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France : " Vous n’aurez pas ma haine"

dimanche 8 mai 2016, par siawi3

Trois jours après l’assassinat de sa femme au Bataclan, Antoine Leiris écrit ce texte et le poste sur Facebook. Le nombre des réactions l’amène à en faire un livre qui sort en librairie cinq mois après l’attentat.

Source : https://fr-fr.facebook.com/antoine.leiris/posts/10154457849999947

Antoine Leiris
16 novembre 2015 ·

“Vous n’aurez pas ma haine”

Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son coeur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’ai peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus fort que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus.


Source : http://www.20minutes.fr/societe/1819967-20160405-attentats-novembre-antoine-leiris-perdu-femme-bataclan-raconte-vie-apres

Attentats de novembre : Antoine Leiris a perdu sa femme au Bataclan... Il raconte la vie d’après

TEMOIGNAGE Dans « Vous n’aurez pas ma haine », il raconte les douze jours qui ont suivi la mort de sa femme Hélène…

Delphine Bancaud

Publié le 05.04.2016 à 15:04
Mis à jour le 05.04.2016 à 17:03

Comment peut-on arriver à se lever le matin et à continuer à être un père après avoir perdu sa femme lors d’un attentat ? Dans Vous n’aurez pas ma haine, qui vient de paraître, Antoine Leiris, répond à cette question en racontant, sans les édulcorer, les douze jours qui ont suivi la mort de sa femme Hélène, tuée au Bataclan le 13 novembre.

Antoine Leiris, Vous n’aurez pas ma haine

Il décrit d’abord, le séisme provoqué par l’annonce par les médias d’une tuerie en cours dans la salle de concert, ce vendredi noir. « La fin de l’innocence » pour lui et l’impression que « le monde autour s’efface ». Puis son tour des hôpitaux en quête d’une preuve de vie d’Hélène, l’espoir qui s’amenuise, jusqu’à l’annonce de la sentence terrible. « D’une rafale de mitraillette, ils ont dispersé notre puzzle », écrit-il pour dépeindre l’explosion de sa famille. Amputé d’une partie de lui-même, Antoine Leiris décrit l’amour fou qu’il avait pour sa femme : « Nous étions comme deux petites briques de plastique que les enfants s’amusent à emboîter, faits l’un pour l’autre ».

Le refus de céder à la colère

Il relate aussi le moment d’une douleur infinie où il a dû apprendre à son fils de 17 mois que sa mère ne reviendrait plus. « Il pleure comme je ne l’ai jamais vu pleurer », raconte-t-il « c’est son premier chagrin, la première fois qu’il est triste pour de vrai », poursuit-il, persuadé que son fils, malgré son jeune âge, a compris le drame qui se jouait. Vient ensuite le moment où il doit dire adieu au corps d’Hélène, derrière une vitre del’Institut médico-légal de Paris. « Elle est aussi belle qu’elle l’a toujours été », déclare-t-il. Et étrangement, c’est de cette dernière rencontre que l’homme tire sa force : « depuis que je l’ai retrouvée, le bourdonnement commence à s’atténuer et ma langue à se délier », écrit-il.

Après la prostration, Antoine Leiris raconte comme il a repris peu à peu le cours de sa vie, en retrouvant d’abord le besoin de s’exprimer, via un texte posté sur Facebook, seulement trois jours après le drame. « Vous n’aurez pas ma haine », déclare-t-il aux terroristes. « Répondre à la haine par la colère serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes », poursuit-il. « Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un œil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu », affirme-t-il. Un cri du cœur qui est partagé par plus de 200.000 personnes et qui engendre des milliers de réponses venues du monde entier.
« On ne se soigne pas de la mort. On se contente de l’apprivoiser »

Une solidarité salvatrice pour Antoine, qui reçoit aussi des tonnes de propositions de baby-sitting, des cadeaux d’inconnus et des flopées de lettres. Les mères de la crèche de son fils s’organisent même pour préparer des purées maison. Mais il refuse de déléguer sa paternité, quitte à jeter les mets concoctés pour son fils à la poubelle, afin de se prouver qu’il peut tout faire tout seul. Il se rattache aussi aux habitudes du quotidien, pour essayer de reprendre le cours de sa vie, avec son fils « en chef d’orchestre qui rythme » sa vie à la baguette avec ses sommeils, ses repas, ses promenades et ses rituels. Il souhaite aussi transmettre à son fils son absence de haine vis-à-vis des bourreaux de sa mère : « Nous ne reviendrons jamais à notre vie d’avant. Mais nous ne construirons pas notre vie contre eux. Nous avancerons dans notre vie à nous ».

>> A lire aussi : Attentats de Paris : Le message poignant du mari d’une des victimes du Bataclan

Malgré son courage, l’homme refuse cependant d’être considéré avec admiration : « On a toujours l’impression lorsqu’on regarde quelque chose de loin que celui qui survit au pire est un héros. Je sais que je n’en suis pas un », affirme-t-il, avouant sa peur de « ne pas être à la hauteur ». « On ne se soigne pas de la mort. On se contente de l’apprivoiser », reconnaît-il modestement.

Vous n’aurez pas ma haine, par Antoine Leiris, éditions Fayard, parution le 4 avril.