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« Ils sont au pouvoir, elles sont au service »

Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes

Tuesday 31 May 2016, by siawi3

Source: http://ledeni.net/une-lecture-feministe-du-deni-dans-le-magazine-5050/

Le déni
Enquête sur l’Église et l’égalité des sexes

Une lecture féministe du Déni dans le magazine 50/50
Publié le 23/05/2016 par Maud Amandier

Annie Sugier, présidente de la Ligue du droit international des femmes (LDIF)et Vice-Présidente de la Coordination Française du Lobby Européen des Femmes (CLEF) explique ce que le Déni apporte au féminisme en révélant les mécanismes du sexisme, propres à l’Eglise catholique, qui influencent encore la société

LE DERNIER MOT D’ANNIE « Ils sont au pouvoir, elles sont au service »

Ces mots résonnent comme une insulte à l’égard des femmes. Et c’est bien de cela dont il s’agit dans un livre-enquête sur, intitulé Le Déni: l’Eglise et l’égalité des sexes, co-signé par la journaliste Maud Amandier et la plasticienne et enseignante, Alice Chablis. Retour sur un livre qui a divisé l’Eglise.

Militantes féministes nous pourrions être tentées de passer à côté de cet ouvrage persuadées de n’avoir rien à apprendre sur la misogynie de l’Eglise. Quelle erreur ! Grâce à la rigueur du travail réalisé par les deux auteures, qui procèdent à l’analyse des encycliques et des discours des papes, nous découvrons l’absurdité de la construction intellectuelle visant à démontrer la légitimité divine de la hiérarchie entre les hommes et les femmes.

L’un des chapitres les plus explicites est sans doute celui qui s’intitule « le sexe du service », avec en exergue un extrait de la « Lettre aux femmes » de Jean-Paul II qui résume magistralement la vision de la vocation féminine véhiculée par l’Eglise : « Depuis l’origine, donc, dans la création de la femme, est inscrit le principe de l’aide ». Vocation réaffirmée avec les paroles prêtées à la Vierge Marie annonçant sa maternité divine « Je suis la servante du seigneur ; qu’il advienne selon ta parole ».

Les femmes ne peuvent échapper à la malédiction d’être issues d’Eve, première pécheresse de l’humanité, qu’en prenant pour modèle Marie, ce qui vaut condamnation de la sexualité féminine, puisqu’elle est mère et vierge à la fois. Pour celles qui pensent qu’au moins le caractère sacré du mariage est protecteur pour les femmes, Pie XI, dans sa lettre sur le mariage chrétien en rappelle le sens : « cet ordre (celui du mariage) implique et la primauté du mari sur sa femme et la soumission empressée de la femme, ainsi que son obéissance spontanée ».

Nous nous trouvons face à un édifice totalement cohérent, qui ne se développe que par la répétition et qui s’est construit sur une logique inégalitaire assurant le pouvoir exclusif des hommes. Un tel édifice ne peut, sans se remettre radicalement en question, intégrer les acquis du féminisme.

Quel espoir d’évolution ?

A l’appui de leur réquisitoire contre les dérives de l’Eglise, les auteures du « Déni » citent les paroles et les gestes du Christ qui viennent contredire l’infériorisation des femmes présentée comme exprimant la volonté de Dieu.

Mais à quoi bon ? Les tenants du pouvoir dans les religions auront toujours le dernier mot. Il n’est que de relire dans les « Frères Karamazov » de Dostoïevski la fameuse scène au cours de laquelle le Christ revenu sur Terre rencontre le Grand Inquisiteur et constate le peu de cas fait de son message de paix et d’amour.

C’est le Grand Inquisiteur qui s’exprime : :

« — C’est Toi ? Toi ?
Mais, sans attendre la réponse, il se hâte de poursuivre :
— Ne réponds pas, tais-Toi. D’ailleurs, que pourrais-Tu dire ? Je sais trop bien ce que Tu dirais. Mais Tu n’as pas le droit d’ajouter quoi que ce soit à ce qui a été dit déjà par Toi auparavant. Pourquoi donc es-Tu venu nous déranger ? Car Tu es venu nous déranger, et Tu ne l’ignores pas. »

Faut-il attendre des changements de la part du pape François ? Les auteures du « Déni » rappellent que ce pape reprend le discours de ses prédécesseurs et déploie la même rhétorique, quand, par exemple, interrogé sur le rôle des femmes dans l’Église et leur manque de visibilité, il répond : « Je crains la solution du “machisme en jupe” car la femme a une structure différente de l’homme. » Le voici dans une pensée typiquement androcentrée, incapable de penser l’égalité d’humanité de l’homme et de la femme. C’est toujours la femme qui diffère de l’homme et non l’inverse. Ce pape parle beaucoup de dignité de la personne mais si peu d’égalité des sexes.

Mais il y a pire…

On nous dira que le sujet n’est plus d’actualité, que ce qui se passe avec Daech et la mise en esclavage des femmes au nom de l’islam, ringardise toute critique des autres religions. Mais ce serait une erreur car c’est bien le modèle patriarcal qui est leur fondement commun. Quelles autres idéologies dans le monde, en dehors des idéologies religieuses se permettent encore, et en toute impunité, de prôner pour les femmes le silence, la modestie, la procréation et le service de l’homme ?

Ce qui est surprenant c’est que des femmes se laissent encore bercer par la fable selon laquelle « leur » religion les a libérées et qu’elles adhérent à l’idée qu’elles vont y trouver une « véritable dignité ». Certes le message religieux est toujours un message de soumission. Mais il s’agit d’une soumission à Dieu. Or celui qui s’adresse aux femmes est un message de soumission aux hommes.

Reste que nombre d’êtres humains, et notamment de femmes, aujourd’hui encore, expriment un besoin profond de croire en un monde meilleur au-delà de la mort. Alors, pour celles qui éprouvent ce besoin, et qui refusent de n’être que des servantes, quelle que soit leur religion, il faut qu’elles se préparent à une rude bataille ! Car c’est d’une révolution conceptuelle dont il s’agit… qu’elles ont peu de chances de gagner.

Annie Sugier 50-50 magazine

Maud Amandier et Alice Chablis. Le Déni: l’Eglise et l’égalité de sexes. Bayard 2014. Préface de Joseph Moingt