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Le relativisme culturel dans le viol

cinema

jeudi 11 février 2016, par siawi3

Source : http://annette.blogs.liberation.fr/2016/02/09/les-innocentes/

Les viols de l’Armée rouge n’effacent pas les agressions sexuelles de Cologne

Annette Lévy-Willard

9 février 2016
(mise à jour : 10 février 2016)

Les viols de l’Armée rouge n’effacent pas les agressions sexuelles de Cologne
Décembre 1945, des religieuses polonaises d’un couvent de Bénédictines sont enceintes après avoir été violées par les soldats russes. Les Innocentes, film d’Anne Fontaine. POD

Un film, « Les Innocentes » d’Anne Fontaine, raconte l’histoire d’un couvent où les sœurs ont été violées par les soldats russes en 1945. Qui ont continué en violant quelques deux millions d’Allemandes. Curieux carambolage de l’histoire après la nuit de la Saint Sylvestre en Allemagne.

Voilà que les soldats de l’Armée rouge qui ont tout violé sur leur passage en 1945, dans leur montée vers Berlin, reviennent dans l’actualité en 2016. Glorieuse Armée rouge du camarade Staline qui, après Stalingrad, comprenait que ses soldats aient besoin « de s’amuser un peu. » Effacés de l’histoire soviétique, les viols de masse ont finalement été établis par les historiens (occidentaux). Comme dans toutes les guerres — ou les Révolutions — les viols passent en dernier dans les chapitres « crimes de guerre ». Ou même « crimes contre l’humanité. » Après les massacres, tortures et divers génocides.

Copyright MANDARIN CINEMA - AEROPLAN FILM - MARS FILMS / ANNA WLOCH

L’actu qui justifie qu’on en parle aujourd’hui ? La sortie ce mercredi d’un film sur des religieuses polonaises violées par les Russes. Les Innocentes, fiction d’Anne Fontaine inspirée de faits réels. Alors que les agressions sexuelles du Nouvel an à Cologne continuent de faire débat et que la conseillère municipale, du Front de gauche, Clémentine Autain a évoqué les deux millions d’Allemandes violées par les soldats russes en 1945 pour minimiser — zapper ? — les agressions d’hommes immigrés contre quelques centaines, seulement, d’Allemandes autour de la gare de Cologne la nuit de la Saint Sylvestre. Quelques centaines versus deux millions… pas si grave ?

Comme d’habitude, aujourd’hui encore, le réalisme politique s’en fout des femmes violées. Clémentine Autain, pourtant proche des communistes, n’hésite pas à sortir les méfaits de l’Armée rouge pour défendre des immigrés, rappelant des crimes pourtant oubliés, ou niés dans le camp ex-communiste.

Alors citons Anthony Beevor, l’historien anglais, l’auteur de La Chute de Berlin. Il décrit les viols collectifs - « neuf, dix, douze hommes à la fois » - s’appuyant sur les témoignages des Russes eux-mêmes. Il cite Natalya Gesse, une amie de Sakharov, qui était correspondante de guerre : « Les soldats russes violaient toute Allemande de sexe féminin de 8 ans à 80 ans, écrivait-elle. C’était une armée de violeurs. » Vassily Grossman, le grand écrivain, lui aussi correspondant de guerre embedded dans l’Armée rouge, a découvert qu’on ne violait pas que les Allemandes. Mais les Polonaises aussi et les jeunes Russes, et les Ukrainiennes etc. 100.000 viols dans Berlin occupé. Le fait d’être juive et rescapée ne suffisait pas à éviter les viols russes. Aucune poursuite, aucune sanction, aucune punition. L’injustice.

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Le très beau film Les Innocentes tombe au moment où ressurgissent ces crimes oubliés de la Seconde guerre mondiale. Les soldats russes n’avaient pas le prétexte de se venger du nazisme sur le corps des Allemandes, il s’agit là de religieuses violées à l’arrivée de l’Armée rouge en Pologne. Des nonnes d’un couvent de bénédictines qui se retrouvent enceintes. Au dilemme de la naissance d’enfants de viols s’ajoute le drame de ces religieuses qui ont fait vœu de chasteté. Un magnifique huis clos dans ces paysages de neige polonais qui font penser au film Ida. Tous deux parlent de l’après-guerre en Pologne, et des femmes. Ida sur les terribles secrets polonais autour des persécutions des juifs, Les Innocentes pour cacher les crimes des hommes de l’Armée soviétique.

Télescopage bizarre de l’histoire que de parler pêle-mêle de viols, d’Allemandes, de Polonaises, d’immigrés maghrébins, de soldats russes. Mais le viol ne se « démode » pas. Il reste une constante dans les conflits d’hier en Bosnie, et d’aujourd’hui avec Daesh, Boko Haram, le Congo, le sort des femmes réfugiées du Soudan et de Syrie… Alors parlons-en.