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Terrorisme : « L’Algérie a développé des pôles d’expertise qui pourraient nous être très utiles »

jeudi 18 février 2016, par siawi3

Source : http://www.elwatan.com/actualite/l-algerie-a-developpe-des-poles-d-expertise-qui-pourraient-nous-etre-tres-utiles-18-02-2016-314702_109.php

Gilles de Kerchove. Coordinateur de l’Union européenne pour la lutte contre le terrorisme : « L’Algérie a développé des pôles d’expertise qui pourraient nous être très utiles »

le 18.02.16 | 10h00

- Les Américains et plusieurs pays européens ont exprimé le souhait d’intervenir militairement en Libye, sans doute avant le printemps. Est-ce que vous entendez les arguments de l’Algérie et de la Tunisie, qui s’y opposent, de peur de voir les cellules de l’EI se disséminer et le pays sombrer un peu plus dans le chaos ?

La position de l’Union européenne – qui n’est pas habilitée à s’exprimer sur la nécessité d’une intervention car elle n’est pas une force militaire – est celle de soutien aux efforts de constitution au plus vite d’un gouvernement libyen. Au plus vite, car nous avons besoin d’un interlocuteur pour essayer de trouver une solution aux multiples défis de la Libye.

Faute d’avoir un gouvernement central avec lequel dialoguer, nous avons tout de même mené quelques actions avec des maires de commune libyenne, venus à Bruxelles pour voir comment stabiliser leur territoire. Une fois qu’un gouvernement légitime, soutenu par le Parlement, sera en place, nous pourrons faire beaucoup plus.

Nous menons déjà des politiques de sécurité et de défense communes dans le Sahel, par exemple avec la police au Niger, l’armée au Mali et même en Libye. Si le gouvernement se constitue et formule une demande à l’Union européenne de soutien et de réforme, je pense qu’elle sera très disposée à mobiliser ses moyens.

-  L’aide sécuritaire est un volet important de la coopération mais le développement économique aussi. On le voit au nord du Mali où les opérations Serval et Barkhane ont montré les limites d’un traitement militaire de la situation qui requiert aussi et surtout une aide au développement…

Je tiens d’abord à dire merci aux Français d’avoir mobilisé leurs moyens militaires pour libérer ces territoires. Les groupes terroristes contrôlaient la moitié du territoire malien et se rapprochaient de Bamako. On peut toujours critiquer les interventions militaires, mais sans sécurité, il ne peut y avoir de développement, parce qu’aucun coopérant ne peut venir.

Il est vrai que les deux sont intimement liés. Alors qu’il y a quelques années, nous étions plutôt investis dans la Corne de l’Afrique, notre aide aux pays du Sahel se compte aujourd’hui en milliards. On peut s’interroger sur les performances, et là c’est un autre débat, mais l’Union européenne a, depuis quatre ans, beaucoup investi, en particulier sur les projets structurants – la construction de routes pour désenclaver les zones, la création de services aux populations, ou encore le développement de micro-entreprises.

- Comment comptez-vous travailler avec l’Algérie ?

Le Conseil européen des 28 chefs d’Etat et de gouvernement nous a demandé d’intensifier l’engagement de l’Union européenne avec ses voisins pour essayer de créer des partenariats de sécurité et de contre-terrorisme. Nous savons que les pays du pourtour de la Méditerranée sont confrontés aux mêmes défis : le Maroc, la Tunisie, la Jordanie ont de nombreux ressortissants partis se battre avec Daech en Syrie ou en Libye. Ils vont donc se retrouver confrontés au retour de ces combattants dans leur pays.

En Algérie, vous nous rappelez souvent que la décennie noire a commencé avec le retour des « Afghans ». Imaginez la difficulté pour la jeune démocratie tunisienne de devoir digérer le retour de milliers de ses ressortissants qui rentrent avec une capacité militaire, un endoctrinement et, pour certains des ordres précis de préparer des attentats. J’ai mis en place un groupe de spécialistes du Maroc jusqu’à la Turquie pour essayer de réfléchir à toutes les réponses à apporter au phénomène des combattants étrangers.

Notamment travailler plus étroitement avec Interpol. Nous pensons que nous pouvons aider certains pays, même si c’est assez peu le cas, avec l’Algérie. Vous avez développé des dispositifs de prévention extrêmement sophistiqués et robustes, vous n’êtes pas dans la même situation que la Tunisie, plus fragile, amenée à restructurer son appareil sécuritaire. L’Algérie a développé des pôles d’expertise qui pourraient nous être très utiles – je pense au travail de réflexion sur la déradicalisation.

L’Algérie a une responsabilité régionale. Plus elle s’implique dans la région, mieux c’est pour nous. Et puis il y a ce qu’on peut faire ensemble, par exemple pour former la police libyenne. En Europe aussi, sans doute pas avec la même ampleur que l’Algérie, certains pays ont été confrontés au terrorisme de l’IRA, de l’ETA, le GIA a été actif en France, et nous avons nous aussi développé des expertises dans le domaine de la justice, de la police, de la sécurité aérienne… L’idée, c’est de fixer un cadre, une feuille de route commune, qui serve de référence dans notre relation pour baliser des travaux d’ici à trois ou quatre ans.

- Les attaques du 13 novembre en France ont révélé les faiblesses des services de renseignement français et belges. Comment l’UE peut-elle fédérer ses informations au-delà des rivalités de services ? Un Comité international des services de renseignements et de sécurité africains (CISSA), tel que l’ont imaginé les Algériens et les Sud-Africains, est-il possible en Europe ?

Même si l’Union européenne s’est vue interdire toute compétence en matière de renseignement par le Traité de Lisbonne, le Conseil européen s’est exprimé à deux reprises sur cette question en 2015. Il a demandé à ce que s’intensifie la coopération entre les services de renseignement et que cela se fasse de manière plus structurée. Que les services de renseignement utilisent davantage les plateformes européennes.

D’abord, le SIS, immense base de données entre les Etats membres Shengen dans laquelle on signale toute personne suspecte. Nous voulons que les services de renseignement et de police alimentent systématiquement cette base de données avec toutes les informations dont ils disposent sur les combattants étrangers. Ensuite, Europol, notre agence de coopération policière, qui vient de se réorganiser et de créer un département dédié à la lutte contre le terrorisme pour optimiser les croisements d’informations en matière de renseignement financier, de trafic d’armes, de monitoring internet…

Je dirais qu’à l’Union européenne, nous avons quelque chose qui ressemble au CISSA : le GAT, groupe anti-terrorisme, qui s’est constitué après le 11 septembre 2001. A l’échelle de l’Union africaine, quand on voit la multiplication des organisations terroristes, ce type de démarche apparaît très important. S’il y avait une demande, l’UE serait prête à soutenir une structuration du renseignement à l’échelle africaine.