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Du Bardo à Ben Guerdane, la Tunisie toujours en quête d’une stratégie antiterroriste

vendredi 27 mai 2016, par siawi3

Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2016/03/16/tunisie-antiterrorisme_n_9477368.html

AFP

Par Inès Bel Aiba et Guillaume Klein

Publication : 16/03/2016 15h06 CET Mis à jour : 16/03/2016 15h13 CET
BEN GUERDANE

ANTITERRORISME - En dépit de mesures prises après l’attentat contre le musée du Bardo il y a un an, la Tunisie reste en quête d’une stratégie antiterroriste susceptible d’endiguer la menace jihadiste, dont l’ampleur a franchi un nouveau palier avec les attaques inédites de Ben Guerdane.

Si les forces de sécurité "ont commencé à tirer des leçons des défaillances passées et (...) gagné en efficacité", il manque toujours "une stratégie sous-tendue par une vision, des objectifs clairs et pertinents résultant d’une analyse sophistiquée des menaces", juge le consultant en sécurité Habib M. Sayah.

Depuis sa révolution en 2011, le pays a vu inexorablement progresser une mouvance jihadiste initialement liée à Al-Qaïda. La situation s’est sensiblement dégradée l’an dernier avec trois attentats majeurs revendiqués par le groupe Etat islamique (EI), dont celui du Bardo à Tunis le 18 mars (21 touristes et un policier tués).

Après la tuerie de Sousse (38 morts) et l’attentat suicide en plein Tunis (12 agents de la garde présidentielle tués), un palier supplémentaire a été franchi la semaine passée avec l’attaque de dizaines de "terroristes" contre des installations sécuritaires de Ben Guerdane, ville frontalière de la Libye.

Treize membres des forces de l’ordre et sept civils ont péri, tandis que 49 "terroristes" ont été abattus durant la riposte sécuritaire. Si l’assaut n’a pas été revendiqué, il visait selon Tunis à instaurer un "émirat" de l’EI, une assertion qui a exacerbé les craintes d’une extension du chaos libyen.

Cette attaque visait "vraisemblablement à tester les défenses de l’Etat et donner le coup d’envoi d’une campagne prolongée contre le sud tunisien", affirme à l’AFP M. Sayah. Mais "les hommes de l’EI ont probablement sous-estimé la capacité (de réaction) des forces de sécurité et compté sur le soutien d’une population qui, majoritairement, a coopéré avec les forces de l’ordre".

"Institution déstructurée"

Sur fond d’appels à "l’union sacrée", les médias ont célébré un "succès retentissant" pour la Tunisie. Mais ce réflexe patriotique n’a pas empêché de raviver les demandes pressantes d’une stratégie antiterroriste plus élaborée.

Avec Ben Guerdane, "nous pouvons affirmer sans risque de nous tromper que le pays était à deux doigts d’être mis à genoux", s’est alarmé le journal Le Quotidien.

L’été dernier, après les défaillances constatées au Bardo et à Sousse, l’International Crisis Group (ICG) avait préconisé "une réforme d’envergure" des Forces de sécurité intérieure, qualifiée d’"institution destructurée".

"Les membres des forces de l’ordre sont unanimes : le manque de stratégie est le problème essentiel", avait-il souligné.

Depuis, une grande "conférence contre le terrorisme" prévue à l’automne a sans cesse été repoussée, le gouvernement évoquant la nécessité d’un "surcroît de coordination".

En 2016, les ministères de la Défense et de l’Intérieur ont bénéficié d’une croissance à deux chiffres de leur budget. Mais pour Habib M. Sayah, "l’une des carences les plus graves" dans la lutte antiterroriste demeure "au niveau politique".

"De nombreuses lacunes ne peuvent être résolues que sous l’impulsion des décideurs politiques", qui n’ont produit "que des slogans et voeux pieux", critique l’expert.

"Procédés archaïques"

Faute de réforme, "la coordination entre les corps de sécurité est rendue difficile par des procédés archaïques", note-t-il encore.

Quant aux besoins matériels souvent mis en avant, ils sont "infiniment moins significatifs que ceux en formation".

Parmi les défaillances évoquées figure également le secteur du renseignement, au coeur de la coopération promise par les alliés européens.

A Ben Guerdane, "l’effet de surprise révèle que les forces de sécurité ont été prises de court" alors même que la majorité des jihadistes étaient vraisemblablement sur place "depuis un moment", dit M. Sayah.

Président du Centre tunisien des études de la sécurité globale (CTESG), Mokhtar Ben Nasr estime lui qu’il y a eu depuis un an "un net progrès de la traque antiterroriste, avec l’élimination d’une vingtaine de chefs" de cellules.

Le porte-parole du Parquet, Kamel Barbouche, a indiqué à l’AFP que près de 2.000 affaires liées au terrorisme étaient instruites, tandis que 778 personnes ont été arrêtées en connexion avec ces dossiers. Fin 2015, les autorités ont notamment procédé à de vastes coups de filet après l’attentat de Tunis.

L’expérience acquise ces derniers mois sur le terrain s’avère en outre précieuse, relève Habib M. Sayah. L’attaque de Ben Guerdane "aurait certainement fait davantage de dégâts il y un an", déclare-t-il. "Auparavant anecdotique, la lutte antiterroriste est aujourd’hui présente dans l’esprit du moindre agent".