Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > Uncategorised > Qui a cru que Poutine se retirait de Syrie ?

Qui a cru que Poutine se retirait de Syrie ?

samedi 19 mars 2016, par siawi3

Source : http://www.dreuz.info/2016/03/16/qui-a-cru-que-poutine-se-retirait-de-syrie/

Publié par Alain Leger

le 16 mars 2016

Le président Vladimir Poutine a annoncé, lors des négociations de paix de Genève, qu’il se retirait – partiellement (le mot a largement disparu des médias français) de Syrie à partir du 15 mars.

Poutine a notamment déclaré : « J’espère que la décision prise aujourd’hui sera un bon signal pour toutes les parties au conflit. J’espère que cela augmente de façon significative la confiance de tous les participants dans le processus de paix. »

A regarder de près, personne ne peut dire précisément quelles sont les forces russes qui vont effectivement se retirer du conflit syrien.

Pour un, la base navale de Tartous. Poutine a déclaré qu’elle reste en activité. Pareil pour la base aérienne d’Hmeimim qui a été construite en septembre 2015. Ce qui implique que la Russie doit laisser des forces militaires pour faire fonctionner et sécuriser ces deux bases.

Concernant la base aérienne d’Hmeymim dans la province de Latakia notamment, le nombre d’avions stationné a toujours été un secret. D’après les images satellites, il semblerait que la Russie y a environ 36 jets.

Au moins 15 de ces avions sont partis ces derniers jours, selon les images diffusées par les médias russes montrant des Su-24, Su-25, Su-30 et Su-34.

Mais, disent les experts, d’une part les Su-24 et Su-25 sont fatigués et ils doivent être modernisés, et d’autre part, il n’est pas possible de vérifier si d’autres avions ne sont pas venus les remplacer.

Poutine affirme qu’il se retire après avoir atteint ses objectifs en Syrie. Mais il avait indiqué qu’il s’agissait de vaincre l’Etat islamique pour sécuriser le régime al Assad.

Mais de toute évidence, l’Etat islamique n’a pas du tout été vaincu, et la Russie a entretenu un flou sur ses interventions qui n’a trompé que les fous.

Le 14 mars, le ministre de la Défense Sergei Shoigu affirmait que la Russie a anéanti plus de 2 000 « bandits » (c’est le terme utilisé) en Syrie qui venaient de Russie, dont 17 commandants.

Mais l’année dernière, Poutine justifiait son intervention en affirmant que 5 à 7 000 combattants venus de Russie avaient rejoint l’Etat islamique.

Cette déclaration est elle-même en contradiction avec des rapports plus anciens qui annonçaient des chiffres très largement plus faibles.

Et pour tout dire, l’intervention de Moscou, c’était prévisible et Poutine n’a pas été très bon stratège de l’ignorer, a plutôt eu pour conséquence d’augmenter le nombre de musulmans russes qui sont partis combattre aux cotés de l’Etat islamique que l’inverse.

Et le bombardement de l’avion de ligne russe au dessus de l’Egypte en octobre dernier, attribué à ISIS, montre que ces derniers n’entendaient pas rester les bras croisés face à la Russie.

Et si ISIS n’a pas été anéanti comme promis par Poutine, c’est parce que la plus grosse majorité des bombardement aériens russes ont visés les rebelles qui combattaient Bashar al-Assad, et pas l’Etat islamique.

Sauver Assad des rebelles, protéger les intérêts russes en Syrie mais surtout en Méditerrannée, et prendre pieds dans une région qu’Obama a abandonné et où il n’a plus que des ennemis, voilà quel était le vrai but de l’intervention en Syrie – et Poutine l’a largement atteint, et non pas se débarrasser de l’Etat islamique comme annoncé, et c’est un échec. A Genève d’ailleurs, al Assad a déclaré que la Russie l’a aidé à achever « la victoire contre le terrorisme », et par terrorisme Assad entend tout groupe qui lui est opposé, et stabiliser la situation sécuritaire.

Avec ce retrait, Poutine tente de passer pour le « grand leader du monde libre », le grand pacificateur capable d’avoir mené une action militaire limitée qui a engendré « un minimum de victimes », et dont il s’est retiré afin de tenir la première place dans les efforts de paix.

Sa manœuvre a pour objectif presque mécanique de monter la pression contre Obama le peureux qui menaçait le président syrien et ne mettait pas à exécution ses menaces, et contre l’opposition syrienne, afin d’obtenir d’eux des concessions importantes pour ses futurs plans impérialistes.

L’autre volet consiste à obtenir de l’Europe la levée des sanctions européennes contre la Russie pour « bonne conduite », en juin prochain.

Et les Européens, englués dans leur médiocrité bureaucratique, applaudissent.

Il existe un mot en russe qui décrit très bien la stratégie de Poutine : « pokazukha » : l’apparence, l’habillage, dont Poutine est le spécialiste.