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Kamel Daoud - l’Arc et la Plume

samedi 5 mars 2016, par siawi3

Source : http://information.tv5monde.com/info/kamel-daoud-l-arc-et-la-plume-2247

L’écrivain et journaliste algérien Kamel Daoud, auteur du livre événement Meursault contre-enquête aux éditions Barzakh/Actes Sud faisait partie des favoris pour le Prix Goncourt et le Prix Renaudot. Mais c’est finalement Lydie Salvayre pour Pas pleurer et David Foenkinos pour Charlotte qui ont été récompensés. Ghania Mouffok, elle-même journaliste et écrivaine, s’est entretenu avec Kamel Daoud : tentative de portrait d’un Arabo-Berbère.

05 nov 2014
Mise à jour 05.11.2014 à 13:57

par
Ghania Mouffok

Fils aîné, fils aimé, Kamel Daoud est né en 1970, dans une fratrie de six enfants, trois frères, trois soeurs : "Ma mère m’a transmis une ambition folle, elle m’a toujours traité comme quelqu’un qui allait avoir un destin exceptionnel, cela irritait mon père, elle faisait des rêves. Le jour où j’ai eu le premier prix pour Meursault contre-enquête, elle a dit : j’ai vu dans la grande maison une pluie de plumes blanches."

La Grande maison c’est la maison familiale dans laquelle il va grandir, entouré d’une douzaine de personnes mais en l’absence de ses parents, car si pour sa mère, il est "le centre de sa vie", c’est comme si elle lui "tournait le dos". Elle doit suivre son père, gendarme qui, muté de caserne en caserne, et craignant que cela ne bouleverse sa scolarité, "le transfère" chez ses grands-parents. "J’avais complètement oublié et maintenant me vient une image flash, ils me déposent dans la petite R4. J’avais 5 ans et cela m’a fait mal." Le voilà confié à son grand-père bucheron auquel Kamel Daoud doit le souvenir "d’une enfance fantastique", "bucolique, c’était très beau", dans un petit village de Mostaghanem, côté rural comme la gasba, musique née de la flûte et de la poésie bédouine de Cheikh Hamada (1889-1968).

Et, quand, plus tard, il descendra dans la ville, cette origine lui apprendra, au lycée, à l’université et jusque dans les salles de rédaction, ce racisme silencieux des citadins contre el’oroubiya, les paysans, "ce racisme je l’ai connu, j’ai du fouroulisme (Fouroulou est le protagoniste du Fils du pauvre de Mouloud Feraoun, ndlr) en moi, l’enfant du pauvre". Mais pour l’heure, il pousse telle une plante sauvage, dans une chaleureuse liberté et un bel ennui troublé par un asthme quasi providentiel qui l’autorise, pendant que ses copains vont en classe, à rester dans la Grande maison et à se réfugier dans le bonheur des livres. Il lit, "de manière féroce, je me sens, en même temps, coupable d’infamie, mes grands-parents étaient analphabètes et quand je rapportais des livres, mon grand-père croyait que je faisais mes devoirs alors que je lisais Jules Verne, il disait « laissez-le le tranquille ! ». J’ai bénéficié d’une liberté incroyable, je lisais de tout, même des livres érotiques." D’abord les quarante livres du père, "il était le seul à savoir lire et écrire" et en plus en français, lieu doublement à part, lieu exceptionnel : "un jour j’ai compris qu’il y avait quelque chose qui m’échappait et qui passait par la langue française. La langue française était sa part intime qu’il ne parlait avec personne."

Apprendre à lire
“A 44 ans, je me souviens encore des premières phrases de L'île mystérieuse“

“A 44 ans, je me souviens encore des premières phrases de L’île mystérieuse“
Et, c’est, pour partager, peut-être, cette île avec ce père autoritaire, enfermé "dans une incommunicabilité totale" et qui "m’a serré dans ses bras pour la première fois quand j’ai eu le bac", qu’il apprendra à lire tout seul. Avec ces mots qui défilent en guise de premiers enseignants, car "les mots, dit-il, sont délateurs, chacun te donne le sens de l’autre". Ils lui apprendront le sens avant la grammaire. Le fonds paternel épuisé, le village apprenant qu’il aime à son tour les livres se mettra à contribution puisant dans ces vieux livres qui traînent et dont personne n’a l’usage. Mais ce n’est pas assez pour ce vorace lecteur qui, pour nourrir sa passion, relit et relit le même livre, jusqu’à en apprendre par cœur des pages entières, "à 44 ans, je me souviens encore des premières phrases de L’île mystérieuse". Mais ce monde à part pour un enfant singulier devenu adulte lui fait dire aujourd’hui : "Parfois j’ai l’impression que je suis un imposteur, je ne suis pas un écrivain, je suis un ré-écrivain."

À 13 ans, il découvre "Dieu, la culpabilité et la masturbation, ce qui est lié". Il est attiré et séduit par ce qu’il appelle "le proto-islamisme" comme la plupart des adolescents de son âge dans cette Algérie à la veille des grandes émeutes d’octobre 1988 : "Il n’y avait pas d’alternative quand on était comme moi à la recherche de sens, tout comme aujourd’hui, il n’y a pas d’alternative que l’islamisme quand on veut se sacrifier pour les autres". Il se révélera une excellente recrue, menant l’expérience de cet apprentissage jusqu’à ses limites. "J’étais le seul au collège à porter la djellaba et le chèche", se souvient-il sans que cela prête à sourire. De camping en camping militant, de mosquée dissidente en mosquée dissidente, il écoute en cercle ces nouveaux maîtres improvisés à peine plus âgés qui lui enseignent la loi de Dieu avec la conviction du Prophète convertissant les gens de Koreïch (Ils luttaient contre lui pour protéger leurs convictions politiques et religieuses, ndlr), plus fasciné par la mystique que par le prêche, le "tassawuf", l’explication du texte sacré et "l’utopie de la restauration de l’islam". Il deviendra à son tour l’enseignant de la Parole, faisant la leçon à ses élèves en islam, il deviendra l’imam dans son village, levé à l’aube, il réveille les croyants : "la prière est meilleure que le sommeil". Désormais respecté et reconnu, au point qu’autour du lit de son grand-père mourant, dans le silence, c’est lui que sa famille charge de l’accompagner jusqu’au seuil de la mort, "on m’a poussé pour lui tenir la main jusqu’à la fin, cela m’a bouleversé parce que j’ai découvert l’insignifiance scandaleuse de la mort".

“Un jour je n’y ai plus cru“

Jusqu’au un jour où "j’ai eu envie de rire de tout ça, c’était ridicule. Je ne sais pas comment c’est venu, mais un jour je n’y ai plus cru." Après dix ans d’apprentissage alors que bientôt la guerre civile s’installe en Algérie : "j’ai des amis qui sont morts, les gens ne savent pas que pour ceux qui veulent les sauver, la monstruosité est de bonne foi". Alors il s’en va, ne craignant ni la menace des frères, ni celle de l’enfer. L’un de ses disciples, profondément attaché à lui, lui demande, prêt à le suivre et plein d’espoir : "peut-être as-tu trouvé une autre voie ?". Peut-être, mais c’est un chemin que l’on prend seul dans la légèreté de la liberté et la pesanteur de la solitude.

Sur les traces des poètes de l’âge d’or de la poésie arabe qu’il emporte tel un butin de ce long passage par la quête de la foi, une quête qui ne l’a jamais éloigné de la littérature et qui au contraire lui a fait découvrir Saïd Qotb à travers ses livres interdits, fondateur du mouvement des Frères Musulmans qui finira pendu, en 1956, sous le règne du nationalisme arabe de Nasser. Et, en plus essentiel, la grande littérature classique de l’âge d’or des Arabes, issus de ce Moyen Orient déchiré aujourd’hui entre Irak, Iran et Syrie, El Moutanabbi, El Ghazali, Abu l’Ala Al Maâri, ce poète aveugle du Xe siècle, né au sud-ouest d’Alep, qui prétendait, à la limite du blasphème, écrire un livre plus beau que le Coran.

De ces poètes "de" et "en" cour, d’Alep à Baghdad, où, selon les mœurs de l’époque, entre IXe et XIIIe siècles, le panégyrique est au centre de la poésie conventionnelle tout à la gloire des princes mécènes, Kamel Daoud s’est régalé, se nourrissant de leurs chemins de révolte pris au risque de leur vie, de l’exil, dans le courage d’affirmer leur individualité qu’impose le talent, pendant que ses maîtres en islam à Mostaghanem, comme dans toutes les mosquées d’Algérie, lui enseignaient que le mot "je" se doit d’être maudit. Comment maudire le "je" s’inquiète le jeune garçon quand El Moutanabbi, le plus grand d’entre les poètes arabes et dont le nom veut dire "celui qui se dit prophète", lui a donné, tel un nouveau butin, cette strophe célèbre dans laquelle il s’auto-décrit : "Les chevaux, la nuit et le désert savent tous qui je suis / Aussi bien que l’épée, l’arc, la plume et l’encrier." L’arc et la plume. Avec Kamel Daoud, la rupture et l’écriture ne sont jamais loin. Une autre rupture bientôt l’attend, qui lui ferme la porte de la Grande maison ; et commencent un autre chemin, une autre solitude, que son père exigeant va lui apprendre à cultiver.

Le seul de la tribu

Fatigué de ce fils rebelle, qui prend quelques libertés avec son autorité, piégé dans le statut de fils aîné condamné à prendre la défense de sa mère qui cependant l’irrite également à force d’amour et d’espérance, son père le met au pied du mur : "Il y a deux lois dans la vie : la mienne et celle de la rue. Choisis !". Il choisira la rue : "Oedipe navrant", concède-t-il, sans issue.

"J’ai eu affreusement mal", mais Kamel Daoud, qui ne s’en va jamais les mains vides, emporte avec lui cette part du père que tout petit il voulait partager où posséder, puisqu’il peut désormais affirmer à son tour : "J’étais le seul de toute la tribu à avoir fait des études." Il sait plus que lire et écrire, quand bien même est-ce dans la langue française. Brillant, bac maths en poche, il ne fera pas polytechnique, le fils du pauvre n’est pas attendu par un destin social et s’inscrit sans aucune hésitation à la faculté de Lettres d’Oran dans l’espoir d’être dans "la proximité de l’écriture. Depuis l’âge de 10, 11 ans, je savais que je voulais être écrivain". La fac de Lettres, forcément le décevra, "je me suis ennuyé comme pas possible", engoncée dans une gauche stalinienne à la façon du PAGS, parti de l’avant-garde socialiste, ce courant qui jusqu’au début des années 1990 se pose en conscience, en concurrent de l’islamisme, enseignant dans une belle confusion dogmatique l’idéologie et la littérature comme s’il possédait l’avenir alors que l’Union soviétique explose. Et, pour lequel tout ce qui vient d’une autre histoire étant insignifiant : "ils étaient odieux, ce sont les gens qui m’ont fait le plus de mal dans la construction de mon parcours intellectuel, jusqu’à présent ils me méprisent."

Comment auraient-ils pu comprendre ce paysan, islamiste en rupture, nourri de littérature, bilingue, auquel un enseignant demande s’il a lu Boule de suif : "c’était tellement ridicule qu’alors que je m’étais inscrit en magister j’ai tout abandonné." L’envie de rire des dogmes le poursuit. Littérature et journalisme vont s’accompagner dans cette quête, "parce que, du journalisme, on peut vivre", de la littérature pas encore. Le journalisme le sauvera de la misère qui le menace et qui ressemble à "cette humiliation" quand, malade, de crainte de crever de froid, on mendie l’hospitalité de ceux qui ont encore une famille ou une tribu politique. Mais là encore, la singularité du personnage l’amène, au lieu du journalisme politique, à choisir le fait divers et à devenir journaliste à Détective (un périodique à sensation, ndlr). Un journal qui fait figure d’ovni, entre crime passionnel et pédérastie, alors que tous les autres journaux privés qui naissent pour la première fois en Algérie avec la fin du parti unique en 1989 se saisissent de la politique comme des affamés de liberté, entre les réformes de Mouloud Hamrouche, chef du gouvernement et le FIS (Front islamique du salut, ndlr) de Ali Benhadj qui entraînera sa chute. Kamel Daoud a 20 ans et des poussières, et le voilà payé pour parcourir l’Ouest du pays, les commissariats, les tribunaux, déterrant les archives comme on soulève le couvercle sur des drames humains, eux aussi, si longtemps cachés. De cette école, il apprendra sur le tas, comme il aime à le répéter, "le storytelling", parce qu’un article "c’est d’abord raconter une histoire".

Raïna Raykoum

Ce journal tirera jusqu’à 70 000 exemplaires avant de disparaître dans l’indifférence, entre imprimerie impayée et guerre civile qui s’installe. Notre journaliste devenu pro, rejoint alors Le Quotidien d’Oran, où depuis 17 ans, il écrit une chronique, raïna raykoum, qui le rendra célèbre, chose rare pour un éditorialiste de province tant il est entendu qu’un éditorialiste star ne peut écrire que depuis la capitale, Alger. Il est celui qui s’en prend à la cour, plus proche, dans le fond et la forme, des poètes arabes que du J’accuse d’Emile Zola.

La page trois de ce quotidien devient célèbre et fait débat, entre les inconditionnels qui applaudissent, et les récalcitrants, dont il faut exclure le pouvoir algérien, qui ne récompense que ceux qui sont payés pour le faire ; les autres, les polémistes, lui reprochent - dont l’auteure de ces lignes -, de réduire le monde arabe à une espèce d’essence intemporelle traversant l’histoire avec des tares insolubles. On lui reprochera, par exemple, de réduire, dans l’une de ses chroniques, tous les peuples du Maghreb à "des peuples zombies, morts les uns aux autres, sous-développés et sombrant à la verticale dans des puits parallèles". Cela fait un peu court, réduisant la complexité du Maghreb, des échanges entre les peuples maghrébins - car ils existent - à leur échec. Dans les drames contemporains que traverse le monde arabe, en quête de sens, d’avenir, après des générations de résistance, y compris actuellement en dépit des apparences, cela irrite, non pas par complaisance ; à force de répéter que nous ne sommes que des riens, des moins que rien, des peuples tantôt "assis", tantôt "couchés", on fait insulte à toutes les résistances, et elles sont nombreuses, aussi nombreuses que les dominations qui écrasent, mais rendues invisibles par une presse paresseuse, des universités interdites de penser leur société, par des régimes effrayés par ses classes dangereuses et qui enterrent dans le sang toute alternative à leur folie. Comme s’il ne suffisait pas de subir ce déluge du monde sur la tête, il faudrait encore se sentir coupable, demander pardon de vouloir quand même vivre, il faudrait encore demander pardon d’être berbère, musulman, arabe, comme si nos fronts étaient brûlés au fer de la violence. "Oui, répond, le chroniqueur, le peuple est maltraité mais les individus sont responsables de leurs actes, le peuple est un nom de famille, les prénoms cela s’assume et se mérite. J’aime le mot mérite. J’écris de bonne foi parce que je suis déçu."

Désenchantement

Le monde arabe, vaste débat. Mais il a une histoire, le monde arabe. "Oui, mais je n’y étais pas", et pour la première fois depuis l’entretien, son visage s’illumine d’un sourire. L’humour adoucit ce visage pensif, ce corps massif porté comme celui d’un gendarme en attente de la visite de l’adjudant, rasé de près, les cheveux au ras du crâne, les chaussures cirées, "mon père disait toujours que la première chose qu’il regardait chez un homme c’était ses chaussures. C’est de lui que je tiens cette exigence, il m’a poussé à l’excellence". Quand il était petit, il voulait être cosmonaute ou à défaut aviateur : "j’ai compris que je ne décollerai jamais à cause de ma nationalité. Je suis profondément Algérien, c’est une mystique chez moi, mais je veux dire aux gens : réveillez-vous, assumez le poids du monde, sortez des images fantasmées."

Kamel Daoud est le brillant chroniqueur du désenchantement. Désenchanté de ce monde arabe épuisant, incapable de se sortir de ses bourbiers, souffrant avec la morgue des croyants, désenchantement de ce galimatias de religion et de politique, el islam din wa dawla, "l’islam est religion et État", désenchanté de ces pouvoirs languissants, poussifs, dont la seule agitation politique est de durer. Issu d’une génération qui n’aura connu que des veillées sanglantes, il écrit comme on se débarrasse du nationalisme, de l’islamisme, du socialisme, de l’impérialisme pour qu’advienne le "je", le singulier. Un idéaliste qui s’auto-décrit ainsi : "je suis un ambitieux qui a une mystique de l’individu. Je suis un radical, je déteste tellement le réel que je fais tout pour l’annuler, la littérature en est un moyen." Nourri en guise de modèle par ces auteurs qui s’inventent un destin, El Moutanabbi, Romain Gary, Saint-Exupéry, et puis Malraux : "je voudrais finir comme Malraux, personnage politique et créateur de personnages, y compris le sien, un mythomane pour lequel le mensonge ne portait pas atteinte à la vérité, il a mené des guerres pour les autres mais je le soupçonne aussi de les avoir faites pour construire sa propre image."

Et, c’est ainsi d’une écriture à la serpe, de rupture en solitude, que Kamel Daoud est devenu un écrivain singulier. Pari gagné, le journalisme lui a donné la discipline nécessaire tout en comblant son désir d’écrire, il aime à se décrire comme "un stakhanoviste". "Sofiane Hadjadj, mon éditeur, a compté que j’écrivais jusqu’à 300 000 signes par mois...". Le Quotidien d’Oran, Algérie-Focus, Slate Afrique, et désormais l’hebdomadaire français Le Point où il est même parvenu à prendre la place de l’inamovible Bernard-Henri Lévy, ce qui lui vaut bien des sympathies après la parution de Meursault, contre-enquête. Car c’est ce petit livre de 192 pages qui lui a ouvert le monde. Publié à l’origine en Algérie, par les éditions Barzakh : "être d’abord édité en Algérie était pour moi essentiel, car je n’ai pas envie de finir écrivain algérien parisien, je n’arrive pas à écrire ailleurs ; c’est pour cela que je reste avec vous, non pas parce que je vous aime mais parce que vous m’êtes nécessaires !". Deuxième sourire de l’entretien, avant d’ajouter : "La réussite de Meursault, contre-enquête, c’est aussi celle de Selma Hellal et de Sofiane Hadjadj, des éditions Barzakh, j’aime les gens comme eux qui te poussent à l’excellence. Ils m’ont offert un séjour à Tikjda, et parce que le temps c’est de l’argent, Barzakh m’a offert du temps".

La vie est absurde

Le temps d’écrire Meursault, contre-enquête, un livre, porté pendant trois ans avant d’aboutir, à partir d’une chronique, de l’agacement provoqué par les questions convenues, sans surprise d’un journaliste français, enquêtant pour la centième fois sur Camus en Algérie. Depuis ce livre est devenu un véritable événement littéraire, racheté par les éditions Actes Sud en France qui lui donneront la visibilité mondiale qu’aucun éditeur algérien n’a les moyens d’offrir.

Mais comme la vie est absurde, à moins que ce ne soit la mort, c’est au moment où le fils aîné, comme l’avait prédit sa mère, s’apprêtait a recevoir "une pluie de plumes blanches", avec le premier prix couronnant son premier roman (Prix des Cinq Continents 2014, fin septembre 2014, au titre des éditions Barzakh), c’est dans le couloir du succès que la nouvelle tombe : papa est mort. "Avec lui, j’ai perdu mon plus grand lecteur, mais je suis sûr qu’il est parti fier de moi, il a dit : il nous a fait redresser la tête, monter le nez. Hemingway disait que l’on écrit toujours sous le regard de l’autre. Maintenant je dois trouver le temps de le pleurer et quelqu’un d’autre à séduire". Mais avant, Kamel Daoud, l’écrivain aura réussi à résoudre l’équation impossible pour un Arabo-Berbère, donner raison à sa mère et séduire son père tout en méritant son prénom.