Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > impact on women / resistance > Françaises à part entière et non Françaises à part : le débat sur la ’mode (...)

Françaises à part entière et non Françaises à part : le débat sur la ’mode islamique’

lundi 4 avril 2016, par siawi3

Source : Le Courrier de la Marche Mondiale des Femmes contre les Violences et la Pauvreté - N° 309 – 4 avril 2016

Quatre déclarations de soutien à la Ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes pour avoir dénoncé l’appât du gain des grandes marques de mode qui fabriquent des vêtements conformes aux diktats intégristes.

L’accusée, c’est la mode ! – Les Vigilantes

Laurence Rossignol, Ministre des Droits des Femmes, a accusé mercredi lors d’une interview sur RMC, des grandes marques internationales de la mode ((H&M Uniqlo Dolce Gabbana) d’être irresponsables. Nous approuvons ses propos. Renvoyer les femmes à la pudeur, les effacer et les enfermer relève-t-il du monde de la mode ou de celui des obscurantistes ?
Ces marques profitent du fait que de plus en plus de femmes sont soumises aux injonctions des salafistes et des Frères musulmans en matière de tenues vestimentaires, pour développer leur business. Il est irresponsable de collaborer à cette propagande, et ainsi se rendre complice d’une l’idéologie religieuse et politique qui considère les femmes comme des êtres inférieurs et vise à contrôler leur corps et leur place dans l’espace public.

Les VigilantEs apprécient que la ministre s’engage avec courage pour défendre les droits et libertés des femmes face à une arnaque présentée comme une « mode pudique islamique ». Toutefois, en écoutant l’interview nous avons été interpellées par l’expression « nègres américains » employée à la place d’ « afro-américains » pour faire un parallèle entre le choix de s’habiller selon les critères islamistes et la servitude volontaire de certains esclaves. Laurence Rossignol aurait tout intérêt à clarifier pour contrer toute disqualification de l’ensemble de ses propos : les forces obscurantistes
telles les islamistes et leurs alliés sont déjà à la manœuvre. Elles ne supportent pas le soutien de l’Etat aux associations de femmes qui luttent contre leur emprise dans les quartiers, comme le font les Femmes sans voile d’Aubervilliers, la Brigade des Mères de Sevran et d’autres encore.
L’accusée, c’est l’opportunisme de l’industrie de la mode.

°°°

Mode dite « islamique » : de réels enjeux pour les droits des femmes
Danièle Bousquet

La mode dite « islamique » ou encore « pudique » fait débat ces derniers jours. Elle consiste en la mise en vente et la promotion par de grandes marques et chaînes de vêtements de tenues telles que des voiles ou maillots de bain visant à masquer le plus possible le corps des femmes.
Il est important de rappeler qu’il n’y a pas une islamiste derrière toute femme voilée. L’histoire du voile n’est pas exclusive à l’islam mais commune à de nombreuses autres religions. Néanmoins, il convient aussi d’observer une concentration de la propagande islamiste autour des préceptes vestimentaires – contestés y compris en interne aux religions - et notamment autour du port du voile par les femmes.

Ce sujet n’est pas une simple question de mode ou de consommation, c’est aussi une question politique. Dans le contexte mondial de montée violente des extrémismes politico-religieux, comment ne pas vouloir voir que cette mode religieuse est un instrument de plus au service d’un projet de société non seulement sexiste - toutes les sociétés dans le monde demeurent sexistes - mais d’enfermement et de contrôle du corps des femmes ? La mode dite « islamique » n’est-elle pas un instrument de banalisation de normes religieuses dans la sphère publique, au service d’un projet de
société islamiste qui nie aux femmes leurs droits humains et leur qualité d’égale ?

Dans ce contexte et considérant les enjeux posés aux droits des femmes et plus largement aux droits humains, je reconnais le courage dont fait preuve dans ce débat la ministre chargée des droits des femmes, Laurence Rossignol. Interrogée sur la mode dite « islamique », elle n’a pas fui le débat et a eu raison de dénoncer l’irresponsabilité des grandes marques qui, au nom du profit, n’hésitent pas à reprendre à leur compte une stratégie fondamentaliste politico-religieuse.

Oser aborder ces sujets complexes ne mérite en aucune façon un procès d’intention, mais exige au contraire dialogue, réflexion, action. Il en va de notre responsabilité commune.

°°°

Merci Madame la Ministre pour votre colère à propos de la mode islamique !
Lettre collective

Les associations signataires se réjouissent que vous ayez réagi avec force et indignation face à la banalisation du port du voile islamique, qui veut se faire beau et élégant à travers des défilés de mode visant un immense et juteux marché mondial. L’image qui vous est venue à l’esprit est celle de l’esclavage, car c’est bien ce que symbolise le voile, par l’invisibilité, paradoxalement voyante !, du corps des femmes dans l’espace public. Une sorte de rappel humiliant de la claustration des femmes, une façon d’afficher la ségrégation entre les sexes. Ni l’élégance, ni la couleur, ni la taille, ni la richesse des tissus, ni leur texture, ne sauraient changer le sens de ce symbole.

Les sociétés humaines sont construites sur des symboles : le drapeau, l’hymne, le patronyme, la grammaire... Le système patriarcal se reproduit à travers certains d’entre eux. Nous devons savoir les reconnaitre. Ce combat-là n’est pas secondaire. Hélas, les opprimé.es, sont souvent les complices de cette perpétuation.

Vous avez eu raison, en tant que Ministre des droits des femmes, de vous indigner. On vous reproche d’avoir utilisé le mot « nègre » en parlant de l’esclavage, vous vous en êtes expliquée.
Quant à nous, nous n’avons pas douté un instant que vous rappeliez par ce mot le mépris dont les esclaves faisaient l’objet avant que les consciences ne se réveillent. C’est un mauvais procès que l’on vous fait là, notamment par ceux qui vous interpellent en qualifiant de « faux débat », la question de la « mode islamique ».

Signataires : Ligue du Droit International des Femmes, Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes, CNIDFF Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles,CIBEL, Comité Laïcité République, EGALE Egalité Laïcité Europe, Femmes pour le Dire Femmes pour Agir, Femmes sans voile d’Aubervilliers, Femmes Solidaires, Féminisme et géopolitique, Les Libres Mariannes, Mouvement Pour la Paix et Contre le Terrorisme, Regards de femmes, Réseau Féministe « Ruptures », Réussir l’Egalité Femmes-Hommes, les VigilanteS

°°°

Une voix s’élève pour l’honneur des femmes
Le Collectif « Femmes sans voile d’Aubervilliers »

Une voix s’élève et nous nous sentons moins isolées. Cela fait déjà plusieurs années, nous nous sommes exprimées contre le port du voile en tant que symbole d’inégalités des sexes, que nous avons vu se multiplier. Nous vivons dans ce qu’on appelle les « quartiers » où nous subissons des réflexions des islamistes de plus en plus nombreux, de plus en plus arrogants. Où les mineures se voilent à la sortie des cours quand elles ne disparaissent pas au Mali ou en Syrie.

Enfin une voix s’élève au-dessus du cloaque multiculturaliste dans lequel chacun perd son âme à force de concessions. Nous sommes pour tout ce qui libère la femme du poids des religions, revues et corrigées par un patriarcat qui veut brider la vie des femmes.
Nous remercions aussi cette voix parce que nous sommes solidaires de nos sœurs vivant dans les pays où elles n’ont pas d’autre choix que de subir des lois contraires à la dignité humaine. Les critiques à votre égard viennent de ceux qui nous stigmatisent et qui considèrent que les valeurs fondamentales de la République ne nous concernent pas pour nous enfermer dans un communautarisme anachronique.

Merci Madame la Ministre de nous considérer Françaises à part entière et non Françaises à part.