, a fait polémique jusqu’à être taxé de congrès de la honte ou de la trahison, ce qui n’est pas, à vrai dire, faux. Sur ces photos, on voit des nidaaouies (féminin pluriel du mot nidaaoui = partisan de Nidaa Tounes) posant avec Rached Ghannouchi, président-fondateur du parti islamiste « frériste » tunisien Ennahdha (dont les partisans sont désignés par nahdhaouis) et invité d’honneur du dit congrès, invitation qui a souillé, aussi, mon dit vote utile et qui a permis, encore une fois, au dirigeant islamiste d’officialiser l’OPA d’Ennahdha sur Nidaa Tounes2).

Avant la vision de ces photos, il convient de rappeler, à l’attention des non-initiés à l’actualité politique tunisienne et de ces nidaaouies, apparemment, à la mémoire courte, les trois faits suivants :

1. Pour Rached Ghannouchi, la femme se réduit à objet sexuel

De la célèbre théorie freudienne selon laquelle tous les comportements ont une explication sexuelle, Rached Ghannouchi a tiré un corollaire non moins célèbre selon lequel la femme se réduit elle-même, intégralement, à un objet sexuel, puisqu’il a écrit :

« La différence entre les deux sexes repose, essentiellement, sur les fonctionnalités sexuelles, et les spécificités de la femme tournent autour de ses fonctions sexuelles. Chaque spécificité de la femme a un lien avec sa fonction sexuelle ou est le résultat de cette fonction, essentielle chez la femme (...) et qui est le fondement de la nature féminine, alors que toute autre caractéristique reste secondaire, fluctuante, tout aussi fondamentale soit-elle »,

citation traduite de l’arabe par moi-même, à partir du livre de Rached Ghannouchi intitulé « La femme entre le Coran et le vécu des musulmans », et cela, à partir de son édition parue en 2001 à Londres, aux éditions Maghreb Center for Researches and Translation, livre téléchargeable3), considéré par l’auteur lui-même comme étant « l’un des plus importants » et des plus actuels de tous ses écrits à tel point qu’il l’a offert à la femme tunisienne, à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2015 avec la mention :

« Comme nous nous préparons à célébrer la Journée internationale des femmes [2015], nous sommes heureux de vous présenter [notre livre] "La femme entre le Coran et le vécu des musulmans" »4).

Dans ce contexte, il convient de rappeler que l’opinion de Madame Rached Ghannouchi « vis-à-vis du statut de la femme tunisienne aujourd’hui » ne contredit point celle de Monsieur Rached Ghannouchi, puis qu’elle a déclaré, dans la langue de Molière :

« La femme n’a pas lutté pour avoir sa liberté. Mais, cette liberté lui a été accordée par ce Statut [le Code du Statut Personnel]. Alors, elle n’a pas su bien œuvré et elle abuse de cette liberté (…) je ne suis pas contre [la polygamie] parce que, à mon avis, la monogamie a abouti à une mauvaise situation pour les hommes, parce qu’elle a abouti à l’adultère, la débauche »5).

Le Code du Statut Personnel (CSP), auquel se réfère Madame Rached Ghannouchi dans cette déclaration, fut promulgué le 13 août 1956 par Habib Bourguiba, la bête noire des islamistes, moins de cinq mois après la proclamation de l’Indépendance. Ce Code a sorti la femme tunisienne des ténèbres, en lui permettant, notamment, de gérer librement sa vie, sans aucune tutelle ni aucune contrainte, en particulier pour ce qui concerne le mariage et le divorce, Code qui a interdit la polygamie et la répudiation et qui a introduit, implicitement, bien que timidement, une exception tunisienne non négligeable dans le Monde musulman, à savoir : la Sharia n’est pas la source obligée du Droit Tunisien. Contrairement à ce qu’affirme Madame Rached Ghannouchi, le CSP n’est pas sorti du néant, mais, fut le fruit d’un long combat qui a commencé au début du XXème par l’émergence, en Tunisie, d’un Mouvement féministe, très proche du mouvement anticolonialiste, porté par des femmes et par des hommes qui ont payé très cher leur engagement. À la vérité, Madame Rached Ghannouchi n’a fait que présenter la position dominante de ses « sœurs » et « frères » tunisiens « vis-à-vis du statut de la femme tunisienne aujourd’hui » et du problème de la polygamie.

2. Nidaa Tounes fut vainqueur des élections législatives et présidentielles 2014, contre le clan des islamistes et assimilés, grâce au soutien des forces modernistes

Le slogan prépondérant qui a animé la campagne électorale qui a conduit à cette victoire est : « Tous contre Ennahdha » – à la façon de la victoire de Jacques Chirac, contre Jean-Marie le Pen, aux élections présidentielles françaises de 2001 – victoire salvatrice, après une parenthèse brun-vert de pouvoir islamiste, de tous les excès et de tous les coups bas, qui a couvert la période de l’écriture de la Constitution de la deuxième République tunisienne, parenthèse au cours de laquelle le pouvoir nahdhaoui faisaient revenir, sans cesse, la Sharia par les fenêtres de l’Assemblée nationale constituante, chaque fois que, nous autres modernistes, nous la poussions par ses portes6), période qui, grâce à notre combat acharné, a été couronnée par l’adoption d’une Constitution démocratique et civile renvoyant aux calendes grecques (espérons-le pour toujours) le projet nahdhaoui. Suite à cet échec islamiste, Rached Ghannouchi avait pris l’engagement, publiquement et pédagogiquement, lors d’un immense meeting nahdhaoui, de faire de la Sharia la mère des lois dès qu’Ennahdha serait majoritaire dans l’absolu, au moins à 51%, a-t-il sous-entendu7). Dans ce contexte, l’hebdomadaire Jeune Afrique avait écrit : « Ghannouchi balaye d’un revers de main les principes démocratiques et affirme que "lorsque nous serons forts et puissants, nous pourrons décréter des lois régissant la vie sociale et la famille selon le modèle islamique" »8).

3. Ces nidaaouies qui posent en compagnie du chef nahdhaoui ne représentent absolument pas la femme tunisienne9)

Venons-en aux fameuses photos :

À propos de ces photos, un ami, répondant aux initiales P.L. qui se reconnaitra, a écrit le commentaire exquis suivant :

« L’on a pu voir à Sousse, "les élégantes", "les refaites" faire la pose avec un vitrioleur ... En route pour une excision ou pour une hyménoplastie politique qui ne pourra cacher les pénétrations bestiales, sans doute très vénales.

Le patriotisme exige bien des sacrifices ... la perte de son honneur pour servir l’assassin posthume de Bourguiba ... Quel idéal !

Bien dommage que l’article 230 du CP [Code pénal] ne s’applique aux accouplements politiques contre nature…

Sont-elles plus honorables que celles qui préféraient la complémentarité à l’égalité ?

Consolez-vous dames de basse-cour, vous pourrez bientôt cacher votre déshonneur sous le niqab ! ».

Pour le terme vitrioleur employé dans ce commentaire, voir mon poème intitulé « Tunisie - Ennahdha, c’est aussi de l’islamisme conjugué avec le terrorisme et le mercantilisme »10). Quant à l’article 230 dont il y est question, il s’agit de l’article du Code pénal tunisien pénalisant l’homosexualité.

Enfin, pour ce qui est de l’expression l’assassin posthume de Bourguiba, rappelons que Rached Ghannouchi n’a jamais pardonné à Habib Bourguiba d’avoir imposé à la Tunisie une modernisation à l’occidentale aux dépens de l’islam, selon ses dires, à tel point qu’il a refusé, plus d’une fois, lors d’émissions télévisées de grande écoute, sur sa chaîne-amie Al Jazeera ou bien sur des chaînes tunisiennes, d’appeler sur lui la miséricorde de Dieu11).

Et dire que Nidaa Tounes se prétend héritier de la pensée bourguibienne !

Et dire, aussi, qu’il fut un temps où, pour Rached Ghannouchi, « Nida Tounes est plus dangereux que les salafistes »12).

Notes :

1)http://www.huffpostmaghreb.com/2016/01/10/nida-tounes-tunisie-ghannouchi_n_8948434.html

2)https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/130116/tunisie-l-opa-d-ennahdha-sur-nidaa-tounes

3)http://www.mediafire.com/view/1vf093iy7jhpmfy

La citation elle-même se trouve à la page 50 dans la numérotation des pages du fichier PDF et à la page 54 dans celle du livre.

4) Voir, à ce sujet, mon billet intitulé « Journée internationale des droits des femmes 2015 – Monsieur Rached Ghannouchi, vous osez ! », paru sous le lien suivant :

http://blogs.mediapart.fr/blog/salah-horchani/070315/journee-internationale-des-droits-des-femmes-2015-monsieur-rached-ghannouchi-vous-osez

5)https://www.youtube.com/watch?v=DZ63rfcgtss

6) Voir mon article intitulé « Tunisie : Sacrée Sharia ! Chaque fois qu’on la pousse par la porte, les islamistes la font revenir par la fenêtre ! (2/4) », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/020114/tunisie-sacree-sharia-chaque-fois-qu-la-pousse-par-la-porte-les-islamistes-la-font-revenir-par-l

7) Voir le paragraphe I de l’article suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/071015/propos-de-la-plainte-de-rached-ghannouchi-contre-moi-pour-diffamation

8)http://www.jeuneafrique.com/173908/politique/tunisie-les-vid-os-de-ghannouchi-bad-buzz-pour-un-th-ocrate/

9) Voir mon poème intitulé « Tunisie - Aux femmes de mon pays - À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes », paru sous le lien suivant :

https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/010314/tunisie-aux-femmes-de-mon-pays-l-occasion-de-la-journee-internationale-des-droits-des-femmes

10)https://blogs.mediapart.fr/salah-horchani/blog/061014/tunisie-ennahdha-c-est-aussi-de-l-islamisme-conjugue-avec-le-terrorisme-et-le-mercantilisme

11) Ainsi,par exemple, lors de l’émission Uniquement Pour Ceux Qui Osent | لـمـن يــجـرؤ فـقـط , du 19 janvier 2014, dont on trouve ci-dessous la vidéo, Rached Ghannouchi a déclaré « J’aurais bien aimé appeler sur [Habib Bourguiba] la miséricorde de Dieu, mais, je suis dans l’impossibilité de le faire ».

https://www.youtube.com/watch?v=ho3qcHEzxiA

12)https://www.youtube.com/watch?v=g4dZyXWAZNU