Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Quebec : Le rôle des femmes canadiennes dans la guerre des djihadistes

Quebec : Le rôle des femmes canadiennes dans la guerre des djihadistes

jeudi 21 avril 2016, par siawi3

Source : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/468133/les-femmes-ces-machines-a-fabriquer-des-djihadistes

Les femmes, ces machines à fabriquer des djihadistes
Près d’une recrue occidentale sur cinq est de sexe féminin, révèle l’Université Concordia

14 avril 2016

Marco Fortier

Les femmes enrôlées par le groupe EI servent principalement à faire des enfants et à recruter d’autres femmes sur les réseaux sociaux. Ci-dessus, une Espagnole de 18 ans est arrêtée, en septembre 2015, pour avoir fait du recrutement sur Internet.

Photo : Jose Jordan Agence France-Presse Les femmes enrôlées par le groupe EI servent principalement à faire des enfants et à recruter d’autres femmes sur les réseaux sociaux. Ci-dessus, une Espagnole de 18 ans est arrêtée, en septembre 2015, pour avoir fait du recrutement sur Internet.

Sans faire de bruit, la machine de guerre du groupe armé État islamique (EI) a mis en place une stratégie redoutable pour recruter des femmes en Occident, y compris au Québec. Ces combattantes servent principalement à faire des enfants, appelés à devenir à leur tour des soldats. Elles travaillent aussi au recrutement de nouvelles adeptes du djihad.

Les femmes représentent 18 % des djihadistes recrutés en Occident au cours des dernières années. Elles sont souvent décrites comme de pauvres victimes, mais en réalité, la plupart assument leurs gestes et s’engagent activement dans cette organisation qui commet des atrocités contre des civils, rappellent des chercheurs de l’Université Concordia.

« On paraît toujours surpris que des femmes se joignent à des groupes comme l’État islamique, mais ça ne devrait pas nous surprendre. Ça fait longtemps que des femmes commettent des actes pour des groupes extrémistes, au Pakistan, en Indonésie et dans le conflit israélo-palestinien notamment », dit Kyle Matthews, directeur adjoint de l’Institut montréalais d’études sur le génocide et les droits de la personne (MIGS).

La machine de propagande du groupe EI cible les femmes, qui jouent un rôle central dans la guerre visant à fonder un califat sur la frontière entre la Syrie et l’Irak, précise Marie Lamensch, chercheuse au MIGS. L’experte doit livrer ce jeudi une présentation sur la place des femmes dans le djihad, lors d’une conférence sur la radicalisation à l’Université Concordia.

Bien qu’elles soient à peu près absentes des combats — les extrémistes de l’EI préfèrent les femmes dans leur cuisine — les militantes qui joignent le djihad jouent un rôle actif dans la machine de guerre contre les « infidèles ». Elles acceptent volontiers leur première mission — celle de faire des enfants voués à devenir des soldats pour le califat, explique Marie Lamensch. Le rôle de mère est central dans l’organisation du califat.

Des femmes servent aussi dans la « police de la moralité » chargée de surveiller le code vestimentaire et le comportement des femmes, comme en Iran et en Arabie saoudite, souligne la chercheuse.

Ces jeunes femmes djihadistes venues d’Europe ou d’Amérique du Nord, qui sortent à peine de l’adolescence, cherchent à donner un sens à leur vie, explique Marie Lamensch. Comme les hommes, qui croient se lancer dans un combat de libération nationale à la manière de Che Guevara, les femmes sont sensibles aux arguments du groupe EI, qui propose l’appartenance à une communauté.

Piégées

De façon générale, les femmes du groupe EI se mettent au service des hommes, y compris sur le plan sexuel. Elles excellent aussi dans le recrutement de femmes : des vidéos de propagande montrent des femmes (portant le voile intégral) qui vantent la « qualité de vie » dans les régions contrôlées par le groupe EI.

De façon paradoxale, le groupe EI cherche à fonder une société pure, loin des excès de l’Occident, mais ses vidéos de propagande montrent des gens qui mangent des hamburgers, des frites et du chocolat, et se déplacent dans de grosses voitures hors de prix, souligne la chercheuse.

La propagande dépeint aussi les soldats du djihad comme des « princes charmants » qui se battent pour la patrie et protègent femmes et enfants. Curieusement, des vidéos montrent même des soldats qui caressent un chaton. L’image du lion et de ses lionceaux — les enfants soldats — revient aussi dans la propagande islamiste.

« Une fois en Syrie, les femmes réalisent que la réalité est tout autre : elles se retrouvent dans un pays en guerre, où des bombes explosent tous les jours et où il n’y a ni électricité ni eau courante. Mais il est encore plus difficile pour une femme que pour un homme de sortir du groupe EI », explique Marie Lamensch.

En Afrique, le groupe Boko Haram, qui se réclame désormais de la nébuleuse EI, embrigaderait dans le djihad les jeunes femmes kidnappées par centaines. Les analystes croient que des femmes prises en otage par Boko Haram, possiblement droguées, servent à commettre des attentats-suicides. Des pays comme le Niger, le Tchad et le Cameroun ont banni la burqa dans les lieux publics pour empêcher que ce vêtement ample serve à cacher des armes ou des explosifs, souligne Kyle Matthews.

Les gouvernements fédéral et provincial sont en lien avec les chercheurs du MIGS de l’Université Concordia, qui servent de conseillers dans la lutte contre la radicalisation. Le conseil des chercheurs : mettre en place rapidement une unité chargée de contrer la propagande des groupes extrémistes dans les réseaux sociaux. Parce qu’à ce jeu des perceptions, les terroristes sont plus habiles que les États démocratiques.