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Maroc : FEMEN prend fait et cause pour les homosexuels en danger

Interview d’Inna Shevchenko

samedi 16 avril 2016, par siawi3

Source :

FEMEN : Inna Shevchenko, la leader du mouvement, nous livre les détails du happening à Rabat (INTERVIEW)
HuffPost Maroc

Par Adeline Bailleul

Publication : 03/06/2015 18h08 CEST Mis à jour : 29/07/2015 18h56 CEST

INTERVIEW - Suite à l’expulsion de deux militantes françaises des FEMEN qui avaient provoqué mardi une vive polémique en s’embrassant devant la Tour Hassan à Rabat pour protester contre la situation des homosexuels au Maroc, la leader du mouvement féministe FEMEN France, Inna Shevchenko, revient sur les motivations du mouvement féministe et les coulisses de l’opération.

HuffPost Maroc : Pourquoi avoir choisi le Maroc pour cette manifestation pro-LGBT et particulièrement un lieu considéré comme sacré par les Marocains ?

Inna Shevchenko : L’existence de l’article 489 dans le code pénal marocain était un problème que nous suivions de près depuis un moment. La récente condamnation de trois homosexuels à trois ans de prison nous a poussées à agir maintenant. Au nom des droits de l’homme universels, les activistes FEMEN défendent le droit à la liberté de la vie privée et de la vie sexuelle. L’homophobie n’est ni une tradition ni une culture et devrait encore moins constituer une loi. FEMEN demande au Maroc d’abolir ses lois homophobes et de respecter son engagement pris lors de la rédaction de sa Constitution en 2011, qui affirmait vouloir "bannir et combattre toute discrimination à l’encontre de quiconque" et ce en raison de "quelque circonstance personnelle que ce soit".

Nous avons choisi un espace public symbolique de Rabat. La Tour Hassan était un choix basé sur le symbolisme puisqu’elle était supposée être la plus grande mosquée du monde musulman, mais en définitif, ça n’a pas été le cas. Donc ici, nous faisons un parallèle avec ces mœurs oppressives et discriminatoires qui veulent ériger un temple pour l’humanité, nous, nous disons qu’elles ne vont pas réussir parce que nous résistons. Et après tout, permettez moi de dire que si Rabat comptait plusieurs monuments symboles d’égalité et construits au nom des droits humains, c’est là-bas que vous nous verriez manifester.

Comment vont les deux militantes depuis leur arrestation et expulsion du territoire ? Vous ont-elles raconté les détails de leur arrestation ?

J’ai pu parler à Esther et Marguerite il y a peu de temps. Elles sont de retour en France et ont pu donner des détails très spécifiques sur leur arrestation. Elles ont été arrêtées par la police à l’aéroport avant d’être amenées au poste de police. Sur place, les activistes ont été séparées dans des pièces différentes et questionnées durant 6 heures. Les filles disent qu’on leur a posé les mêmes questions à de nombreuses reprises. La police a cherché à avoir plus d’informations sur les journalistes qui étaient présents. De plus, les activistes ont été interrogées sur leur orientation sexuelle afin de savoir si elles étaient homosexuelles, ainsi que sur leur religion.

Vous avez dit "apprécier" la décision des autorités marocaines concernant l’expulsion des deux activistes, pourquoi ? Redoutiez-vous un scénario à la tunisienne ?

Bien entendu nous prenons des risques, mais ce n’est pas notre faute si dans un pays ou un autre, des personnes peuvent être emprisonnées simplement pour le fait de s’être embrassées en public ou pour avoir manifesté pacifiquement. La peur ne sauve pas des vies, pas plus qu’elle ne libère qui que se soit. Nous ne choisissons pas d’avoir peur, nous choisissons de résister. Nous avons préparé la logistique de la manifestation afin que les activistes puissent quitter les lieux sans être appréhendées, ce qui a été le cas. Notre but n’est pas de se faire arrêter ni de passer du temps en prison, ce n’est pas d’être des martyrs mais de transmettre un message, et dans ce cas nous avons réussi.

Ironiquement, j’ai dit que nous apprécions la décision d’expulsion puisqu’elle nous donne plus d’opportunités pour agir, en particulier pour Esther et Marguerite. Mais, j’aimerai préciser que nous savons que cette décision d’expulsion est politique et que les autorités marocaines cherchaient probablement à montrer que le pays est plus progressiste que la Tunisie. Cependant, le communiqué et les accusations d’obscénité sont exactement les même que celles qui avaient été prononcées en Tunisie, de plus les actes de brutalité de la police ne montrent malheureusement pas un visage progressiste des autorités marocaines.

Prévoyez-vous d’autres actions au Maroc ? Et si oui, sous quelle forme ?

C’était la première manifestation des FEMEN au Maroc au regard des droits homosexuels et ça ne sera sans aucun doute pas la dernière. Nous nous sentons en effet également concernées par la question de l’avortement qui se pose dans le pays ainsi que bien d’autres sujets. J’espère que la prochaine fois, des femmes marocaines nous rejoindront.