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"Violence et Islam" d’Adonis

Book Review

mardi 29 mars 2016, par siawi3

Source : https://blogs.mediapart.fr/khaled-youssef/blog/240316/violence-et-islam-dadonis-0

24 mars 2016
Par khaled Youssef Blog : Syrie et moyen orient : l’autre info...

"Il manque aux arabes d’aujourd’hui l’esprit du questionnement. Pour çe qui est de l’Histoire, les arabes n’arrivent pas à penser objectivement, le premier état dit arabo-musulman qui a été fondé sur le pouvoir et l’appartenance à la tribu. Qui dit tribu, dit absence de l’idée de pluralité. Quraysh, le tribu de Mohamed qui a exercé, après le décès de ce dernier, le califat, est une seule famille.

Le poète syrien Al-Ma’arri disait il y a des siècles :" il y a deux sortes de personnes sur terre celles qui ont une religion et pas de raison ; celles qui n’ont pas de religion et ont une raison"

Ce livre d’entretien osé entre Houria Abdelouahed et Adonis, pense l’islam et son histoire d’une façon courageuse, réelle, dépourvue de la peur qui a empêché durant des siècles beaucoup de penseur arabe à critiquer d’une façon constructive la religion. Comme Michel de Certeau, Adonis nous invite à transformer l’histoire-légende en histoire-travail, et à s’arracher à ce que Freud appelait les "contes de fées de la religion", en expliquant pourquoi "Toute société qui croit détenir la vérité absolue produit de l’ignorance"

Un livre qui a du mérite, et qui soulage à vrai dire, car nous sommes nombreux à penser çe qui a été dit et écrit sans pouvoir l’exprimer à voix haute publiquement. L’histoire se souviendra qu’ Adonis a été le premier intellectuel arabe à faire face à la réalité historique du troisième religion monothéiste.

" la mémoire-passé est une blessure béante, une catastrophe au sein de la vie arabe. Culturellement, obscure ; humainement, sauvage ; moralement, avilissante. C’est une blessure du cœur et de l’esprit."

Car depuis le départ et essentiellement après la mort du prophète l’histoire du monde arabo-musulman n’a été que conflits et lutte pour le pouvoir. La pensée unique et l’esprit tribal ont toujours dominé, et même les mouvements mystiques et philosophiques en plus des poètes ont été totalement détachés de la religion, mais ils " ont utilisé l’islam comme voile ou comme moyen pour échapper aux poursuites et aux exécutions. La philosophie n’émane pas du texte coranique.... Ibn Arabi, par exemple, a forgé un système de pensée qui rompt radicalement avec la conception religieuse et musulmane de l’homme et de l’univers."

Si la situation aujourd’hui dans le monde arabe est ainsi c’est "Parce qu’il y a un interdit qui pèse sur la pensée. Il ne faut pas penser, il ne faut pas questionner, le Texte ne peut aucunement être l’objet de critiques ou de controverses. En outre, il se répète quotidiennement comme une histoire que le musulman se racontée à lui même. Il devient "le suiveur" pour vivre selon les préceptes et le code sacré qui reste un code prohibitif. "

"Aujourd’hui, ceux qui utilisent la violence en recourant aux armes sous prétexte de défendre leur vérité ou de l’imposer par la force aux autres, ne font que la détruire tout en détruisant la liberté."

" j’ai découvert que toute notre histoire était falsifiée, fabriquée de toutes pièces et que ceux qui avaient créé la civilisation arabe et sa grandeur furent bannis, condamnés, rejetés, emprisonnés, voire crucifiés. Il faut relire cette civilisation et la revoir autrement : avec un nouveau regard et avec une nouvelle humanité"

"À la lumière de tout cela, on peut dire que çe printemps arabe n’a rien à voir avec la révolution ni avec la libération des peuples. Il est empreint d’obscurantisme comme n’importe quel régime de dictature. Daech et Al Nosra, pour ne nommer que ces deux groupes, sont aussi cruels sinon plus."

"Notre culture combat et condamne, même de nos jours, tout ce qui est different. Le penseur qui souhaite répudier la vision classique prônée par la religion n’est plus admis à faire partie de la communauté. Il est accusé de trahison et d’apostasie. L’individu vit ainsi dans une société qui le réduit à une appartenance. C’est un problème historique : çe que nous nommons "Islam" n’a pas respecté la diversité au sein même des arabes. Il a attaqué l’art et tenté de détruire toute la beauté qu’il lui préexistait. Or loin de se réduire à une manière d’embellir une maison où de composer une chanson, l’art est une vision du monde et un rapport avec le monde."

Le rôle de la femme et le sexisme de l’islam-pouvoir qui a limité son rôle en objet qui sert à l’homme pour ses plaisir et qu il a le droit de la violer même au sein du couple, ou bien à la vendre et l’acheter, et là en effet on s’expose la question : "mais pourquoi les foules manifestent violemment contre une caricature alors que personne ne bouge pour condamner la vente des femmes dans les cages par Daech, ou la lapidation en Arabie saoudite ?"

Quand on comprend cela on lie le "printemps arabe" et son échec à ces idéologies fatalistes et la pensée unique que la tribu de Mohamed à imposé dès le début de la religion. "Dans le monde arabe, au lieu de créer un avenir, nous sommes Face à un projet absolu : épouser la religion. L’Europe commence à régresser aussi. Ne serait-ce parce que la politique occidentale soutient l’obscurantisme incarné par le Wahhabisme. L’institution politique en Occident ne cherche plus la culture, la lumière, l’avenir, le progrès. Elle cherche l’argent."

" Il faut rappeler que la plupart des discours et des décisions politiques attestent que l’Arabie saoudite et le Qatar sont les premiers à avoir financé et fourni les armes contre le régime syrien. Nous nous trouvons avec le constat suivant : il s’agit plus d’intérêts économiques et stratégiques que de révolution"

"Nous nous retrouvons face à la prédominance d’un discours sacré : celui de Dieu l’Un, suivi par le Faqih. La pensée est invitée à démissionner car la vérité du discours repose non sur sa propre vérité, mais sur l’autorité de celui qui le prononce. Du moment où il s’agit du divin, on doit croire."

Pour mon plus grand plaisir, la dernière partie de l’entretien pose la question du rôle de l’art et de la poésie du point du vu d’Adonis : "Par le plus grand des hasards, j’ai découvert quelque chose qui s’appelle "l’art", "la poésie", et qui m’incite à poser cette question : "Qui suis-je ?" L’art m’aide en quelque sorte à mieux appréhender cet univers dans lequel je fus jeté. "

À lire et à réfléchir...

"Violence et Islam"
Adonis
Editions du Seuil