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Le racisme anti-noir en Tunisie

mercredi 25 mai 2016, par siawi3

Une collection d’articles pour faire le point sur le racisme endémique envers les noirs dans toute l’Afrique du Nord, et les premières tentatives pour y résister.

Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2015/11/06/racisme-etudiants-africains_n_8487062.html?ref=topbar

Agression raciste d’un étudiant congolais en Tunisie, le ministère de l’Enseignement supérieur et des associations dénoncent
Huffpost Tunisie

Par Cheima Ben Hmida

Publication : 06/11/2015 17h34 CET Mis à jour : 09/11/2015 10h44 CET

Le 1er novembre au soir un événement tragique a secoué la ville de l’Aouina dans la banlieue de Tunis. L’étudiant congolais Lionel Omgba a été victime d’une agression sauvage, dénotant une nouvelle fois d’un racisme anti-noir très présent en Tunisie.

Le ministère de l’Enseignement Supérieur s’est prononcé quatre jours après cette agression et a dénoncé, dans un communiqué publié jeudi, cette "agression sauvage", rapporte l’agence TAP.

D’après une publication de l’Association des Etudiants et Stagiaires Camerounais en Tunisie (AESCT), ce jeune homme rentrait chez lui quand il a été attaqué par quatre individus qui l’ont violemment frappé. Tuméfié au visage et souffrant de nombreuses commotions, les premiers soins lui ont vite été administrés.

L’association a par ailleurs partagé un message de prévention aux étudiants africains en Tunisie et surtout à ceux vivant à l’Aouina, où il leur est demandé de ne pas marcher seuls la nuit, de ne pas emprunter des rues peu fréquentées, et d’éviter les attroupements.

Des photos de la victime après l’agression ont largement circulé sur les réseaux sociaux. Ce grave incident a eu un écho important contrairement aux nombreux cas recensés chaque année mais peu médiatisés.

Des associations et des organisations tunisiennes, dont le Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), le Syndicat National des Journalistes Tunisiens (SNJT) et l’Association Tunisienne des Femmes Démocrates (ATFD), ont publié un communiqué qui dénonce ce genre d’agissements racistes.

Elles rappellent également que "les comportements racistes touchent également les Tunisiens à la peau noire qui subissent discriminations, commentaires humiliants et harcèlements, dans l’espace public comme sur les lieux de travail".

Les organisations signataires appellent enfin les autorités à engager des poursuites contre les coupables de crimes racistes et les membres de l’Assemblée des Représentants du Peuple à voter une loi qui "pénalise clairement le racisme et garantisse la protection des victimes de discriminations et de racisme".

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Source : http://observers.france24.com/fr/20130501-tunisie-attaque-immeuble-etudiants-africains-police-noir-racisme-lafayette

TUNISIE 01/05/2013
Des Tunisiens attaquent un immeuble d’étudiants noirs-africains, la police arrête… la victime

Arrestation d’un habitant en bas d’un immeuble où logent des étudiants africains à Tunis. Capture de la vidéo de notre Observatrice.

Une habitante d’un immeuble de Tunis, où logent des étudiants africains, a filmé lundi soir l’arrestation d’un de ses voisins. Pourtant, c’est ce dernier qui avait appelé la police à l’aide alors qu’un groupe d’hommes attaquait son immeuble à coups de pierres.

L’incident a eu lieu dans la nuit du 29 au 30 avril dans le quartier Lafayette situé dans le centre ville de Tunis. Le bâtiment, que certains dans le voisinage n’hésitent pas à appeler l’"immeuble des Noirs", est en très grande majorité habité par des étudiants noirs-africains inscrits dans les universités de la capitale tunisienne.

Aucune étude n’a pour l’heure été menée par les autorités sur le racisme en Tunisie.

Sur cettevidéo filmée par notre Observatrice après que des pierres ont été jetées sur l’immeuble, le voisin est descendu. Les personnes qui se trouvent en bas l’insulte. On entend l’un d’entre eux dire "C’est la Tunisie ici !"

"Le racisme a toujours existé, mais les étudiants étrangers étaient mieux protégés sous Ben Ali"
Estelle Mania

Shaynacarter (pseudonyme) est étudiante congolaise, elle habite l’immeuble où a eu lieu l’altercation et a filmé l’arrestation de son voisin. Elle habite en Tunisie depuis cinq ans.

Tout a commencé avec une altercation entre un chauffeur de taxi tunisien et un habitant sénégalais de mon immeuble, qui est aussi un de mes amis. Il m’a expliqué qu’il s’était fait traiter de "guera guera" par le chauffeur, c’est-à-dire singe, et de là une bagarre a éclaté. Le chauffeur a sorti un bâton pour le frapper, mon ami l’a récupéré ensuite pour le battre à son tour, puis ils ont été séparés et mon ami est parti de son côté. Tout ça s’est passé à deux pas de notre immeuble. Le taxi est ensuite revenu en bas du bâtiment où habite le Sénégalais, il était accompagné de plusieurs personnes munies de bâtons et de pierres qui se sont attaquées à la façade de l’immeuble. Or, il se trouve que l’appartement de mon ami ne donne pas sur la rue et qu’il n’était même pas chez lui !

Il n’arrêtait pas de répéter "Mais c’est moi qui vous ai appelés ! Et vous voulez m’embarquer !"

Quand nous avons entendu du bruit nous nous sommes tous penchés par la fenêtre. C’est alors qu’ils ont vus que nous étions tous noirs et se sont mis à proférer des insultes racistes. Ils n’ont pas atteint ma fenêtre avec les projectiles mais ont brisé celle de l’appartement du premier étage. L’étudiant qui y habite a donc appelé la police. Puis, il est descendu pensant que les policiers allaient lui venir en aide. Très rapidement les choses ont basculé, la police s’est adressée à lui comme s’il était à l’origine des violences. Il s’est mis sur la défensive et n’arrêtait pas de répéter "Mais c’est moi qui vous ai appelés ! Et vous voulez m’embarquer !". Tout ça sous les yeux des agresseurs qui se trouvaient à quelques mètres, toujours munis de leurs bâtons et qui ne cessaient de l’insulter. D’après ce que j’ai entendu, la police lui a demandé de venir au commissariat pour un contrôle. Finalement, il a été traîné de force dans la voiture, comme on le voit sur la vidéo. [Selon Raoul Fone, ancien Président de l’Association des étudiants et stagiaires africains en Tunisie, dans ce type d’altercations, il arrive aussi que la police emmène immédiatement la personne agressée pour la protéger, ce qui pourrait être le cas ici]. À 0’33 secondes, on voit qu’il reçoit un coup de bâton de la part d’un des hommes présents. [Le policier repousse l’assaillant mais ne l’interpelle pas].

Vidéo de l’arrestation du jeune homme filmée par notre Observatrice.

Il a été libéré deux heures plus tard, mais les personnes qui ont attaqué l’immeuble n’ont pas du tout été inquiétées, ni pour les jets de pierres, ni pour avoir tenté de forcer l’entrée de l’immeuble qui est heureusement très sécurisée.

Façade de l’immeuble. Photo prise le lendemain par notre Observatrice.

Photo prise le lendemain de l’attaque dans l’appartement du premier étage qui a été la cible des jets de pierre.

"J’ai entendu des personnes crier ‘Ben Ali est parti. C’est la Tunisie ici, pas l’Afrique !’"

Cet incident est tout à fait représentatif du climat d’insécurité dans lequel nous vivons depuis la chute de Ben Ali. Évidemment, tous les Tunisiens sont concernés mais je pense que nous, les étrangers noirs, sommes particulièrement exposés. D’une part, parce que le racisme contre les Noirs est bien ancré en Tunisie. D’autre part, parce certains Tunisiens considèrent que les étudiants étrangers, notamment les Noirs-africains, étaient trop protégés sous le régime de Ben Ali. C’est vrai que la police nous soutenait souvent en cas de petites altercations. Les étudiants étrangers noirs sont majoritaires dans les universités privées et le régime n’avait pas intérêt à ce que ça change. Or aujourd’hui, ce sont ces mêmes personnes qui estiment que nous devons rentrer chez nous. D’ailleurs, ce soir là, j’ai entendu des personnes crier "Ben Ali est parti. C’est la Tunisie ici, pas l’Afrique !".

FRANCE 24 a sollicité le commissariat en charge de cette zone et le ministère de l’Intérieur, qui n’ont pour l’heure pas répondu à nos questions.

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Source : http://www.huffpostmaghreb.com/2013/07/24/racisme-noir-tunisie_n_3638938.html

Le racisme envers les noirs en Tunisie, une réalité occultée

HuffPost Maghreb

Par Sarah Ben Hamadi

Publication : 23/07/2013 15h56 CEST Mis à jour : 09/08/2013 16h55 CEST

Les étudiants subsahariens en Tunisie souffrent de racisme et désormais, le font savoir. Lors d’une séance de travail organisée, lundi, au siège de la Maison du droit et des migrations à Tunis, l’Association des Etudiants et Stagiaires Africains en Tunisie (AESAT) a mis en évidence la marginalisation subie de la part des autorités tunisiennes et les actes de racisme dont les étudiants africains sont victimes au quotidien.

Au mois de mai dernier, après une altercation entre un étudiant sénégalais et un chauffeur de taxi, ce dernier revient avec plusieurs de ses amis pour attaquer l’immeuble où des étudiants africains habitent. En appelant la police à l’aide, les étudiants africains se font embarquer. Relayé par les médias, l’incident a fait beaucoup de bruit pendant quelques jours mais n’étais hélas pas un cas isolé. Les étudiants africains subissent souvent ce genre de discriminations. Des discriminations qui passent “inaperçues” comme les “agressions” et “les tentatives de viol” assez fréquentes selon Touré Blamassi, président de l’AESAT. “Aucune plainte déposée n’a abouti” affirme-t-il au HuffPost Maghreb.

Depuis la révolution, les discriminations envers les étudiants africains subsahariens ont augmenté, “Il y a un problème fondamental en Tunisie, la police a du mal à jouer son rôle et ce par rapport à tout le monde. Mais les étrangers sont une population plus fragile”, souligne M. Blamassi

Les autorités sont laxistes par rapport aux plaintes déposées par les étudiants subsahariens et l’administration leur “fait payer des amendes pour séjour sans papiers alors qu’elle met 7 mois pour [leur] délivrer les cartes de séjour” toujours selon M. Touré Blamassi.

“Entre les 19 et 20 juin, 700 étudiants subsahariens ont dû payer une amende d’au moins 300DT à l’aéroport de Tunis avant de rentrer chez eux. Motif de l’amende : ils ont séjourné quelques mois en Tunisie sans papiers. Sauf que la faute revient à l’administration tunisienne qui a pris 6 à 7 mois de retard pour leur délivrer leurs cartes de séjour définitive." note le journal La Presse en date du 24 juin dernier.

Les problèmes que rencontrent les étudiants subsahariens en Tunisie concernent aussi leurs études.

“Les diplômes obtenus ne sont pas reconnus par l’Etat tunisien, les étudiants africains payent deux fois plus cher que les Tunisiens, ensuite s’ils veulent avoir un emploi, ils sont obligés de travailler au noir” explique-t-il.

Les conditions seraient meilleures dans le Royaume Chérifien, où de plus en plus d’étudiants subsahariens partent faire leurs études. “Le Maroc apprend des erreurs de la Tunisie” estime Touré Blamassi. Pourtant, au niveau des discriminations raciales, la situation au Maroc ne serait pas meilleure qu’en Tunisie. A Casablanca, des propriétaires tentent d’interdire la location aux "africains" en accrochant des affiches dans plusieurs halls d’immeubles : "Interdiction de louer des appartements aux Africains".

Et les noirs Tunisiens ?

En Tunisie, les discriminations raciales ne concernent pas uniquement les subsahariens. Les citoyens Noirs tunisiens sont également touchés. “Le racisme envers les Noirs en Tunisie a toujours existé”, affirme sur RFI Maha Abdelahmid, co-fondatrice de la première Association de défense des droits des Noirs (ADAM). Elle estime le nombre de Noirs tunisiens à 15% de la population.

“Le racisme en Tunisie envers les Noirs, qu’ils soient d’Afrique subsaharienne ou Noirs tunisiens, a toujours existé. Sauf qu’avant, c’était un sujet tabou. On ne pouvait pas dire qu’il y avait du racisme.” soutient-elle.

Le 1er mai 2013, les citoyens noirs tunisiens ont défilé à Tunis pour protester contre les discriminations dont ils sont souvent l’objet. Pour Saâdia Mosbah, présidente de l’association M’nmety (Mon rêve), “il est impératif qu’il y ait une loi qui protège contre les discriminations raciales”.

Malgré quelques tentatives de la société civile d’inscrire le droit des minorités dans la future constitution rien dans le dernier projet n’y fait allusion. “Une constitution des gens forts” a commenté Yamina Thabet, présidente de l’association tunisienne de soutien aux minorités (ATSM) lors d’une conférence de presse tenue le 12 mai dernier.

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Source : http://www.slateafrique.com/289775/le-racisme-contre-les-noirs-une-honte-pour-la-tunisie

Le racisme contre les noirs : « une honte » pour la Tunisie

Le péril noir n’est pas un mythe en Tunisie. Des noirs et des étrangers sont victimes de racisme.

Le constat dressé par les noirs Tunisiens et les étrangers est alarmant : le racisme ne recule pas en Tunisie. Nombreux sont les exemples qui attestent de ce climat délétère.

Un article du site d’information La Presse.tn revient sur les cas les plus emblématiques du racisme ordinaire en Tunisie :

« A Sidi Makhlouf, par exemple, les écoliers blancs et noirs prennent des bus différents. »

Les étudiants subsahariens, qui seraient au nombre de 8.000, sont victimes d’injustices et ce, même de la part de l’Etat tunisien.

« Entre les 19 et 20 juin, 700 étudiants subsahariens ont dû payer une amende d’au moins 300 dinars à l’aéroport de Tunis avant de rentrer chez eux. Motif de l’amende : ils ont séjourné quelques mois en Tunisie sans papiers. Sauf que la faute revient à l’administration tunisienne qui a pris 6 à 7 mois de retard pour leur délivrer leur carte de séjour définitive », raconte La Presse.tn

Depuis la chute du régime Ben Ali, l’expression du racisme et de la xénophobie ont explosé, notent plusieurs associations. Des étudiants racontent ce qu’ils endurent. Ils se font insulter et escroquer régulièrement. Dans certaines écoles, les frais de scolarité sont deux fois plus élevés pour les subsahariens que pour les Tunisiens, poursuit le site tunisien.

Les associations ont interpelé les députés de l’assemblée constituante pour qu’un article condamne explicitement le racisme et la xénophobie.

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Source : http://www.afrik.com/tunisie-les-citoyens-noirs-s-insurgent-contre-le-racisme

Tunisie : les citoyens noirs s’insurgent contre le racisme

vendredi 3 mai 2013

par Leïla Harzalli

Manifestation des citoyens noirs en Tunisie

Les citoyens tunisiens noirs ont défilé, en ce début du mois de mai, dans les rues de Tunis pour protester contre les discriminations dont ils sont victimes en Tunisie. Les manifestants criaient leur mécontentement face à l’inégalité, la ségrégation et le racisme à leur encontre dans le pays.

Dans la vie professionnelle comme personnelle, les citoyens tunisiens noirs subissent de mauvais traitements et ne sont pas considérés dans la société tunisienne. Ils sont traités de « wassif », un terme désignant les noirs de Tunisie. D’ailleurs, les manifestants ont repris ce mot à connotation péjorative qu’ils n’ont cessé de clamé lors de leur marche symbolique du 1er mai, sur l’avenue Habib Bourguiba, au cœur de Tunis. Cette marche a rassemblé plusieurs centaines de personnes.

Un document vidéo publié sur le web par Tunisie numérique rapporte les réactions des manifestants mobilisés pour leurs droits. « Wassif n’est pas une couleur », rétorque une militante noire tunisienne. D’autres militants apportent plus de précision à leur revendication et condamnent « la discrimination verbale ». Ils dénoncent, par la même occasion, l’enfer qu’ils supportent au quotidien et qui se traduit généralement au travail, dans le milieu administratif (les institutions de l’ État, notamment, qui véhiculent l’image du brassage de la Tunisie) et scolaire (les écoles, les universités, etc), comme dans la rue ou dans les lieux publics.

Le racisme toujours tabou

Manifestant la tête haute, les citoyens tunisiens noirs ne se sont pas présentés en victimes. Ils sont venus tirer l’alarme sur ce phénomène grandissant mais encore tabou qu’est le racisme en Tunisie comme dans d’autres pays du Maghreb tel que le Maroc. Ils sont venus affirmer haut et fort qu’il existe réellement et qu’il est à prendre en considération. Régulièrement victimes de racisme, ils exigent une loi qui accordera une attention certaine à leur présence sur le sol tunisien tout en les protégeant, sur un même niveau d’égalité que le citoyen tunisien lambda. Y compris sur les actes racistes ! La manifestation avait pour but de demander une représentation juste et équitable des citoyens noirs en Tunisie.

Les agressions racistes sont fréquentes en Tunisie et touchent un très grand nombre. Dans la nuit du 29 au 30 avril, le quartier de Lafayette accueillant de nombreux africains a été assailli par un groupe d’hommes qui voulaient venger leur camarade chauffeur de taxi. Ce dernier était au cœur d’une rixe, plus tôt dans la journée, avec un étudiant sénégalais qu’il a délibérément insulté et ensuite tabassé. Dans la nuit, l’étudiant sénégalais, surpris par l’arrivée de cette bande d’individus, tente de se défendre et appelle la police. Une fois sur les lieux, la police embarque l’étudiant victime de racisme. Un cas non isolé en Tunisie. Ils sont ainsi des milliers à subir ces brimades en raison de leur couleur de peau.

Vidéo de la manifestation des citoyens noirs en Tunisie ici

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Source : http://www.lesinrocks.com/2013/04/23/actualite/tunisie-la-revolution-noire-11388331/

Tunisie : la révolution noire
23/04/2013 | 15h42
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Rokhaya Diallo

Dans le pays qui lança le printemps arabe, les noirs s’organisent pour défendre leurs droits.

Tunis, 21 mars. À l’occasion de la journée internationale pour l’élimination des discriminations raciales, se tient un colloque : “Les noirs en Tunisie, visibles… invisibles”.

L’intitulé peut sembler banal, mais c’est une véritable révolution dans un pays maintenu pendant des décennies dans l’illusion de son homogénéité et qui, depuis son indépendance et la présidence de Bourguiba, cultive une “tunisianité” interdisant toute référence au fait minoritaire : le racisme était jusqu’ici un immense tabou.

À l’origine de l’événement, l’association ADAM, première association de défense des droits des noirs jamais créée en Tunisie. Bien qu’absents des sphères dirigeantes, les noirs constitueraient 15% de la population (soit plus que les Afro-Américains aux Etats-Unis). Leur présence en Tunisie est ancienne, tous ne sont pas des descendants d’esclaves, de générations de commerçants et de migrants venus d’Afrique subsaharienne au fil des siècles et qui ont donné naissance aux citoyens noirs actuels.

“Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ?’”

L’universitaire noire Maha Abdelhamid est la cofondatrice de cette association, née du tourbillon révolutionnaire. Elle me reçoit dans la maison familiale de Gabès dans le sud où les noirs sont plus nombreux :

“Les discriminations, on en n’en parlait qu’entre nous ! Après la révolution, mes amis et moi avons lancé une page Facebook pour dénoncer les propos racistes. Puis vint celle de Taoufik Chahiri, l’actuel président d’ADAM, qui invitait les gens à raconter leurs expériences personnelles”.

Par centaines, les internautes s’insurgent contre le vocabulaire raciste qui empoisonne les médias et la vie quotidienne, comme le mot oussif (esclave domestique), courant pour désigner les noirs. La majorité d’entre eux exprime leur ras-le-bol d’être perçus comme des étrangers : “Alors que je manifestais pendant la révolution, on m’a dit ‘Qu’est-ce que tu fais là ? C’est pour les Tunisiens’ !” se souvient-elle. Son cousin Ahmed salarié d’une société d’ameublement rapporte, agacé, les “plaisanteries” de ses collègues :

“Lors de conversations anodines sur la crise j’ai droit à des commentaires comme ‘on va rétablir l’esclavage, les noirs ne seront plus au chômage’”.

Sur les réseaux sociaux, des textes demandant des lois pour encadrer les actes et propos racistes apparaissent et l’association naît en 2012.

“Vous divisez la Tunisie !”

À Tunis, la manifestation organisée par ADAM mêle tables rondes et interventions artistiques. Sur l’avenue Bourguiba se produit un groupe de Taïfa, musiciens noirs venus du sud du pays. Après la prestation, les militants sont pris à partie par une demi-douzaine de Tunisiens dits “blancs”, visiblement offensés : “Il n’y a pas de racisme en Tunisie ! Où vois-tu la discrimination ? Vous divisez la Tunisie !”. C’est le déni endémique, que dénoncent inlassablement les antiracistes tunisiens. Dans la cohue, quand Sofiene, juriste et membre d’ADAM, est apostrophé directement en français – “Quel est le problème ?” –, il répond en arabe, d’un ton las : “C’est ça le problème !”. Il est tunisien et, parce qu’il est noir, on s’adresse à lui comme à un étranger.

Les tables rondes évoquent le racisme structurel lié à l’histoire de la Tunisie. Aujourd’hui encore, certains actes de naissance comportent la mention atig (affranchi) suivi du nom du “maître” qui a libéré l’ancêtre esclave. ADAM a présenté un dossier au ministre de la Justice pour retirer ces mentions. En vain. Dans son intervention, l’historien Salah Trabelsi martèle : “Notre histoire, notre langage sont imprégnés de ce passé, il faut faire ce travail idéologique et sémiologique”.

Ce “passé pas encore dépassé”

Sur scène, le slammeur Anis Chouchène dénonce en arabe la mémoire coupable de la Tunisie, ce “passé pas encore dépassé”. Il jette à la figure d’un public où toutes les générations sont représentées la cruauté du racisme ordinaire : “Quand le Kahlouch* rentre dans un café, tous les regards sur lui se sont braqués/ Il entend s’élever la voix de l’orgueil : Et toi le Kahlouch où est mon café ?”. L’audience rit, on sent le vécu.

Nouiri Omran savoure ce moment unique. Il est venu de la région de Mednine dans le sud : “Chez moi le racisme est plus fort qu’à Tunis, il y a un vrai clivage, on nous appelle les abid (“esclaves”), nous appelons les Blancs les h’rar (“libres”)”. La vie professionnelle de ce discret technicien de laboratoire est très affectée par le racisme :

“On m’a confié un poste inférieur à mon niveau et je n’ai pas progressé depuis 2003 ». Il ne supporte plus l’invisibilité des noirs : « Personne ne nous entend, nous ne sommes pas au Parlement, ni dans les ministères”.

Marié à une femme noire, l’homme discret se souvient avoir essuyé le refus de trois familles lorsqu’il a demandé la main de leur fille blanche mais il garde espoir : “Ce que fait ADAM est très important, je suis très fier. J’ai fait cinq cents km pour assister à cela.”.

Les noirs sont les plus défavorisés socialement

La plupart des noirs appartiennent aux couches sociales les plus défavorisées ; pourtant, Maha Abdelhamid ne doute pas qu’ADAM, menée par des intellectuels, saura représenter cette base de sans voix. Portée par cet élan nouveau, la trentenaire défend les revendications de son association qui souhaite peser dans le jeune processus démocratique tunisien. Alors que l’Assemblée nationale constituante (ANC) élabore la nouvelle constitution, elle déplore sa cécité quant à la situation des noirs : “Personne ne parle de notre existence, c’est à nous de nous présenter devant l’ANC”.

Profitant de la présence de milliers d’organisations internationales au Forum social mondial de Tunis, elle interpelle avec verve celles qui œuvrent pour les droits des minorités. Si bien qu’à l’issue du forum, un collectif d’associations brésiliennes, françaises et américaines constitué ad hoc publie un texte appelant entre autres “le gouvernement tunisien ainsi que l’Assemblée nationale constituante (…) à prendre en compte leurs revendications, inscrire dans le projet de constitution le principe de la lutte contre toute forme de discrimination, dont la discrimination raciale, et pénaliser les propos et actes racistes”. Jusqu’à présent, le parti au pouvoir Ennahda est resté sourd aux revendications des minorités tunisiennes.

*Terme péjoratif signifiant “noir”