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Liban : « Fus’hat amal », bilan positif d’une initative visant à garder vivante la mémoire des disparus

jeudi 14 avril 2016, par siawi3

Source : http://www.lorientlejour.com/article/980665/-fushat-amal-bilan-positif-dune-initative-visant-a-garder-vivante-la-memoire-des-disparus.html

OLJ
13/04/2016

Il y a douze semaines, « Fush’at amal », un site Web interactif, a été lancé par dix-neuf organisations de la société civile, dont l’ONG Act for the Disappeared, avec pour objectif de garder vivante la mémoire de milliers de personnes détenues en Syrie ou disparues durant la guerre civile. Douze semaines durant, chaque mercredi, le témoignage fictif qu’aurait apporté une de ces personnes a été publié dans L’Orient-Le Jour, al-Akhbar et le Daily Star.

Ce n’est pas la première fois que des journaux consacrent un espace à ces histoires tragiques. Ce qui est toutefois nouveau, c’est le fait que ces histoires ne sont plus disponibles uniquement dans les archives privées des médias qui avaient abordé le sujet, mais figurent désormais dans une plate-forme interactive mise à la disposition des familles et du public.

La plate-forme « Fush’at amal » dédie ainsi un espace à chaque disparu. Elle donne des informations sur sa famille, sa personnalité, ses rêves et les circonstances de sa disparition. Des photos de la personne disparue et de ses proches y sont également postées. La page dédiée à chaque personne victime de disparition forcée donne aussi la parole aux familles qui peuvent y partager leurs expériences. Cela leur permet de rompre leur isolement.

(Disparus de la guerre civile : s’ils pouvaient témoigner)

Depuis le lancement de « Fus’hat amal », le 26 janvier dernier, l’histoire de quelque 120 personnes ont été recueillies, au nombre desquelles les histoires de huit femmes, dont cinq mères, de dix-huit enfants, dont cinq ayant disparu avant l’âge de 10 ans. Plus de la moitié des hommes dont l’histoire a été recueillie ont des enfants. En ce qui concerne les disparitions, elles sont survenues, dans leur majorité, au début de la guerre en 1975 et 1976, puis durant la période s’étalant entre 1982 et 1985, et en 1990.
Le nombre de ces histoires est certes limité, vu l’ampleur du dossier – des milliers de personnes sont portées disparues – et ne peut pas, par conséquent, être considéré comme étant représentatif d’une quelconque réalité.

Initiative fortement appréciée

Quelque soixante jeunes se sont portés volontaires pour recueillir ces témoignages auprès des familles des personnes disparues. Au préalable, ils ont suivi une formation dans ce sens. Les informations recueillies ont permis de créer une page dédiée à la personne disparue sur la plate-forme de « Fus’hat amal ».
Cette initiative a été positivement accueillie par les familles des disparus, qui étaient contentes de constater que la nouvelle génération, qui n’a pas connu la guerre, s’engage dans ce dossier. Elles considèrent ainsi que leur combat ne s’éteindra pas avec elles et qu’il y aura toujours quelqu’un qui réclamera la vérité sur le sort de leurs proches.
« Vous nous redonnez de l’espoir », confie ainsi Racha, fille d’une femme disparue. « Cette initiative restitue aux disparus leur place dans la société, poursuit-elle. Aujourd’hui, je pleure. Je suis très émue. Je sens que ma mère est près de moi. »

« "Fus’hat amal" est un projet important, insiste de son côté Laure, épouse d’un disparu. Je veux connaître l’histoire d’autres personnes disparues. Cela fait du bien de constater qu’on n’est pas seul et que d’autres partagent les mêmes souffrances. »
Les jeunes volontaires ayant travaillé sur le projet estiment de leur côté qu’il s’agissait d’une « expérience enrichissante », d’autant qu’ils ont peu de connaissances sur la guerre, ce sujet étant « tabou » dans leurs familles.
« Au début, j’avais peur, je n’avais jamais eu une conversation avec un étranger sur un sujet aussi sensible, raconte Jude. Mes peurs se sont avérées fausses. En fait, les deux personnes que j’ai interviewées étaient heureuses et touchées de constater qu’il y a toujours des gens qui se tiennent à leurs côtés pour réclamer la vérité sur le sort de leurs proches et que les histoires des disparus et la souffrance des familles ne seront pas oubliées. »

Pour Élie, « la rencontre avec la fille d’un disparu a été un cadeau mutuel ». « Elle m’a donné des histoires qui m’ont permis de voir, comprendre et grandir, ajoute-t-il. Je lui ai donné une écoute attentive qui lui a fait du bien. » Et de poursuivre : « J’ai voulu comprendre l’histoire que j’avais entendue en visitant les lieux. Là-bas, deux visions se juxtaposaient, celle du passé et celle d’un présent en déni qui refuse de dire les choses. »
Quant à Mahmoud, il estime que cette expérience enrichissante lui a permis « d’ouvrir les yeux ». « J’ai réalisé à quel point les gens en général ne connaissent pas le dossier des disparus. J’ai aussi compris que les politiciens avaient évité la question pour la faire tomber dans l’oubli », constate-t-il.

Défis
Le projet « Fus’hat amal » présente toutefois de nombreux défis, notamment le fait des milliers d’histoires qui restent encore à collecter, mais aussi celui de rendre cette plate-forme accessible à un plus grand nombre de personnes.
En effet, cette plate-forme numérique est surtout accessible aux personnes âgées entre 20 et 50 ans. Elle l’est moins aux personnes plus âgées.
De plus, la jeune génération des proches de disparus (enfants, neveux, petits-enfants, etc.) se mobilise peu, estimant que ce sont leurs parents ou grands-parents qui devraient partager l’histoire du disparu et non pas elle. À cela s’ajoute la méfiance de nombreuses familles qui, après de nombreuses années d’attente et d’espoir, ont perdu confiance dans les autorités et la société civile.
Pour espérer engager le plus grand nombre de familles, « Fus’hat amal » doit aller à leur rencontre dans les régions pour leur expliquer sa démarche et ses objectifs, et ce tout en continuant à mobiliser la nouvelle génération. Les jeunes intéressés peuvent entrer en contact avec l’ONG qui organise une formation tous les deux mois.

Par ailleurs et pour marquer le 41e anniversaire de la guerre, « Fus’hat amal » appelle l’opinion publique à exprimer sa solidarité avec les familles des disparus en remplaçant sa photo de profil sur Facebook par la photo de l’une des personnes disparues qui sont disponibles sur les liens suivants :
https://www.facebook.com/act4thedisappeared/posts/972409579481037 (en anglais) ; https://www.facebook.com/act4thedisappeared/posts/972590382796290 (en arabe).
Par ailleurs, le samedi 16 avril, « Fus’hat Amal » organise un rassemblement entre 11h et 18h, à la « tente » des disparus, dans le jardin Gebran Khalil Gebran, au centre-ville, pour honorer les disparus et rendre hommage au combat mené par leurs familles. Les histoires de personnes disparues partagées sur la plate-forme seront exposées. Leurs familles seront présentes pour partager leurs expériences. Des volontaires seront également présents pour recueillir les informations des proches de disparus qui souhaitent ajouter l’histoire de leur proche sur la plate-forme www.fushatamal.org/ar