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Salafistes, ce film qui provoque un scandale

cinema

jeudi 28 janvier 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/01/26/01016-20160126ARTFIG00319--salafistes-ce-film-qui-provoque-un-scandale.php

Par Claire Bommelaer

Mis à jour le 26/01/2016 à 22:20 Publié le 26/01/2016 à 19:50

Le documentaire empile 70 minutes d’interviews de militants salafistes, entrecoupées d’extraits de propagande puisées dans le stock des vidéos de Daech ou al-Qaida.

La ministre de la Culture, Fleur Pellerin, doit décider mercredi matin du sort de ce documentaire violent et ambigu sur la mouvance islamiste radicale.

Doit-on, en plein état d’urgence, censurer un documentaire mettant en scène des images de propagande djihadiste ? Le gouvernement se posait encore la question mardi soir face au film Salafistes. Réalisé et coproduit par François Margolin et par le journaliste mauritanien Lemine Ould Salem, le documentaire attendait encore son visa d’exploitation, mardi soir, alors que sa diffusion était prévue dans cinq salles mercredi. Tourné au Mali, en Irak, en Algérie, en Tunisie et en Mauritanie entre 2012 et 2015, le film donne la parole à des musulmans prônant un retour aux fondamentaux de l’islam. Il montre sans détours - et surtout sans voix off explicative - l’engagement fou des djihadistes et la réalité de la charia.

Le 19 janvier, la commission de classification des visas d’exploitation, réunie une première fois en conclave, avait préconisé une interdiction aux spectateurs de moins de 18 ans, assortie d’un avertissement au public. Un représentant du ministère de l’Intérieur, membre de la commission, avait notamment estimé que les images de propagandes de l’État islamique pouvaient relever de l’apologie du terrorisme. Réservée aux films pornographiques, d’une grande violence ou portant atteinte à la dignité humaine, l’interdiction aux moins de 18 ans est rare pour un documentaire, le dernier précédent étant l’interdiction faite, en 2002, pour un documentaire de Michel Reilhac sur les maisons closes.

Onde de choc et vives discussions

Quelques jours plus tard, Salafistes a été montré au Festival international des programmes audiovisuels de Biarritz. Précédé de son interdiction aux mineurs, il a créé une onde de choc et de vives discussions. À tel point que la seconde projection a failli être annulée. « Sourd, aveugle et têtu, un préposé du ministère de l’Intérieur range Salafistes dans la catégorie “apologie du terrorisme”. La bêtise est partout », a grincé le réalisateur Claude Lanzmann, dénonçant sur le site Internet du Monde« une censure honteuse ».

À la demande de la famille d’Ahmed Merabet, les réalisateurs ont depuis expurgé le film de la scène montrant l’exécution du policier par les frères Kouachi, le 7 janvier 2015. Des scènes ultraviolentes, comme celle montrant un homme en train de se faire couper la main, ont aussi été ôtées. À l’issue de ces modifications, le documentaire a été soumis de nouveau, pour avis, à la Commission des visas d’exploitation. Cette dernière s’est réunie ce mardi soir pour visionner la nouvelle version de Salafistes. Selon nos informations, elle aurait recommandé de ne pas interdire le film aux moins de 18 ans mais de l’assortir d’une mise en garde.

« Nous avons failli mourir pour ces images, et nous nous retrouvons en position d’accusés »
François Mar­golin, réalisateur de Salafistes

Mais ces coupes, représentant environ une minute, ne changent rien au fond. Comment ces images vont-elles être perçues dans les salles ? Les djihadistes peuvent-ils faire l’objet d’un film documentaire, a fortiori dénué de tout commentaire ?

Aujourd’hui, la balle est dans le camp de la ministre de la Culture. À son retour d’Inde, dans la nuit de mardi à mercredi, elle devait trouver sur son bureau la nouvelle décision de la Commission des visas d’exploitation prise mardi soir. Et devait, selon son entourage, « décider dans les meilleurs délais », sans doute dans la journée, si elle la suivait ou non. Décision délicate : s’il n’est jamais aisé, pour un ministre de la Culture, d’enfourcher le cheval de la censure, la période et le sujet valent que la décision soit réfléchie. Les derniers cas de censure gouvernementale pour des documentaires remontent à la période coloniale et à la guerre d’Algérie, notamment avec les films et documentaires de René Vautier.

« Nous avons failli mourir pour ces images, et nous nous retrouvons en position d’accusés », tonne François Margolin, qui explique au Figaro qu’il n’imaginait pas « avoir des problèmes avec le gouvernement français », mais plutôt avec les protagonistes du documentaire. « Il faut absolument que l’interdiction aux moins de 18 ans soit levée, conclut-il. Sinon, c’est la mort du film. »