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USA-Israel : Rien n’est perdu

mercredi 4 mai 2016, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : La Paix Maintenant, 20 avril 2016

par Gershon Baskin

Traduction et châpo, Tal Aronzon pour LPM

Lettre de diffusion de G. Baskin, mercredi 20 avril 2016 et The Jerusalem Post, même date
http://m.jpost.com/Opinion/ENCOUNTE...

Association La Paix Maintenant

A l’heure où l’on parle d’une tentative française, voire européenne, de redonner souffle et sens à l’édification d’un État palestinien à côté d’Israël, dans la paix et la sécurité réciproque, et où de nombreux commentateurs voient son succès suspendu à la position des États-Unis sur cette question, il est réconfortant de lire Gershon Baskin – selon qui le gouvernement et les citoyens américains, y compris juifs américains, évoluent à grands pas.

Nous le savions de longue date à La Paix Maintenant pour ce qui concerne J Street, dont la voix nous est familière et proche. Mais ce que nous dit ici Baskin, c’est l’amplitude que prend aux États-Unis – dont beaucoup, mais pas tout, dépend – ce mouvement de sympathie envers la ligne 2 Peuples / 2 États que nous défendons comme la seule capable d’assurer une vie digne et souveraine aux Palestiniens comme aux Israéliens.

L’article de Gershon Baskin

Ce sont des propos exceptionnellement rudes que le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a tenus à l’assemblée générale de J Street à Washington mardi [19 avril] : « Nous avons l’écrasante responsabilité – en dépit des déceptions accablantes que nous inflige parfois le gouvernement d’Israël – de pousser [les Israéliens] aussi fermement que possible vers ce qu’ils savent au fond de leurs tripes être la seule solution définitive, une solution à deux États assortie d’absolues garanties de sécurité [à leur égard]... L’expansion constante, systématique, des colonies juives dans des territoires occupés réclamés par les Palestiniens a fait bouger Israël dans la mauvaise direction... Ils vont, vers une situation à un État [binational], et celle-ci est dangereuse. »

Nul doute que Biden exprimait l’opinion du président américain Barack Obama. Pour ceux qui prennent Obama pour un canard boiteux, ne vous y trompez pas : il reste 274 jours encore en fonction, et il n’a pas l’intention d’en gâcher un seul.

Sur le plan intérieur, aucun doute qu’Obama a eu un impact étonnamment positif – posez simplement la question à tous ces millions d’Américains qui disposent maintenant d’une couverture maladie ; un regard sur l’ensemble des données économiques montre à quel point il a sauvé les finances de l’Amérique et des Américains des désastres liés à George W. Bush ; Il a promis au peuple américain de retirer les troupes U.S. d’Irak et d’Afghanistan, et a tenu cette promesse ; il est maintenant en passe d’accomplir celle de fermer la prison de Guantanamo ; il a tourné la page du fiasco politique des États-Unis à Cuba et ramené le prisonnier juif américain Alan Gross de La Havane ; il est parvenu à un accord avec l’Iran en revoyant sa politique nucléaire avec le soutien de la majeure partie du monde.

À l’international, c’est bien entendu l’échec des avancées vers une paix israélo-palestinienne qui est le plus criant pour le gouvernement Obama, et ce n’est pas faute d’avoir essayé.

Obama est une quête d’une audacieuse dernière étape dans le conflit israélo-palestinien, sachant que la volonté politique d’aboutir à un véritable accord négocié n’existe à l’heure actuelle ni en Israël, ni en Palestine. Biden a également fait ce constat lors de son allocution à l’assemblée générale de J Street. Il n’y aura donc pas d’autre tentative américaine de tisser des négociations entre le président de l’Autorité palestinienne Ma’hmoud Abbas et le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou. De concert avec d’autres pays soutenant une paix israélo-palestinienne, les États-Unis travaillent à renforcer l’économie palestinienne. Le comité spécial de liaison des pays donateurs à l’Autorité palestinienne tient en ce moment même sa réunion annuelle [de contrôle et coordination] à Bruxelles.

Mais les Américains savent parfaitement que sans coopération des Israéliens pas grand-chose n’est possible en termes de croissance économique palestinienne ; Israël peut faire beaucoup – et a réalisé quelques éléments indispensables – pour permettre à l’économie palestinienne de se développer, mais les obstacles mis par les Israéliens à la croissance de cette économie sont énormes et la bonne volonté manque pour s’en préoccuper de manière significative. Le désappointement des Américains et des Européens face à la politique d’expansion des colonies répond également aux difficultés économiques imposées par la domination israélienne absolue sur 62% de la Cisjordanie.

La zone C de la Cisjordanie, telle que définie par les accords d’Oslo, est celle où se trouvent l’ensemble des implantations israéliennes et la totalité des terres palestiniennes disponibles à l’investissement et la croissance. Israël refuse d’autoriser les Palestiniens à y développer des projets majeurs. Le Protocole de Paris régissant les relations économiques entre Israël et les Palestiniens fut signé en 1994, en théorie pour les cinq années suivantes. Il est maintenant caduc et cause de réels dommages à l’économie palestinienne, tout comme les accords sur l’eau, le tourisme, l’électricité, etc.

L’éventualité est forte que les États-Unis soutiennent une nouvelle résolution du Conseil de sécurité des Nations-Unies définissant les paramètres des négociations israélo-palestiniennes à venir. Tel pourrait être le leg d’Obama à la paix entre Israéliens et Palestiniens. Au sein du cabinet israélien, une forte colère point contre les États-Unis à la seule évocation de pareille démarche et, à Washington, les lobbyistes pro-Israël sont déjà passés à l’attaque. Le fait que les nouveaux accords de sécurité entre les États-Unis et Israël n’ont pas encore été conclus malgré la dernière visite du vice-président Biden, laquelle visait justement à un accord entre les parties, est aussi un lourd sujet de préoccupation à Jérusalem. On débat au sein du cabinet israélien sur le point de savoir s’il vaut mieux signer cet accord maintenant ou attendre jusqu’à l’entrée en fonctions du prochain président. Mais il n’y a aucun moyen de prédire qui ce sera, ni quelle sera sa ligne à l’égard d’Israël.
L’opinion publique américaine est en train de changer quant à Israël. Les commentaires explicites du sénateur Bernie Sanders émis à New York, État juif par excellence, selon lesquels les États-Unis devraient montrer plus d’impartialité dans leur approche du conflit entre Israéliens et Palestiniens et plus de considération envers ces derniers, défient ouvertement le gouvernement israélien.

Plus significatif encore que les assertions de Sanders est l’adhésion croissante, parmi les jeunes Juifs Américains, à ce sentiment nouveau en Amérique. Sanders ne remportera peut-être pas la nomination à l’issue des primaires du parti démocrate, mais sa campagne est le signe d’une mutation générationnelle et démographique dans la politique américaine. Et quant à ceux qui appellent de leurs vœux une présidence Trump – pensez-y à deux fois. Trump a fait tant de déclarations contradictoires sur Israël qu’il est impossible de prédire ce qu’il fera.

J’ai déjà écrit que les jeunes Juifs américains se désengagent vis-à-vis d’Israël. C’est ce dont j’ai été le témoin lors de mes conférences dans les universités des États-Unis ces dernières années. Sur les campus où existent des groupes juifs organisés de soutien à Israël, des mouvements comme J Street – qui soutiennent Israël mais sont opposés à sa politique à l’égard des Palestiniens ; ou des groupes plus à gauche, tel Jewish Voices for Peace [Des voix juives pour la paix] – qui prônent le boycott ; ainsi que le nombre de militants juifs au sein des Étudiants juifs pour la justice en Palestine, grossissent tous plus vite que les groupes qui appuient le gouvernement israélien.

Même lorsque les conditions de sécurité sont meilleures qu’aujourd’hui, on ne peut ignorer le conflit israélo-palestinien ou enterrer le dossier en-dessous de la pile sur le bureau du Premier ministre. Pour Israël, la question est d’ordre existentiel : C’est celle qui fera ou défera les relations actuelles et à venir entre Israël et les États-Unis ; c’est le feu rouge clignotant que la majeure partie des Israéliens refuse de voir. Cela ne peut être résolu par des puissances étrangères. Cette question va déterminer la qualité de vie des Israéliens. Elle va déterminer les relations d’Israël avec ses propres citoyens arabes. Elle va déterminer la perception d’Israël sur la scène internationale. Rien n’est pas perdu.

Gershon Baskin
Co-fondateur en 1988 et co-président, avec le Palestinien Hanna Siniora, du seul laboratoire d’idées israélo-palestinien, l’IPCRI (Israel/Palestine Center for Research & Information http://www.ipcri.org), Gershon Baskin est éditorialiste au Jerusalem Post et anime des émissions sur les ondes de All for Peace / Kol ha-Shalom / South el-Salam : http://allforpeace.org/eng/.
Conseiller d’Ytzh’ak Rabin sur le processus de paix, puis du comité d’experts sur Jérusalem mis en place par Ehud Barak alors Premier ministre, Baskin fut, sous les gouvernements de droite ultérieurs, à l’initiative et en charge des longues négociations secrètes qui aboutirent à la libération de Guilad Shalit... entre autres activités politiques dans les domaines des relations judéo-arabes en Israël (au sein du ministère de l’Éducation – une première – et de l’Institute for Education for Jewish-Arab Coexistence fondé par lui), ou de l’écologie, etc.
La traduction française de son essai, La Libération de Guilad : les canaux secrets, est parue en 2013 aux éd. Kinneret Zmora Bitan.