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"Rue Jean-Pierre Timbaud : une vie de famille entre barbus et bobos"

Book Review

vendredi 29 avril 2016, par siawi3

Source : http://www.e-leclerc.com/espace+culturel/produit/rue-jean-pierre-timbaud-une-vie-de-famille-entre-barbus-et-bobos,28745749/#onglet_fiche_detaille

Rue Jean-Pierre Timbaud : une vie de famille entre barbus et bobos
par Géraldine Smith

sortie le 27.04.2016

Résumé
Géraldine Smith et sa famille s’installent en 1995 dans un coin populaire de Paris dont la diversité sociale, ethnique et religieuse leur plaît. Les enfants fréquentent une école catholique, mitoyenne de la mosquée Omar, haut lieu de l’islam radical. Elle sympathise avec les parents de leurs copains, dont un compositeur de variétés, une agente réunionnaise des douanes, un chauffeur de taxi camerounais... On se croise, on se parle. On croit vivre ensemble. Pourtant, la France « plurielle » manque chacun de ses rendez-vous. En haut de la rue, les barbus se taillent une enclave : des librairies intégristes évincent le petit commerce ; une organisation prosélyte recrute chez les jeunes ; les femmes n’osent plus sortir bras nus. Plus bas, la mixité n’est que de façade. Les bobos ont leurs bars, leurs boutiques, leurs dérogations à la carte scolaire. En 2016, rue Jean-Pierre Timbaud, la convivialité a cédé la place à une cohabitation faite d’indifférence, de rancoeur et d’hostilité. Que s’est-il passé ? Ce récit à la première personne donne à « l’échec du modèle français d’intégration » des noms et des visages, une adresse à Paris.

Source : http://www.laicite-republique.org/les-rates-de-la-mixite-sociale-dans-l-est-parisien-le-monde-27-av-16.html

"Les ratés de la mixité sociale dans l’Est parisien"

(Source : Le Monde, 27 av. 16 : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/04/26/les-rates-de-la-mixite-sociale-dans-l-est-parisien_4908854_3232.html)

"[...] Au fil du temps, la bonne conscience bobo ne tient toutefois pas le choc de la réalité. Dans son ouvrage sur la difficile cœxistence communautaire rue Jean-Pierre-Timbaud, la journaliste Géraldine Smith ne se décrit pas elle-même comme bobo, même si elle reconnaît qu’elle trouvait " très cool "d’habiter un quartier aussi bigarré. Mais, après avoir élevé ses deux enfants à proximité, elle revient, plus de dix ans après, dans un quartier où l’islam intégriste et les petits vendeurs de drogue prospèrent, où la République n’arrive plus à intégrer ses enfants, et où les incivilités seraient devenues insupportables. Ces retrouvailles se font alors que c’est précisément ce Paris-là qui est devenu une scène d’attentats, en 2015.

Avec son époux, Stephen Smith, ancien journaliste au Monde, Géraldine Smith a déjà fait paraître un ouvrage, Noir et français ! (Ed. du Panama, 2006), sur la tentation identitaire qui traverse la communauté noire de France. Elle propose maintenant une enquête intime pour mieux comprendre comment elle s’est autopersuadée qu’" une tolérance sans borne était la meilleure manière d’aider les étrangers et leurs enfants français à s’intégrer ". Ce n’est donc pas tant la transformation de ce quartier qui l’intéresse que sa propre réaction, ou son absence de réaction, aux changements qui se sont opérés quotidiennement autour d’elle. Car il y avait un pas à ne pas franchir : " Pour nous, admettre qu’il y a un problème, c’est déjà faire un pas en direction du camp des “conservateurs”. "

Elle fait donc le récit de sa vie dans ces rues. On croise amis et connaissances, parents d’élèves, directeurs d’école publique ou privée, cafetiers, mais aussi les enfants laissés à eux- -mêmes, les dealers, les mamans (sic) [1] voilées, les boulangers musulmans qui servent les femmes en dernier, le tout dans une ambiance qui s’alourdit sous le poids d’un islam de plus en plus intolérant, qui flique et quadrille le quartier grâce à la tristement célèbre mosquée Omar, au coin des rues Jean-Pierre-Timbaud et Morand, et aux librairies des alentours.

Dans son roman La Vie devant soi, paru en 1975, Romain Gary inventait un Belleville, une France, régis par un ordre postcolonial où l’on sait se jouer des identités, où l’on peut tricher avec le regard des autres, se dire juif, puis musulman, ou bien français, puis africain, sans que cela porte à conséquence, parce que chacun veille à entretenir les réseaux de solidarité.

Le livre de Géraldine Smith fait penser à ce roman, mais dans une version cauchemardesque. Son fils Max énonce avec ses mots d’enfant, sur un ton proche de celui du petit Momo imaginé par Romain Gary, des vérités que les adultes peinent à voir. " Je ne sais pas ce qui leur prend tout d’un coup ; ils se prennent tous pour leur origine ", dit-il un jour en rentrant d’une partie de foot qui a opposé la " France " au " reste du monde ", entre ceux qui se sont trouvés assimilés ce jour-là à l’ancien colonisateur et ceux qui revendiquent désormais leurs racines africaines et arabes. Le quartier aurait basculé au tournant des années 2000, dans cette nouvelle époque qui s’amorce avec les attaques contre le World Trade Center. [...]

Il est vrai qu’elle a parfois des remarques -contestables sur l’islam, comme lorsqu’elle le compare à un " anticorps " produit par les immigrés " dans un milieu français à haut risque de contagion ". Mais Géraldine Smith porte un regard aussi sévère sur l’école. La mise en cause est générale, et surtout personnelle. Elle se réserve les plus durs reproches et, à travers elle, c’est bien la " classe créative " qui est visée. [...]

Il y a encore autre chose qui définit " hipster " et " bobo ". C’est leur rôle dans les industries créatives, publicité, édition, télévision, etc. Parce qu’ils détiennent le capital intellectuel, si ce n’est le capital tout court, ils participent activement à définir le monde, à forger le discours dominant. Le temps du constat passé, on peut espérer qu’ils trouvent l’humour et la dérision nécessaires pour imaginer un quartier digne du Belleville de Romain Gary."

Lire "Les ratés de la mixité sociale dans l’Est parisien".

[1] Note du CLR.