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Présidentielle en Autriche : l’avertissement viennois

lundi 23 mai 2016, par siawi3

Source : http://www.ouest-france.fr/europe/autriche/presidentielle-en-autriche-lavertissement-viennois-4246982

Modifié le 23/05/2016 à 06:57 | Publié le 23/05/2016 à 06:53

Quel que soit le résultat final publié aujourd’hui, le score de Norbert Hofer, le candidat du FPÖ autrichien, constitue en soi un tournant dans le paysage politique européen. | AFP

Laurent Marchand

Après la Hongrie, la Slovaquie, la Pologne, c’est en Autriche que l’extrême droite a enregistré, hier, un score historique à l’occasion de la présidentielle.

Au moment où ces lignes sont imprimées, le suspense n’est pas encore terminé. Mais quel que soit le résultat final publié aujourd’hui, le score de Norbert Hofer, le candidat du FPÖ autrichien, constitue en soi un tournant dans le paysage politique européen.

Depuis quinze ans, les spécialistes de la science politique scrutent et annoncent, élection après élection, la montée de forces nouvelles dites « populistes » ou « d’extrême droite ». Ces forces n’ont pas toutes une histoire enracinée dans les mouvements totalitaires du XXe siècle. Mais elles ont une série de thématiques en commun, que les récentes crises économiques, terroristes et migratoires ont pu rendre attractives. Le rejet de l’immigration, de l’islam, du multiculturalisme. Le refus de la mondialisation, de Bruxelles, de la finance. Le culte du référendum et une vision ethnique de la nation. Ce qui leur permet d’ailleurs de jongler habilement entre l’autonomisme régional et le patriotisme national.

L’évolution de l’extrême droite en Autriche.

L’annuaire de ces partis est de mieux en mieux connu. Du Front National aux Vrais Finlandais, de la Ligue du Nord italienne aux Parti Populaire Danois en passant par l’UDC de Suisse, le PVV hollandais ou le Jobbik hongrois, la liste est longue.

Certains de ces partis gouvernent déjà, dans les anciens pays communistes. À Varsovie, Budapest, Bratislava. Certains ont rejoint des coalitions de gouvernement, en Finlande, en Norvège. D’autres conditionnent fortement l’agenda politique (Pays-Bas, France, Italie). Même l’Allemagne, depuis la percée de l’Alternativ für Deutschland aux dernières régionales, n’est plus épargnée. La poussée autrichienne n’est donc pas isolée. Elle est d’autant plus préoccupante.

Populisme, le mot magique

Certes, cette poussée se nourrit pour une bonne part d’une colère des électeurs, justifiée à bien des égards. Mais ce qui est en cause, ce n’est pas la validité du vote populaire, condition nécessaire, bien que non suffisante, de la vie démocratique. C’est le sentiment diffus que ces partis seraient potentiellement porteurs d’un agenda autoritaire caché. Agenda qui attire les uns et révulse les autres. Pourquoi ?

D’abord, parce que l’Histoire du XXe siècle pèse encore. Voir l’Autriche dirigée par le représentant d’un parti fondé en 1955 par d’anciens nazis crée un profond malaise. Le FPÖ, un parti néonazi ? Bien sûr que non ! C’est trop grossier comme ficelle. Tellement grossier que cela exonère le FPÖ de renier ses origines, et les partis traditionnels d’apporter les réponses aux questions posées par les électeurs sur les sujets qui fâchent, notamment l’immigration.

Ensuite, ce sentiment est fondé parce que certaines droites radicales menacent déjà les fondements de la démocratie parlementaire, libérale et constitutionnelle. C’est le cas de Viktor Orban en Hongrie, et du nouveau gouvernement polonais.

Enfin, parce que le mot « populisme » est un piège habilement récupéré par ces formations anti-élites. Ce mot pour les désigner les sert. Qui, en démocratie,peut prétendre se positionner contre le peuple ? Or, aplatir la démocratie au seul rendez-vous électoral ou référendaire, comme le font ces nouvelles forces, c’est prendre le plus sûr chemin vers la démocratie autoritaire. Poutine et Erdogan en sont l’illustration parfaite. Avant eux, il y eut même pire en Europe. À Vienne, notamment.