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France : Amine El Khatmi, résistant de la laïcité dans la tourmente sur Twitter

samedi 30 janvier 2016, par siawi3

Source : http://www.marianne.net/amine-el-khatmi-resistant-laicite-tourmente-twitter-100239751.html

Jeudi 28 Janvier 2016 à 17:22

Bruno Rieth

Depuis plusieurs jours, Amine El Khatmi, maire adjoint socialiste d’Avignon, est victime d’une campagne de haine sur Twitter, dans l’indifférence presque générale. Son seul tort : avoir dénoncé les propos de Wiam Berhouma, tenus la semaine dernière dans l’émission "DPDA" face à Alain Finkielkraut, et surtout rappelé son attachement à la laïcité.
Capture Twitter

"Arabe de service", "collabeur", "Harki"… Depuis samedi 23 janvier, Amine El Khatmi, adjoint socialiste à la mairie d’Avignon et membre du Conseil national du PS, ne compte plus le nombre de messages d’insulte de ce type reçus via son compte Twitter. Une violence verbale qui se déverse en flot continu, de manière crescendo. Son seul tort ? Avoir osé critiquer sur les réseaux sociaux les propos de Wiam Berhouma, cette enseignante proche du Parti des indigènes de la République, à l’adresse d’Alain Finkielkraut sur le plateau de l’émission Des paroles et des actes le 21 janvier. Le lendemain de la diffusion de l’émission, il écrit au sujet de l’intervention de la jeune femme : "Je suis affligé". On a connu plus violent ! Pourtant, la réaction ne se fait pas attendre : "Le copain PS, tendance Harki (…) ", répond un internaute. Comprendre : traître à sa race. Et ce n’est que le début…

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"Qu’on ne se méprenne pas. Je suis loin, très loin de la pensée d’Alain Finkielkraut, mais le discours commautariste développé par cette jeune femme ne passait pas du tout", confie aujourd’hui l’élu à Marianne. Pensant que l’échange se situe encore dans le domaine de la raison, il se lance alors dans la mêlée numérique. Arguments contre arguments. D’autant qu’il critique aussi la manière dont Wiam Berhouma a été présentée par David Pujadas : "Il l’a introduite comme étant apolitique alors que l’on sait maintenant qu’elle est en fait proche des Indigènes de la république. Ce n’est pas une petite information, c’est important de savoir pour comprendre ce qui se joue".

Sur le réseau social, le débat dérive alors sur la laïcité. C’est ce qui va définitivement électriser ses interlocuteurs. "Je défends depuis toujours une séparation claire entre la sphère privée, où tout le monde a le droit de pratiquer comme il l’entend sa religion, et la sphère publique, où il ne doit plus en être question. J’ai donc expliqué cette idée assez banale que je trouvais que l’espace public était de plus en plus envahi par les religions. Cela ne leur a pas plu", explique-t-il. S’ensuit alors un véritable déchainement contre lui. Entre insultes racistes et menaces… "Dans la vision des communautaristes, je suis un danger puisque je suis un musulman pratiquant et défenseur convaincu de la laïcité. Leur problème est qu’ils ne peuvent pas m’accuser d’islamophobie, d’où cette violence envers moi", analyse-t-il.

Une situation d’autant plus terrible pour lui qu’il se sent peu, voire pas du tout soutenu par ses camarades socialistes. Seuls les messages de quelques uns d’entre eux, comme le député Yann Galut ou les frondeurs Emmanuel Maurel et Guillaume Balas, feront la différence. Celui de la ministre Najat-Vallaud Belkacem a été le plus notable. Rien, par contre, du côté de la direction du PS. Alors même que les équipes de Jean-Christophe Cambadélis sont informées de la situation, nous assure l’élu. Un silence coupable.

Car les choses vont prendre une tournure encore plus inquiétante. "Un compte, qui depuis a été supprimé, a posté sur les réseaux mon adresse personnelle. Plus grave, il a ensuite mis celle de ma mère, nous rapporte Amine El Khatmi. Je n’imaginais pas que ça pourrait aller jusque-là. Ce qui m’inquiète un peu, c’est qu’un compte se revendiquant de Daech cherchait aussi mon adresse. On ne rigole plus, là…" C’est le moins que l’on puisse dire. Depuis, un hastag #JeSoutiensAmineELKhatmi a été créé, auquel se sont ralliés anonymes et responsables politiques. L’écolo tendance hollandienne François de Rugy, le socialiste Jérôme Guedj, Cécile Duflot (par un message privé) ou encore la ministre Najat Vallaud-Belkacem, lui ont apporté leur soutien. Voilà pour les plus présentables. Car en devenant la cible des militants communautaristes, et après un article du journal Causeur, l’élu socialiste s’est aussi attiré les faveurs d’internautes bien ancré à droite, voire à l’extrême droite. Une surprise de taille, pour lui : "Je suis dans une situation hallucinante, bloqué entre deux extrêmes. Une ’fachosphère’ dont je suis la cible normalement, mais qui m’apporte cette fois-ci son soutien". "On marche sur la tête !", se désole-t-il.

Au delà de cet aspect folklorique, pour lui, cet épisode est surtout le symptôme d’un mal qui ronge notre société : "Il faut absolument que l’on se ressaisisse sur la question de la laïcité. Ce n’est pas possible qu’une parole aussi banale que celle que j’ai pu porter déclenche une telle violence". Et de pointer la responsabilité de sa famille politique, la gauche : "Nous avons depuis ces dernières années trop fermé les yeux, accepté des accommodements. Combien d’élus locaux entretiennent un rapport plus qu’élastique avec la laïcité pour plaire à telle ou telle soi-disant communauté ? Ce n’est plus possible, la gauche ne peut plus abandonner ce terrain ,au risque de nourrir toujours plus le FN qui n’hésite pas à s’emparer de cette valeur centrale pour la dévoyer !" Il regrette d’ailleurs, comme nous l’écrivions il y a peu, qu’au sein du PS, cette réflexion n’ait jamais eu lieu."Après les attentats de janvier, alors même qu’il y a eu cette envie de débattre, j’aurais aimé que la direction du PS s’en empare au niveau national et demande aux fédérations d’organiser des tables rondes, de créer ces échanges nécessaires. C’était pire après novembre. Au lieu de clarifier nos idées, on s’est écharpé sur cette question de déchéance de nationalité, alors que tout le monde dit que ça ne sert à rien. On n’a rien fait sur l’essentiel", déplore-t-il, lui qui en fait aujourd’hui les frais.

Malgré les pressions et les menaces, nous assure-t-il, Amine El Khatmi ne lâchera rien. Pas un pouce de terrain. Il va d’ailleurs, dans les jours à venir, déposer plainte. Côté Solférino, à l’heure ou nous bouclons cet article, l’élu attend toujours un signe de soutien, qui tarde cruellement à arriver…