Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Algérie : "ILS" PRÊCHENT SUR LA PLACE PUBLIQUE

Algérie : "ILS" PRÊCHENT SUR LA PLACE PUBLIQUE

mardi 29 mars 2016, par siawi3

Source : http://www.liberte-algerie.com/actualite/des-barbus-en-tenue-afghane-sement-la-panique-a-bejaia-244073

ILS PRÊCHENT SUR LA PLACE PUBLIQUE
Des barbus en tenue afghane sèment la panique à Béjaïa

le 17-03-2016 10:00

A. HAMMOUCHE/K. OUHNIA

Un nouveau phénomène vient de susciter une grande polémique, voire des appréhensions au sein de la population béjaouie.

Un groupe de barbus, en tenue afghane, occupe la place publique, depuis mardi dernier, pour s’adonner ouvertement à des prêches religieux. Une pratique inédite qui ne laisse pas indifférents les acteurs de la société civile. L’alerte étant aussitôt donnée par la web-radio “Gouraya”, fraîchement créée, fait état de l’existence d’individus barbus, d’un courant religieux pas encore identifié, venus de plusieurs régions du pays, notamment de Sétif, de Bordj Bou-Arréridj…, lesquels ont élu domicile sur l’esplanade de la mosquée Ibn-Badis, située au quartier d’El-Khemis, au centre-ville de Béjaïa.
C’est sur cette placette publique attenante au marché des Babors et à la rue de la Liberté, et jouxtant le square Pasteur, que ces religieux prêchent à longueur de journée “la bonne parole”. “Nous sommes là pour prêcher la parole d’Allah, telle qu’écrite dans Son Livre Saint, le Coran, et la parole du Messager Mohammed (QSSSL), rapportée dans sa sunna authentique. Que chacun de nous étudie le noble Coran et la sunna purifiée pour savoir les commandements d’Allah et ses interdictions, la tradition du Messager dans son appel à la religion d’Allah et dans son rejet de tout ce qui est blâmable et péché”, lancent-ils sans cesse, telle une rengaine. “Sommes-nous devant une montée intégriste ?”, s’interroge-t-on sur la page facebook de la Radio Gouraya.
Il faut dire que la présence de ce groupe de “prédicateurs d’indulgence” se réclamant d’un courant islamiste prônant la paix, la tolérance, le pardon, la justice, l’amour et l’unité n’a pas manqué de provoquer des réactions, parfois virulentes, des citoyens, notamment à travers les commentaires diffusés sur la Toile. “C’est à croire qu’ils sont dans une mosquée, en s’allongeant sur un tapis en pleine rue (...). Ils ne se gênent pas les mecs !”, ironise un internaute, H. L., sur facebook.
Pour sa part, Ahcène Barka écrit : “À ma connaissance, ce type de rassemblement est interdit par la loi. Mais alors, que font les autorités en charge du maintien de l’ordre ? Attend-on des dépassements pour intervenir en sauveur ? Ou alors, laisse-t-on faire pour créer un antécédent et justifier, par la même, la suite du scénario ?” Plus incisif, Kaci Smaïl notera sur son mur : “Désolé, ils n’ont pas à prêcher sur les places publiques. Ils n’ont pas affaire à des mécréants !”
De son côté, le responsable du bureau de wilaya de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’Homme (Laddh), Hocine Boumedjane, déplore, sur sa page facebook, “l’absence et la passivité de l’État devant cette situation”, rappelant que “l’État est garant du respect du droit de culte dans des lieux appropriés et ne saurait admettre un tel dérapage”.
Pour ce militant des droits humains, les autorités ont le devoir d’intervenir pour “restituer ces espaces à leur vocation naturelle, des espaces citoyens qui appartiennent à tous”. En outre, la Laddh de Béjaïa s’insurge contre cette “montée du discours politico-religieux” en Kabylie, en clamant : “Non à la théocratisation de l’État” et “Non à l’Étatisation de la religion.”
À noter que les animateurs de la Laddh appellent tous les militants politiques, les représentants de la société civile et les citoyens de la région à se préparer à une riposte, à travers la tenue d’une rencontre au CDDH, qui devait avoir lieu, hier soir, pour “décider ensemble d’une action commune d’envergure afin de dénoncer le laxisme des autorités locales et condamner l’occupation des espaces publics par des fanatiques religieux”.
Contacté par nos soins, le divisionnaire de police, Tahar Benazzoug, adjoint au chef de sûreté de wilaya, nous fait savoir que ces religieux qui sillonnent le pays à longueur d’année ont déjà eu à séjourner dans la région. “Ils ont l’habitude de venir passer quelques jours à Béjaïa. Dès leur arrivée, ils se présentent au commissariat pour décliner leur identité et nous informer de l’objet de leur séjour. Il ne s’agit pas d’un groupe de salafistes ou d’intégristes. Bien au contraire, ce sont des partisans de la paix et de la tolérance. Ce sont, en fait, des prédicateurs. Ils se réclament d’une doctrine appelée ‘Ahl Essuna wa El Djamâa Li Ettabligh’ (groupe de prédication)”, nous a affirmé l’officier de police qui a précisé qu’“on leur a interdit d’activer ou même de passer la nuit à l’intérieur de la mosquée”. Effectivement, tout le monde aura remarqué que ces prédicateurs continuent à passer leurs nuits à la belle étoile, bravant ainsi le froid glacial qui sévit ces jours-ci dans la ville de Yemma Gouraya.