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Syrie : bombardements turcs après une nouvelle avancée kurde

mardi 16 février 2016, par siawi3

Source : http://www.lapresse.ca/international/dossiers/crise-dans-le-monde-arabe/guerre-civile-en-syrie/201602/16/01-4951139-ankara-en-faveur-dune-operation-terrestre-en-syrie-avec-ses-allies.php

Publié le 16 février 2016 à 07h02
Mis à jour à 07h59

Photo : Des chars d’assaut turcs font feu en direction... (PHOTO BULENT KILIC, AFP)

Agence France-Presse
Istanbul

La Turquie a de nouveau poussé mardi à une opération terrestre en Syrie, tout en affirmant qu’elle y participerait avec ses alliés, rendant encore un peu plus improbable la perspective d’une trêve, censée entrée en vigueur cette semaine.

Ces nouvelles déclarations de la Turquie, qui soutient l’opposition, devraient encore un peu plus envenimer ses relations avec la Russie, allié du régime, qui l’a accusée lundi de soutenir le « terrorisme international ».

« Nous voulons une opération terrestre avec nos alliés internationaux. (...) Sans opération au sol, il est impossible d’arrêter les combats », a déclaré à la presse un responsable turc qui s’exprimait sous couvert de l’anonymat.

Il a toutefois confirmé qu’il « n’y aura pas d’opération militaire unilatérale de la Turquie ».

« Nous disons à nos partenaires de la coalition qu’il devrait y avoir une opération terrestre », a-t-il encore dit, en référence à la coalition dirigée par les États-Unis, qui mène des frappes aériennes contre le groupe jihadiste État islamique (EI), maître de vastes régions en Syrie.

Samedi, la Turquie avait déclaré qu’elle pourrait, avec l’Arabie saoudite, un autre membre de la coalition, mener une intervention terrestre contre l’EI en Syrie.

« Barbares et lâches »

Le premier ministre islamo-conservateur turc Ahmet Davutoglu a par ailleurs de nouveau dénoncé avec véhémence les bombardements aériens menés par la Russie, en soutien à Damas, qu’il a qualifiés de « barbares » et « lâches ».

L’Observatoire syrien pour les droits de l’Homme (OSDH) a fait état lundi de bombardements « probablement russes » dans le nord du pays qui ont fait selon l’ONU près de 50 morts civils dont des enfants.

Au moins cinq établissements médicaux et deux écoles dans les provinces d’Alep et d’Idleb ont été visés selon un porte-parole de l’ONU. L’OSDH a fait état de 26 morts, dont quatre enfants, dans ces bombardements.

Les bombardements ont été vivement condamnés par la communauté internationale, et le président du Conseil européen Donald Tusk a estimé mardi que les frappes russes laissent « peu d’espoir » pour la paix en Syrie.

Le Kremlin, qui a « démenti catégoriquement » les accusations de bombardements sur des hôpitaux, a dénoncé en revanche les « actions agressives » de la Turquie en Syrie qui s’apparentent, selon elle, à un « soutien non voilé au terrorisme international ».

Alors que les combats ne connaissent aucun répit et que la situation humanitaire devient chaque jour plus préoccupante, l’émissaire de l’ONU Staffan de Mistura a rencontré mardi à Damas le chef de la diplomatie syrienne Walid Mouallem.

Il a dit avoir discuté du « libre accès humanitaire à toutes les régions assiégées non seulement par le gouvernement, mais aussi par l’opposition et le groupe État islamique ».

Plus d’un million de personnes vivent avec « un risque accru de décès » à cause du manque de nourriture, d’électricité et d’eau courante, dans 46 localités encerclées, selon l’ONU.

Pour tenter de mettre un terme à un conflit qui entre bientôt dans sa sixième année, les États-Unis et la Russie sont tombés d’accord vendredi sur un accord prévoyant une « cessation des hostilités » dans un délai d’une semaine ainsi qu’un accès humanitaire aux villes assiégées.

Nouvelles frappes turques

Mais le président Bachar al-Assad a estimé lundi « difficile » d’envisager un tel cessez-le-feu.

Des discussions de paix à l’initiative de l’ONU, avec la participation de représentants du régime et de l’opposition, ont débuté début février à Genève, mais ont vite été suspendues, et M. de Mistura espèrent pouvoir les reprendre le 25 février.

Sur le terrain, la Turquie, qui accuse les milices armées kurdes d’être des groupes « terroristes », a poursuivi mardi, pour la quatrième journée consécutive, ses bombardements contre leurs positions au nord d’Alep.

L’artillerie turque a bombardé Tall Rifaat, bastion rebelle tombé la veille aux mains des forces kurdes, rapporte l’OSDH.

Les Unités de protection du peuple (YPG) kurde ont récemment rapidement avancé dans la province d’Alep, profitant de l’affaiblissement des rebelles face à l’offensive de l’armée.

Le régime a en effet lancé le 1er février une offensive d’envergure au nord d’Alep pour, selon M. Assad, couper les axes d’approvisionnement des rebelles —qui tiennent plusieurs quartiers d’Alep— depuis la Turquie.

Il ne reste plus actuellement pour les rebelles retranchés qu’une route d’approvisionnement, à l’est de la ville, et s’ils devaient la perdre ils se retrouveraient totalement assiégés avec des milliers de civils.

L’offensive a poussé des dizaines de milliers de Syriens à fuir les combats, et se sont réfugiés tout près de la frontière turque qui leur reste cependant fermée.

La Syrie est ravagée depuis près de cinq ans par une guerre qui a fait plus de 260 000 morts, poussé des millions de personnes à l’exil et entraîné le morcellement du pays.