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Allemagne : A Düsseldorf, ouverture du premier procès pour les viols de la Saint-Sylvestre

mardi 12 avril 2016, par siawi3

Source :

Par Nathalie Versieux,
Berlin, de notre correspondante

11 avril 2016 à 07:04

Taoufik M. est le premier à être jugé pour sa participation aux agressions sexuelles de la nuit du Nouvel An.
Il s’est trahi avec une interview. Taoufik M., Marocain de 33 ans arrivé en Allemagne voici deux ans, connu des services de police de Düsseldorf pour vols et coups et blessures, a accordé fin janvier à Spiegel TV un entretien où il se présente à visage découvert, et se vante de ses exploits de voleur à la tire. Mais parmi les téléspectateurs se trouve une jeune fille de 18 ans de Mönchengladbach. Elle est formelle : ce jeune homme à la coupe de cheveux reconnaissable est bien l’un des quelque dix Maghrébins qui l’ont agressée la nuit du Nouvel-an. Un mois après les faits, elle se résout à porter plainte. Taoufik M. est donc le premier homme à être jugé pour avoir participé aux agressions sexuelles de la St Sylvestre dans la région de Cologne, en Rhénanie. Depuis, il séjourne en prison. Son procès pour attentat à la pudeur avec violence s’ouvre ce lundi à Düsseldorf.

Voleur à la tire

Domicilié dans un foyer de réfugiés de Düsseldorf, Taoufik M. était jusqu’ici considéré comme le chef d’une bande de voleurs à la tire, qui opère dans la région. Vingt plaintes en deux ans ont été déposées contre lui. Un tribunal de Düsseldorf l’a déjà condamné à 7 mois de prison avec sursis.

Jusqu’à présent, plusieurs procès se sont déroulés suite aux agressions de la Saint Sylvestre, mais aucun pour agression sexuelle. Un Algérien a été condamné à 480 euros d’amende pour vol de téléphone portable. Deux autres Maghrébins ont été condamnés à des peines de prison avec sursis – là encore pour vol - par un tribunal pour mineurs. Mais jusqu’à présent, aucun des 153 suspects identifiés par les enquêteurs n’a pu être jugé pour viol ou attouchements, faute de preuves suffisantes. Dans bien des cas, les victimes n’ont pu identifier leur agresseur dans le noir.

68 demandeurs d’asile

Fin mars, 1527 plaintes avaient été déposées par 1218 victimes dans 12 des 16 Länder allemands, pour vols ou agressions sexuelles dans la nuit de la Saint Sylvestre. Plus de mille plaintes concernent des agressions commises en Rhénanie, notamment à Cologne et Düsseldorf ; un peu moins de 200 cas concernent Hambourg. Cette nuit-là, 529 jeunes femmes ont été victimes d’agressions sexuelles à travers l’Allemagne. 149 des suspects identifiés par la police sont étrangers, dont 103 sont originaires du Maghreb. L’émotion est forte dans le pays : jamais une telle vague d’agressions ne s’était produite en Allemagne. Surtout, 68 des agresseurs présumés sont, à l’instar de Taoufik M, des demandeurs d’asile, ce qui n’a pas manqué d’être instrumentalisé par l’extrême-droite.

Trois mois plus tard, l’enquête n’a pas vraiment progressé. Ni sur les inculpés, ni sur les failles policières lors de la Saint Sylvestre. Les forces de l’ordre se trouvaient en nombre insuffisant à Cologne et n’ont pas demandé de renfort, alors que la situation était devenue incontrôlable sur le parvis de la gare. Pire, l’email d’un policier de Cologne, parvenu à la presse la semaine dernière, semble indiquer que le ministre de l’Intérieur du Land a demandé aux enquêteurs de ne pas faire apparaître le mot « viol » dans leur rapport. Sur ce point, une commission d’enquête parlementaire régionale est en cours.