Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > fundamentalism / shrinking secular space > Philippines : Qui est Abu Sayyaf, le groupe terroriste philippin qui a (...)

Philippines : Qui est Abu Sayyaf, le groupe terroriste philippin qui a décapité un Canadien ?

mardi 26 avril 2016, par siawi3

Source : http://www.liberation.fr/planete/2016/04/26/qui-est-abu-sayyaf-le-groupe-terroriste-philippin-qui-a-decapite-un-canadien_1448671

Par Arnaud Vaulerin,
Correspondant au Japon

26 avril 2016 à 10:51

Le Canadien John Ridsdel, tué par l’organisation terroriste lundi, avait été kidnappé le 21 septembre sur l’île de Samal, dans les Philippines. Photo HO.AFP
Ces fondamentalistes, qui ont fait allégeance à l’Etat islamique en 2014, détiennent encore de nombreux otages et semblent retrouver des forces.

Qui est Abu Sayyaf, le groupe terroriste philippin qui a décapité un Canadien ?

Le Premier ministre canadien, Justin Trudeau, a annoncé lundi soir la mort de l’un de ses concitoyens, John Ridsdel, retenu en otage depuis le 21 septembre aux Philippines. Quelques heures plus tôt, la police philippine avait trouvé la tête d’un homme blanc près d’une mairie de Jolo, le bastion sinon le quartier général d’Abu Sayyaf, l’un des groupes islamistes les plus actifs et dangereux en Asie du Sud-Est qui a fait allégeance à l’Etat islamique (EI) en juillet 2014.

Ancien journaliste et consultant minier, John Ridsdel était âgé de 68 ans. En septembre, il avait été kidnappé dans un complexe touristique de l’île de Samal, dans la province méridionale du Davao du Nord, à plus de 1 000 kilomètres de Manille. Il était alors en compagnie de ses concitoyens canadiens : Robert Hall, son amie philippine Marites Flor. Le directeur de l’hôtel et de la marina Holiday Oceanview, le Norvégien Kjartan Sekkingstad avait également été embarqué.

Dans une vidéo mise en ligne le 15 avril, Robert Hall et John Ridsdel étaient apparus torse nu, barbus, émaciés et menacés par des couteaux. Les geôliers parlaient d’un « dernier avertissement » et annonçaient qu’ils allaient « décapiter l’un des quatre ». Et réclamaient le versement d’une rançon de 300 millions de pesos philippins (5,67 millions d’euros) par otage étranger, soit plus de trois fois moins que le milliard de pesos exigé par personne à l’automne dernier. L’ultimatum était fixé lundi à 15 heures, heure de Manille. Il semble que les terroristes n’aient même pas attendu l’heure dite pour procéder à l’exécution de John Ridsdel.

Philippins et chrétiens visés par les terroristes

Lors de sa très courte allocution, lundi soir, Justin Trudeau a indiqué qu’il « ne communiquerait aucune information pouvant compromettre les efforts en cours » pour libérer Robert Hall, l’autre Canadien toujours aux mains d’Abu Sayyaf. En 2014, Stefan Okonek et sa compagne Henrike Dielen, deux Allemands, avaient été menacés de mort, avant d’être libérés au terme de six mois de captivité et le paiement d’une rançon de 4,4 millions d’euros.

Abu Sayyaf s’est spécialisé dans les attentats, les décapitations et les prises d’otages depuis les années 90. Les Philippins, a fortiori les chrétiens, sont en grande majorité les premières victimes du groupe terroriste. Avant de procéder à l’exécution de Ridsdel, les jihadistes avaient décapité trois Philippins ces dix derniers jours, qu’ils avaient qualifiés d’« espions ». Depuis la fin mars, ils ont également enlevé 14 marins indonésiens et 4 Malaisiens. En 2000, le groupe s’était fait connaître avec le kidnapping d’une quarantaine de personnes à Jolo, dont des touristes occidentaux et des journalistes français et allemands. L’année suivante, ils avaient réitéré leurs exploits avec un groupe de 20 personnes, dont deux Américains qui avaient été tués.

Créé en 1991 à la suite d’une scission d’avec le Front Moro de libération nationale (MNLF), Abu Sayyaf a été fondé avec des soutiens financiers d’Al-Qaeda à laquelle les fondamentalistes ont prêté allégeance dans les années 90. Son fondateur, Abdurajak Abubakar Janjalani, était issu d’une famille chrétienne et musulmane du sud des Philippines. Tué en 1998, il s’était radicalisé au cours des années 80 dans les rangs de l’organisation fondamentaliste islamique Tabligh et aurait combattu aux côtés des islamistes afghans contre l’armée soviétique. Il voulait faire du sud des Philippines un état indépendant et islamique. Son frère Khadaffy a pris le relais avant d’être exécuté en 2006 et remplacé par Yasser Igasan.

150 000 morts depuis quarante ans

Depuis cette date, Abu Sayyaf était présenté comme un groupe terroriste radical et organisé mais à la direction divisée et fragmentée par les rivalités et les morts au combat de plusieurs de ses leaders. Il n’a jamais été considéré comme un grand groupe séparatiste. Le gouvernement, qui combat depuis quarante ans l’indépendantisme musulman dans le sud du pays ayant fait près de 150 000 morts, s’est employé à le marginaliser en entretenant un canal de négociation quasi-exclusif avec le Front Moro islamique de Libération pour parvenir à une très fragile paix. Ces pourparlers n’ont jamais empêché le MNLF, les combattants islamiques pour la liberté de Bangsamoro, et Abu Sayyaf de tenter de faire dérailler ce processus. En juillet 2014, Abu Sayyaf a exécuté 21 musulmans sur l’île de Jolo qui célébraient la fin du ramadan et auraient le tort de soutenir les discussions de paix.

Dans son effort tour à tour diplomatique et militaire, Manille a reçu le soutien des Etats-Unis qui de 2002 à 2014 ont dépêché des troupes et des conseillers pour tenter de venir à bout des fondamentalistes. Abu Sayyaf a essuyé des pertes. Mais depuis le départ des Américains et après avoir réussi à sécuriser des pistes de financements, l’organisation fondamentaliste pourrait avoir repris du poil de la bête, comme en témoignent les enlèvements à répétition. Le 9 avril, lors d’intenses combats sur l’île de Basilan, les terroristes ont tué 18 soldats (dont 4 ont été décapités) et blessés 52 autres dans ce qui ressemble à une journée noire pour l’armée philippine.

En juillet 2014, le numéro 2 du groupe, Isnilon Totoni Hapilon, 40 ans, avait prêté allégeance à l’Etat islamique dans une vidéo où il apparaissait entouré d’hommes armés. Dans une Asie du Sud-Est perméable au fondamentalisme jihadiste, l’islamiste philippin pourrait bien être devenu l’une des pièces maîtresses de l’Etat islamique.