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France : Gérard Filoche rend hommage à Siné

dimanche 15 mai 2016, par siawi3

Source : http://boris-victor.blogspot.fr/2016/05/gerard-filoche-rend-hommage-sine.html

jeudi 5 mai 2016

Le Huffington Post

Gérard Filoche
Membre du bureau national du Parti socialiste

Salut Bob !
Publication : 05/05/2016 17h18 CEST Mis à jour : 05/05/2016 17h26 CEST

Siné,
Partir un si beau jour de printemps, et qui plus est, un jour de mai, et en plus le jour de l’Ascension... C’est enrageant.
Le soleil est si bon aujourd’hui, et la lumière si belle depuis 8 heures du matin où tu nous a quittés, nous et la vie comme on en rêvait avec toi, la vie des femmes et des hommes, douce et lumineuse, celle qu’on regarde, emplie d’arbres et de fleurs, sur une terrasse de jardin à Romainville, ou face à la montagne Corse, un verre de rouge à la main.
Je me rappelle Bob, ils t’avaient opéré de la hanche, tu m’avais dit quelque chose comme : "J’étais dans un escalier, une bouteille à la main, c’était la bouteille ou ma hanche, j’ai sauvé la bouteille !".
Les années récentes, nous en avons passé des soirées et des nuits de fête et de disputes politiques interminables, à n’en plus pouvoir tenir. A Sainte Marie la Mer, Mirabel, Séguret, ou en Normandie...
Il en fut toujours ainsi depuis notre rencontre en 1988 à un repas des parrains de SOS Racisme, quai de l’Oise, à la table de tant de célèbres dessinateurs aujourd’hui disparus, où François Mitterrand vint tous nous serrer la main, un par un, et où vous l’aviez reçu courtoisement, ce qui m’avait permis si souvent, après, de te railler, à chaque fois que tu me traitais de "socialo".
J’étais indigné du mauvais et ridicule procès pour "antisémitisme" qu’ils ont osé te faire en 2008, j’avais hurlé contre les "vains" signataires qui t’accusaient, et qui ont tous honteusement perdu en justice avec leur Trissotin, le triste philosophe nommé "BHL". Je me rappelle, lorsque j’avais témoigné pour toi, devant le juge, à Lyon, tout ce que j’avais trouvé à dire : "Comment voulez-vous qu’un homme aussi humain soit raciste, c’est la crème des hommes".
Ensuite, je n’ai plus jamais acheté Charlie, et nous avions fait avec toi et ta grande Catherine, et tous les copains, Siné Hebdo, puis Siné Mensuel, et c’était un plaisir immense. Toutes ces dernières années, j’avais peur pour toi à chaque opération, j’avais peur d’apprendre ce que j’ai appris ce matin, mais chaque fois tu gagnais le combat pour la belle vie et ça nous rassurait tous, ça prolongeait aussi nos vies à nous en même temps que la tienne, cette vie où les humains sont capables de se respecter, contre toutes les guerres, les tyrans et les bondieuseries.
Bob, ils vont probablement, maintenant, tous te présenter comme un imprécateur, un insolent anarchiste anti-flics, anti-curés et anti-patrons : tu n’en aurais pas été surpris, et même très content, tu étais tout cela et mieux encore.
Tu étais le plus révolutionnaire.
Ils vont te railler ? Tu étais le plus anticolonialiste. Tu étais le plus antiraciste. Tu étais le plus antifasciste.
Un dernier Mohican ? Oui ? Mais des mômes de 18 ou 20 ans, la jeunesse t’admirait et se pressait en masse, dès que c’était possible, sur les cortèges des manifestations ou à la fête de l’Huma, pour obtenir tes dédicaces sur tes dessins. Tu l’emporteras chez les jeunes. Grève générale, tous "debout la nuit" et le jour, plus jamais couchés !

L’homme des chats ? Ils avaient, bien avant Geluck, avec tes dessins antimilitaristes, bercé mon adolescence. Avec ce célèbre dessin géant où des curés agenouillés se moquaient de prétendus "sauvages" et de leur totem.
Dernier des grands dessinateurs des années enragées de mai 68 ? Oui, mais tu avais su en faire une histoire sans fin, et toujours suivre le bon camp, contre la guerre d’Algérie, du Vietnam, contre les dictatures en Espagne, au Portugal, en Grèce, en défense des Palestiniens et de la Palestine assassinée depuis tant de décennies, contre les sales guerres du Golfe... Mais aussi contre les "couilles en or", les oligarques à la "Carlos", Carlos Tavarés ou Carlos Ghosn qui se goinfrent de millions d’euros, arrachés à la sueur et au sang de leurs salariés.
Tu étais le plus anticapitaliste. La connerie, celle qui pontifie, qui humilie les humains, qui les exploite au travail, qui les dresse les uns contre les autres, toutes ces conneries t’exaspéraient, te mettaient en rage. Et il y a de quoi ! Ne serait-ce qu’en ce moment cruel ou c’est un pouvoir issu de la gauche, qui brise 100 ans de Code du travail.
Tu ne cédais jamais. Il ne faut jamais céder. Tu en rajoutais toujours, à juste raison, dans l’insolence. Y compris contre la camarde que tu as défiée jusqu’au bout, elle vient de te vaincre, mais tu l’avais senti roder avant-hier, et tu l’as encore insultée à temps comme un cochon truffier, comme il fallait.
Qu’ils te perçoivent tous à partir de là, comme un dessinateur au vitriol, génial mais iconoclaste, provocateur, tant mieux donc, même si, au fond, tu incarnais plutôt une quête permanente et désespérée, d’une intelligence humaine lucide et éveillée, amoureux d’une vie belle, calme et voluptueuse.
Qu’ils parlent de toi comme ils veulent, mais moi, il me semble bien que t’étais "la crème des hommes", que ce que tu aimais le plus, c’était l’humanité.

°°°
Défense de Siné quand il fut viré de Charlie Hebdo
Source : http://www.democratie-socialisme.org/spip.php?article1596

O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes !
jeudi 31 juillet 2008
par Gérard Filoche

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O combien je soutiens mon pote Siné contre les 20 que vous êtes ! Et combien je suis offusqué que certains signataires ci-dessus se joignent aux biens-pensants ampoulés et ridicules, à l’ordre officiel de Madame Albanel pour soutenir celui qui n’a commis d’autre "crime" récent que de s’en prendre au fils Sarkozy…

Car qu’est qui décide ces 20 signataires à faire le procès de la carrière entière d’un dessinateur aujourd’hui âgé de 80 ans célèbre depuis ses dessins et prises de position lors de la guerre d’Algérie, le manifeste des 121, et son immortel dessin ou il montre des soutanes devant un crucifié se moquant d’un pauvre hère devant son totem ? Ce n’était pas seulement des fulgurances, il en fallait du courage !… Siné est un combattant depuis les années 60 de toutes les causes démocratiques, antiracistes, et d’ailleurs ne l’avez-vous pas rencontré aux nombreux dîners des parrains de SOS-racisme auxquels il participait, c’est là que je l’ai rencontré avec vous tous, en 1988, lorsqu’il y serrait la main de François Mitterrand, et les vôtres ? Qu’est ce qui vous prend de faire un autodafé à partir de citations tronquées, tirées de leur contexte, de sa vie, de son œuvre entière ? Vous l’excommuniez ? C’est un grand honneur que vous lui faites ! Où a t on vu cela, vous vous prenez pour Djanov ? Comme l’a fait la ministre de la culture du père de Jean Sarkozy qui veut voir « disparaître à jamais » (un autodafé, vous amenez le briquet ? ) Siné, sa vie, son œuvre ?

Tous, absolument tous les juristes répètent qu’il n’y a pas d’antisémitisme dans le texte incriminé de Siné, juridiquement c’est implaidable, et que ce n’est qu’une reprise d’une info exprimée déjà dans Libération le 23 juin par un ami de Jean Sarkozy, membre de la Licra, en termes similaires...

Vous parlez peu de l’objet récent de l’affaire, ce que vous en citez est tronqué malhonnêtement, et vous étendez la question « aux dérapages » de toute la vie d’un homme, en l’occurrence d’un artiste, en extrayant des excès qui vous ont semblé contestable en lui - d’un point de vue universel suprême, celui de votre absolue autorité. Personne ne vous donne ce droit d’exécuter ainsi quelqu’un. Personne ne vous a demandé de vous mettre à 20 pour apprécier le bon ou le mauvais goût des caricatures de Siné, c’est son droit, sa liberté, son oeuvre, et s’il est apprécié depuis plus de 50 ans, lui, ami de Prévert, de Léonor Fini ou de Malcolm X, il y a sûrement une raison à ses centaines de milliers d’admirateurs... Toute licence en art ! Même pour les dessinateurs de chat bouffeurs de curés et provocateurs ! Même pour Plantu que vous exécutez au passage en donneur de leçons suprêmes que vous êtes… Vous vous mettez en 20 pour faire la police de la pensée officielle, et estimez que cela fait des décennies que Siné aurait dû être réduit au silence ? Bouh, ca fait froid dans le dos ! Toute l’équipe de Hara Kiri, Charlie hebdo première mouture, (avant que Val ne s’en empare), est censurée du même coup, épurée, réduite au silence, par vos propos : soit 80 % des caricaturistes célèbres dans ce pays depuis 40 ans. Votre logique, c’est d’interdire une seconde fois "Bal tragique à Colombey", ça se faisait à l’époque, après que les Yvon Bourges aient interdit "La Religieuse" de Jacques Rivette. Vous voulez, vous aussi, liquider quelque chose de mai 68 à travers vos propos en vous en prenant à Siné et en donnant raison à Val ?

Parce que vous croyez que Val a une constance dans son engagement ? Qu’il est « démocrate, défenseur et garant des principes » de Charlie Hebdo et de sa rédaction ? Voulez-vous qu’on joue au même jeu des citations le concernant ? Ce serait aussi facile mais dégradant. Ou comment Val a tiré profit de Charlie, et comment il respecte le droit de ses salariés dans le journal sur lequel il a mis la main, comment il vient de licencier un prétendu « droit d’auteur » qui était plus ancien que lui à la fondation ? La rédaction de Charlie que vous « soutenez entièrement » ce sont Charb et Cavanna défendant Siné contre toute votre accusation : « Je n’aurais pas travaillé 16 ans aux côtés d’un antisémite », « Siné n’est pas antisémite » écrivent-ils !

Comme Willem, Delfeil de Ton, Plantu, Barbe, Pétillon, Got, Faujour, Picha, Tardi, Wiaz... qui le soutiennent. Alors pourquoi est-ce Siné qui est viré, vilipendé, lynché et comment pouvez soutenir “entièrement” ce Val-là ?

Gérard Filoche, 31 juillet 2008