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Moyen Orient : Les djihadistes de l’État islamique ont utilisé du gaz moutarde

mardi 16 février 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2016/02/16/01003-20160216ARTFIG00103-les-djihadistes-de-l-etat-islamique-ont-utilise-du-gaz-moutarde.php

Par Eugénie Bastié Mis à jour le 16/02/2016 à 11:38

D’après les résultats d’une enquête de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, une trentaine de Peshmergas ont bien été touchés par ce gaz toxique dans des combats près d’Erbil l’été dernier.

C’est désormais avéré. Les djihadistes du groupe Etat islamique ont utilisé du gaz moutarde l’été dernier en Irak lors de combats contre les forces kurdes, a déclaré lundi un diplomate en citant les conclusions d’une enquête menée par l’OIAC (Organisation pour l’interdiction des armes chimiques). En octobre dernier, les autorités du Kurdistan autonome irakien avaient accusé l’EI d’avoir tiré en août des obus de mortier contenant du gaz moutarde sur des positions de combattants kurdes. La trentaine de peshmergas exposés à ces tirs au sud-ouest d’Erbil avaient subi des analyses de sang. Une source au sein de l’OIAC a confirmé que les tests en laboratoire s’étaient révélés positifs au gaz moutarde, après que les combattants kurdes furent tombés malades sur le champ de bataille en août dernier.L’OIAC n’identifiera pas les utilisateurs de l’agent chimique. « Le rôle de l’OIAC n’est pas d’établir les responsabilités, c’est une organisation technique et pas politique », rapelle un diplomate.

Une arme chimique assez facile à synthétiser

Comment les djihadistes se sont procuré le gaz ? Trois options sont sur la table. La première : ils ont récupéré des stocks irakiens. « Peu probable », selon une source proche de l’OIAC, car l’intégralité des stocks a été détruite par les experts au début des années 1990. Deuxième option : une saisie de stocks en Syrie. Ces derniers sont censés avoir été détruits en 2013 après l’entrée de la Syrie dans l’OIAC, mais il pourrait exister des « sites non-déclarés », dont auraient pu s’emparer les djihadistes. Troisième hypthèse : les djihadistes ont pu fabriquer eux-même l’agent chimique. Dimanche dernier, le directeur de la CIA John Brennan a lui annoncé sur la chaine CBS qu’il croyait en cette hypothèse : « La CIA pense que l’EI a la capacité de fabriquer des petites quantités de chlorine et de gaz moutarde », a-t-il déclaré. « Tout à fait crédible » pour le spécialiste des armes chimiques Olivier Lepick. « Le gaz moutarde est assez facile à synthétiser, contrairement au sarin, et peut être fabriqué sans expertise technique extrêmement pointue », explique l’expert. Cet agent toxique s’attaque aux voies respiratoires, et à l’ensemble des muqueuses, provoquant des brûlures de peau, voire des nécroses de la chair. A forte de dose dans les poumons, il est bien entendu mortel.

Le gaz moutarde doit son nom à l’odeur légèrement aillée qu’il prend lorsque sa composition n’est pas chimiquement pure, ce qui était le cas lorsqu’il fut utilisé pour la première fois en 1917 par les Allemands à Ypres, en Belgique. En dehors de la Grande Guerre où il fut employé massivement, le gaz moutarde a été aussi disséminé par l’aviation mussolinienne lors de la guerre contre l’Éthiopie en 1935, alors que celui-ci était déjà prohibé par la Convention de Genève depuis 1925. Le gaz moutarde fut aussi utilisé en Mandchourie par les Japonais lors de la guerre sino-japonaise entre 1937 et 1945. Enfin, on trouve des utilisations de cet agent chimique mortel dans la guerre Iran/Irak des années 1980. Saddam Hussein l’employa également contre les populations kurdes au Nord de l’Irak. Le 15 mars 1988, lors du massacre de Halabdja, 5000 Kurdes périrent intoxiqués au gaz moutarde lancés depuis des Mirage de l’armée irakienne, sur ordre du général Ali Hassan al-Majid, dit « Ali-le chimique », cousin de Saddam Hussein, qui sera exécuté pour ses crimes en janvier 2010. La présence d’armes chimiques en Irak est donc ancienne et connue, et l’État islamique pourrait avoir récupéré d’anciens stocks qui échappèrent à la destruction ordonnée par les instances internationales.

Images de la TV irakienne montrant la destruction de gaz moutarde par des experts internationaux en 1992, après la Guerre du Golfe.

La possession d’armes chimiques par une organisation terroriste est une première

C’est la première fois, depuis l’attaque au gaz sarin dans le métro de Tokyo par les membres de la secte Aum en 1995, que de telles armes chimiques se trouveraient entre les mains d’organisations à but terroriste.

En Syrie également, les armes chimiques sont présentes. L’OIAC avait conclu à l’automne dernier à l’utilisation de gaz moutarde lors d’affrontements en août 2015 en Syrie entre l’EI et un autre groupe rebelle. Selon un rapport confidentiel daté du 29 octobre, « au moins deux personnes » ont été exposées le 21 août au gaz moutarde dans la ville de Marea, au nord d’Alep. « Il est très probable que cela a conduit au décès d’un bébé », ajoutait l’OIAC. On ignore d’où provenait ce gaz. Les rebelles ont pu le récupérer dans un ancien dépôt de l’armée syrienne, ou bien ils pourraient être en mesure d’en produire, indiquait-on alors de source proche des enquêteurs.

L’organisme international a supervisé en 2013 et 2014 la destruction de l’arsenal chimique syrien après une attaque au gaz sarin qui avait fait des centaines de morts dans la banlieue de Damas en août 2013.