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France : "Avant le salam ah likoum, il y a le Après-vous"

lundi 28 mars 2016, par siawi3

Source : http://www.huffingtonpost.fr/fatiha-boudjahlat/avant-le-salam-ah-likoum-il-y-a-le-apres-vous_b_9553608.html?utm_hp_ref=france

Fatiha Boudjahlat

Secrétaire Nationale du MRC
et membre-fondateur du Printemps Républicain

Publication : 28/03/2016 08h24 CEST Mis à jour : 28/03/2016 08h24 CEST

Avant ou plutôt au lieu d’exiger une prise en compte publique ou politique de pratiques religieuses privées, il doit y avoir la reconnaissance de la primauté du Droit, des standards et du mode de vie de la société qui accueille.

Avant le salam ah likoum, il y a le Après vous.

Ce qui m’a fait choisir ce titre est une petite scène à laquelle j’ai assisté dans ma ville d’origine, Montbéliard, dans le quartier de la Petite Hollande, devenu un ghetto ethnique et religieux. Je me trouvais dans la salle d’attente d’un médecin, entourée de femmes plus ou moins jeunes mais toutes voilées, un homme rentre et sans même prendre le temps de regarder les personnes présentes, lance à la cantonade : "Selem ah likoum", entraînant la réponse polie classique. Prise de court, je fus la seule à répondre :"Bonjour Monsieur". Certes, ce salut traditionnel est une marque de politesse, le salut qui offre la paix aux autres. Mais j’ai trouvé et je trouve profondément choquant que dans certains espaces et territoires, la langue arabe soit devenue la langue d’usage, la langue vernaculaire, que cet homme poli soit parti du principe qu’il n’y avait que des musulmans dans la salle d’attente, ou que ses salutations ne pouvaient s’adresser qu’à sa communauté de langue et de culture, excluant par là-même du salut ceux qui ne parlent pas la langue. Il était dans la projection de lui, de sa langue, de sa religion plutôt que dans la découverte de l’autre dans le terrain linguistiquement neutre de la langue du pays dans lequel il vit. Il est dans le "Salam Ah likoum plutôt que dans le "après-vous ". Cet après-vous originel qui permet l’intégration dans la société d’accueil, la France. Il y a certes une réalité de ghetto ethnique et religieux, et c’est un échec d’abord politique, qui renforce un sentiment communautaire d’extra-territorialité des populations issues de l’immigration, de plus en plus souvent de façon plus lointaine maintenant. Qu’est-ce que cet "après-vous" si indispensable ?

Le philosophe Emmanuel Levinas écrivait dans l’Ethique et l’infini : "C’est un ’Après vous, Monsieur !’ originel que j’ai essayé de décrire.", phrase qu’un philosophe adepte de Levinas avait tourné en une formule très belle : "avant le ego cogito, le "je pense donc je suis", il y a le ’’ Après-vous monsieur’’". Il pose ainsi l’éthique comme préalable dans la rencontre de l’Autre, qui doit rester Autre plutôt que d’être réduit à un autre soi-même. La réciproque est tout aussi essentielle. L’Autre ne peut exiger que l’on renonce à ce qui fait notre altérité vis-à-vis de lui, de son système de valeurs, de ses croyances ou de son mode de vie. Et son statut de nouveau venu ou de dernier arrivé l’enjoint encore plus à ce respect élémentaire. Cette courtoisie prend une dimension politique parce que la langue n’est pas qu’un outil communicationnel. L’article 2 de la Constitution de 1958 stipule que "La langue de la République est le français. L’emblème national est le drapeau tricolore, bleu, blanc, rouge. L’hymne national est la "Marseillaise". La devise de la République est "Liberté, Egalité, Fraternité". Son principe est : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple." La langue est un vecteur identitaire et un facteur d’unité politique, c’est pour cela que la reconnaissance du français comme langue de l’Etat et de la Nation est présente dès le deuxième article de la Constitution, cette règle fondamentale qui organise le fonctionnement d’un Etat. Mais notons aussi que la langue française se trouve associée dans cet article à des symboles, vecteurs du sentiment d’appartenance à la Nation. Il ne s’agit donc pas d’un simple aspect pratique.

Cet "après-vous Monsieur", "plus belle definition de la civilisation" selon Lévinas, commence d’abord par le visage qui doit être découvert. Emmanuel Lévinas poursuit plus loin dans le même ouvrage : "Je pense plutôt que l’accès au visage est d’emblée éthique(...). L’analyse du visage (...) est le présupposé de toutes les relations humaines. S’il n’y avait pas cela, nous ne dirions même pas, devant une porte ouverte : "Après vous, Monsieur !". C’est un "Après vous, Monsieur ! " originel que j’ai essayé de décrire." L’accès au visage est devenu un enjeu politique, culturel et cultuel de premier ordre. La triangulation mortifère se fait entre les prédicateurs radicalisés qui ont remplacé les grands frères dans les quartiers, l’aliénation volontaire de femmes qui obtiennent ainsi un statut de vertu bien confortable et protecteur, la bénédiction de gauchistes idiots-utiles de l’islam politique, se rachetant une mauvaise conscience en réduisant les enfants d’immigrés à cet essentialisme religieux ; enfin le cynisme électoraliste et la lâcheté des élus assignant à résidence cette population renvoyée aux prédicateurs.

L’accès au visage doit être total, et pas que pour des raisons de sécurité, mais d’abord pour des raisons éthiques et politiques.

La société française est en droit d’exiger que l’islam, comme toute autre religion, comme elle l’a exigé de la religion catholique, s’adapte à cette sociabilité, à cette éthique qui permet, pour reprendre l’idée de Lévinas, de "nous rendre responsables les uns des autres". C’est un point non négociable. Il est temps de refuser de négocier, de s’accommoder en ayant la fausse naïveté de masquer le prosélytisme religieux des islamistes sous une pseudo-légitime demande de reconnaissance culturelle. C’est ce que disait Abdennour Bidar (qui est loin d’être un extrêmiste de la laïcité) dans sa conférence sur la laïcité tenue en Novembre 2015 à Toulouse, sous l’égide du Conseil Départemental de la Haute-Garonne : "La loi du 11 Octobre 2010 interdisant le port du voile intégral, en s’appuyant sur des considérations d’ordre public, n’est en rien liberticide. Présenter son visage tient du bon sens, de l’éthique universelle, une rencontre de visage à visage. Le voile intégral est une dégénérescence de l’islam". Certains enfants de la troisième génération d’enfants d’immigrés et des nouveaux venus (convertis ou immigrés de fraîche date) somment la France et la nation française de s’adapter à leurs nouvelles, car elles sont nouvelles et inédites, revendications vestimentaires, de séparation sexuée des espaces publics, des menus adaptés, au nom même de la liberté et de l’égalité qu’ils refusent aux autres ailleurs et dans certains territoires d’ici, et qu’ils supprimeront si la domination politique et religieuse de l’islam était acquise. Pour beaucoup, les accommodants, il s’agit d’adaptations idéologiques ou tactiques, mais les raisons justifiant ces compromis bien compromettants sont les mêmes : une fausse ouverture d’esprit chez les accommodants qui font dans le racialisme, validant le retour imaginaire à une vérité ethnique. Il n’y a pas de race musulmane, comme il n’y a pas de race chrétienne. La religion est un choix individuel, personnel et privé, libre de la contingence ethnique. La langue de la nation est un acte politique qui s’impose à tous, pour le bien de chacun et celui de tous.

Avant le salam ah likoum, il y a le "Après vous", de la langue française, du visage découvert, du respect du Droit. Avant le nous religieux et communautariste, il y a l’intérêt général et la Nation française, forcément française, heureusement française.