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Bonne Journée du Blasphème, Bon anniversaire ’Mukto Mona’ !

dimanche 8 mai 2016, par siawi3

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Traduction du texte de notre camarade Avijit Roy,
Lâchement assassiné le 26 février 2015...

Source : http://enblog.mukto­mona.com/2013/10/06/happy­blasphemy­day­happy-
birthday­mukto­mona/

Par Avijit Roy

6 octobre 2013
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Aujourd’hui, 30 Septembre, est connue comme la Journée du Droit au Blasphème. Cette journée est dédiée à ceux qui sont systématiquement persécutés, harcelés ou tués pour avoir simplement exprimé leur libre pensée (plus précisément, pour leurs points de vue "blasphématoires" envers la religion).
Au Moyen Age, le « blasphème » était assimilé au péché, considéré comme une insulte à une divinité ou à l’Écriture sainte. Mais avec le temps, nous sommes apparemment devenus plus civilisés, notamment par la promotion de l’idée que toute croyance est susceptible d’être mise en question, et ceci sans tabous.
Dans la plupart des régions progressistes du monde aujourd’hui, en particulier en Europe et en Amérique du Nord, les anciennes lois sur le blasphème ont été abolies. Cependant, dans quelques autres parties du monde, ont été conservées des idées sociales qui rappellent l’âge médiéval.
Le Pakistan, l’Arabie Saoudite, l’Iran et le Bangladesh en sont de bons exemples. Au Bangladesh, comme nous le savons déjà, plusieurs blogueurs ont été récemment mis derrière les barreaux au seul motif qu’ils étaient ouvertement athées. Au Pakistan (selon le rapport international de la Commission américaine sur la liberté religieuse), au moins 203 actes de violence commis au nom de la religion ont fait quelque 1.800 victimes et plus de 700 morts en seulement 18 mois.
Ces pays islamiques, appliquant leur code juridique religieux connu sous le nom Charia, sont aussi profondément contre les droits des femmes. Récemment, une victime d’un viol collectif, âgée de 19 ans a été condamnée en Arabie Saoudite à 200 coups de fouet et six mois de prison pour crime d’indécence et pour en avoir parlé à la presse (oui, vous avez bien lu ­la victime du viol, et non pas le violeur). Dans un autre cas, Raif Badawi, blogueur en Arabie Saoudite, a été condamné à sept ans de prison et à 600 coups de fouet pour des accusations de blasphème. Les incroyants dans ces pays islamiques sont confrontés à un traitement des plus sévères, tant aux mains des mollahs que des États.
Aujourd’hui, nous affirmons clairement que considérer l’apostasie comme une infraction pénale au niveau de l’ État, constitue pour nous tous une offense et une contrainte inexcusables. Si pouvoir être religieux est reconnu comme droit à toute personne, être critique de la religion est aussi un droit inaliénable. Il n’y a rien de mal à être critique d’une idée ou d’ une idéologie, et comme la Campagne pour la Liberté d’Expression au Bangladesh l’a bien exprimée lors de la manifestation pour la journée du Blasphème par sa bannière de tête de cortège :­ « Les idées n’ont pas besoin de droits, les peuples oui ! »
J’aurais voulu en écrire d’avantage sur la célébration de cette Journée du Blasphème au Bangladesh cette année, mais un e­mail inattendu a changé la tonalité de mon article. Un courier électronique est arrivé de Patuakhali, l’un des districts les plus éloignés de la capitale Dacca, dans le sud­ouest du Bangladesh :
« Tout être humain veut être heureux ; mais si nous ne savons pas comment trouver le moyen de marcher sur la route du Bonheur, alors nous allons simplement grandir naturellement et mourir un jour sans avoir le goût du vrai bonheur. Il y a quelques années, je cherchais désespérément un moyen de trouver le chemin du bonheur. Je suppose que je l’ai enfin trouvé. Car maintenant, je sais que le vrai bonheur est de pouvoir lire le blog Mukto­Mona (La Libre Pensée) tous les jours. La véritable émancipation est de connaître la vérité, de percevoir la réalité, et c ’est ce que j’ai concrètement obtenu en vous lisant. Je vous suis vraiment reconnaissant de montrer le chemin, d’ouvrir la voie. Je souhaite votre bonheur et un brillant avenir à votre blog. »
Cependant, le dernier paragraphe de l’e­mail m’ a touché profondément. Il y était écrit :« J’ai une fille. Comme une marque de respect pour vous et votre création – le blog Mukto­Mona , je l’ ai appellé Muktomona [libre penseuse en bengali]. Elle est âgée de deux ans maintenant. Je vais faire de mon mieux pour l’aider à devenir une libre penseuse. Je me réjouis de voir ma fille grandir et si un jour elle me demande pourquoi j’ai choisi Muktomona parmi les millions de prénoms qui existent, ce jour­là, je lui parlerais de vous, lui montrerais votre site et lui expliquerais : Voilà la raison ! »
Ce fut un merveilleux cadeau pour moi en ce « Jour de Blasphème ». J’ai fondé ce « site blasphématoire » Mukto­Mona (www.mukto­mona.com) durant l’année 2001, avec une intention singulière : débattre et (faire) discuter de questions controversées, mais tout à fait fondamentales.
Ce n’est que sur ce principe, je pense, que pourrait se construire une société progressiste, rationnelle et laïque au Bangladesh et en Asie du Sud. Je suis fier de la popularité croissante et continue de Mukto­Mona au sein de la communauté qui m’entoure, mais je ne pensais pas qu’une personne vivant aussi éloignée, en l’occurrence à Patuakhali, serait un jour si convaincue qu’ elle nommerait sa petite fille Muktomona.
Quelle agréable surprise ! J’espère juste que comme son nom l’indique, la petite fille puisse un jour grandir pour être une penseuse « blasphématoire ». J’espère qu’elle cultivera un esprit curieux tout au long de sa vie, et sera une personne merveilleuse, qu’elle pourra améliorer sa vie et celle de son entourage grâce à une perspective à la fois éthique, scientifique et philosophique. Je lui souhaite réellement le meilleur.
Bonne Journée du Blasphème 2013 ! Nous célébrerons désormais cette journée comme Jour de « Mukto­Mona », Jour de la Libre Pensée.

Avijit Roy
Modérateur et fondateur, Mukto­Mona
Jour du Blasphème 2013
(30 Septembre, 2013)