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Belgique : Les tenants du discours relativiste ignorent la vie des femmes et leur réalité sociale

mercredi 1er juin 2016, par siawi3

Source : http://www.questionsdecitoyens.be/content/la-v%C3%A9rit%C3%A9-d%C3%A9s-voil%C3%A9es

La "vérité" dé(s) voilée(s)
Soumis par Anonyme (non vérifié) le lun, 25/01/2016 - 15:57

Osons la vérité, l’intégrisme islamiste suscite de réelles inquiétudes par sa remise en question de valeurs fondamentales telles la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, la démocratie, la laïcité, etc., bref tout ce qui permet de vivre ensemble dans le respect et dans l’harmonie et tout ce qui constitue les fondements de la société occidentale actuelle. Inquiétudes d’autant plus justifiées et exacerbées par la barbarie exercée au quotidien par les fous d’Allah.
Nous nous devons au nom de la liberté de combattre ce fascisme du Moyen-Orient. (1)

Mais qui dit : « Droits de l’Homme » dit aussi : « Droits de la Femme », les uns et les autres étant équivalents, égaux et indissociables.

En Belgique, s’est ouvert le débat sur la laïcité de l’État et parmi les polémiques nées au sein même des laïques, la question du port du voile, que ce soit dans l’administration publique ou à l’école, divise ceux-ci en plusieurs camps.
Deux tendances majeures s’opposent : certains veulent opérer la distinction entre FRONT OFFICE et BACK OFFICE, c’est-à-dire voile interdit au contact du public et voile autorisé s’il n’y a pas de contact avec le public, quand d’autres considèrent qu’une telle accommodation serait "du n’importe quoi" et que le port du voile pour la jeune fille à l’école est un symbole de soumission de la femme qui, si nous l’acceptons, sera la porte ouverte à toutes les dérives
( refus de piscine, cantine halal, etc.)

À l’analyse, il apparaît que ce sont davantage des opinions personnelles plutôt que des motivations justifiant une décision. Parmi les ténors défenseurs de ces deux tendances, nous retrouvons les noms de : Philippe Moureaux, Yvan mayeur, Karine Lalieux, Hervé Hasquin, Louis Michel, Olivier Maingain, Richard Miller, Éric Massin, Philippe Blanchard, Laurette Onkelinx, (Nous pourrions ajouter Emir Kir et Ahmed Laaouej, mais en doutant de leur "sérénité" dans le débat.) Quant à Elio Di Rupo, il préfère pointer aux abonnés absents (2)) , bref une large majorité masculine alors que cette question concerne en premier lieu les femmes qui portent le voile. Dans les débats il semble qu’aucune place n’ait été réservée à celles qui sont au quotidien victimes d’une oppression moyenâgeuse quand elles ne sont pas tout simplement physiquement éliminées pour avoir enfreint des règles édictées par des esprits rétrogrades et dérangés qui ramènent la femme au rang de l’animal et de l’esclave sexuelle.

Et ici plutôt que d’écouter nos représentants vociférer dans l’hémicycle, s’écharper et se gratifier de noms d’oiseaux, ne laisserions-nous pas la parole aux principales intéressées : les femmes voilées ?

Il est indéniable que des femmes musulmanes portent le voile par conviction religieuse, par respect ou par soumission à la divinité qu’elle vénère. Cela n’est en rien répréhensible, les bigotes catholiques en font de même, les juifs se coiffent de la kippa, les sikhs de leur turban, l’étudiant de sa penne, etc. Par contre cela devient inquiétant, dangereux et exige une réponse ferme et appropriée lorsqu’un signe religieux se veut à la fois symbole de soumission et slogan de propagande hégémonique.

Marieme Hélie Lucas (1) établit un parallèle entre le voile islamique imposé et les récents conseils donnés par les autorités allemandes aux femmes. « Tous rendent les jeunes filles et les femmes responsables des violences qu’elles subissent, que ce soit pour avoir laissé dépasser une mèche de cheveux ou porter une minijupe, ou tout simplement pour avoir pris place dans l’espace public. À ce sujet, je voudrais rappeler qu’une immigrée iranienne en France a témoigné devant la commission Stasi des dommages psychologiques causés aux petites filles voilées en Iran (témoignage de Chahdortt Djavann, publié sous le titre Bas les voiles ! Chez Gallimard), et comment cela les affectait durablement d’assimiler l’idée qu’elles étaient responsables des pulsions sexuelles incontrôlées des hommes. C’est la première fois que le voile est considéré non du point de vue des droits des femmes, mais de celui des petites filles, et comme une atteinte à leur intégrité psychique. »

Une Iranienne justement a déjà lancé un cri d’alarme : « Si la petite fille que j’étais a éprouvé le désir de se mettre nue dans l’enceinte de son école, ce n’était pas à cause des fortes chaleurs. C’était par provocation. Provocation du même ordre que de jouer à saute-mouton dans la salle de prière de la mosquée de l’école. C’était physique. Si c’est comme ça, tu vas voir ce que tu vas voir ! Je vais me venger ! Je vais le porter ce foulard gris qui serre trop et tu vas voir. Et beaucoup ont vu. Mon cul ! » (3)

Et les écrits de cette jeune algérienne aujourd’hui âgée de 29 ans, née dans les montagnes kabyles (4) : « Du voile de Creil au djihad en Syrie, nous avons perdu une bataille, oublié de descendre à la station République. »
Ou encore : « Pourtant, dans ces sociétés où l’on n’évoque jamais le sexe et l’intimité, une seule chose obsède les mères : l’entrejambe de leurs filles. Alors très tôt, elles s’évertuent à faire comprendre avec des discours alambiqués et des histoires terrifiantes qu’il ne faut jamais ouvrir les cuisses au risque de devenir une impure et de jeter le déshonneur sur la famille. Porter l’honneur de sa famille entre ses cuisses... quelle lourde responsabilité pour de si jeunes filles. L’honneur tient donc à une microscopique petite peau ? Si peu de chose. » Et d’expliquer : « Le voile, la burqa, ce n’est pas un choix, c’est un moyen d’avoir la paix. Le chantage est simple et insidieux : « Tu portes le voile ou on te pourrit la vie. » Et Lydia Guirous de s’interroger : « Les tenants de ce discours relativiste ignorent la vie de ces femmes et leur réalité sociale... il ne faut pas céder face aux obscurantistes qui sévissent dans les banlieues. Il faut respecter ces femmes et rester fermes sur nos principes. Nous devons leur donner les moyens de s’épanouir et pour cela un dispositif législatif doit être mis en place pour définir clairement le principe de laïcité et réaffirmer notre modèle républicain. Pourquoi ne pas créer un Ministère de la laïcité ? Ce serait un signal fort envoyé aux communautaristes. »

Et cette auteure (5) qui exhorte : « Prouver qu’il est possible de faire exister les diversités qui composent la France dans le cadre de règles acceptées est, plus encore qu’une nécessité sociale, un impératif politique. Le principe en est qu’aucun groupe, quel qu’il soit et religieux en premier lieu, ne refuse ces règles au point de ne plus accepter que son point de vue ne soit pas pris en compte en totalité. Autrement dit, qu’il cesse de consentir à ce que sa vision du monde ne s’impose pas absolument à tous. Ou encore en un mot, que ce groupe en vienne à ne plus admettre la confrontation démocratique et qu’il veuille sortir de sa situation forcément relative et relationnelle, considérée comme illégitime, par la violence. Le ressort idéologique profond du basculement terroriste de jeunes musulmans, c’est cela. »

Laissons aussi la parole aux hommes. « Des reportages clandestins à Raqqa ont montré que les Brigades féminines Al-Khansa, chargées de veiller à la conformité islamique de la tenue et du comportement des jeunes femmes locales, sont composées en majorité de jeunes Occidentales. D’après le témoignage d’une jeune Syrienne : « Quand elles nous arrêtent dans la rue, la plupart du temps, on ne sait même pas ce qu’elles veulent nous dire parce qu’elles ne parlent pas l’arabe ou presque pas ». Ces miliciennes se chargent aussi de faire respecter la séparation stricte entre les deux sexes dans les transports en commun, dans les écoles et dans les lieux publics, toute mixité étant bannie et sévèrement réprimée. » (6)

Et pour entendre une énième considération, écoutons ce que dit Manuel Gomez (7) : « Cela contrecarre la laïcité quand on porte le « voile » dans l’unique but de provoquer, justement les lois laïques. »

Mais nous ne terminerons pas notre réflexion sans nous intéresser au harcèlement sexuel qui est une plaie quotidienne pour les femmes du monde arabe. En arabe, le harcèlement sexuel se dit taharrush.
Shahinaz Abdel Salam, une des blogueuses–icônes de la révolution de 2011 en Égypte, se souvient des balbutiements de cette expression : « Elle faisait partie des thèmes sociaux pas frontalement politiques qu’on avait le droit d’aborder sans être trop inquiétées, et c’est un avantage énorme que nous avons toujours aujourd’hui, face au régime de Sissi. Mais, à l’origine, on était très seules sur ce combat. » En 2010, au Caire, lors d’une manifestation, une gamine avait été violée. Ayant porté plainte, elle fut éjectée du commissariat sous les cris de « Sharmouta", ce qui signifie « pute » en arabe égyptien et levantin. Aujourd’hui, de nombreux groupes étudiants ou associations ont émergé pour lutter contre ce fléau, comptabilisant près d’une centaine d’organisations réparties partout en Égypte et provoquant une incontestable libération de la parole sur ce sujet. Dans un entretien à Causette, l’intellectuelle féministe americano-égyptienne Mona Eltahawy parle même d’une révolution sexuelle « déjà commencée. »

Face à ces quelques témoignages choisis parmi ceux qui émergent par dizaines, voire par centaines ou par milliers, jour après jour, continuer à penser que dans la majorité des cas le voile islamique n’est pas utilisé comme une arme de propagande visant à assurer à l’islam extrémiste une visibilité omniprésente et ainsi à exacerber le ressentiment et le rejet de ceux qui combattent cette forme de fascisme est un refus de voire la vérité en face ?
Interdire le port du voile dans tous les lieux publics permettrait peut-être à la masse des agnostiques et des athées d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient d’occuper la place qui leur revient tant dans l’espace public que politique.
La requalification en termes religieux des immigrés a des conséquences politiques catastrophiques. Les organisations des droits humains vont maintenant jusqu’à parler, comme si ça allait de soi, des « droits humains musulmans », « droits humains sikhs », « droits humains hindous »...Marieme Hélie Lucas conclut : « On croit rêver devant un tel recul conjoint de l’universalité des droits et de la laïcité. Par son silence sur la nature politique de l’extrême droite religieuse intégriste, la gauche a fait le lit des intégristes musulmans en Europe, et les organisations des droits humains leur ont donné une plate-forme politique en les présentant exclusivement comme des victimes des violences d’États et, un comble comme des défenseurs des droits ! »

N’est-il pas plus que temps que nous exigions de nos dirigeants et de nos représentants qu’ils abandonnent leurs querelles intestino-politico-carriéristes pour enfin penser au bonheur de celles et ceux qu’ils sont censés représenter ? Marieme Hélie Lucas (1) constate que la gauche soutient généralement le « droit au voile », plus que celui de n’être pas voilée, le droit à être protégée dans ses croyances religieuses plutôt que le droit être athée, ou dans ses pratiques culturelles plutôt que dans l’application de nos droits universels, etc. " Ce sont l’une des prises de positions politiques et des choix de solidarité ignominieux, dont j’espère, la gauche devra rendre compte devant l’Histoire. » (Marieme Hélie Lucas fait ici référence à la France mais sa réflexion s’adresse à toutes les gauches de l’Occident).

Quand en Iran, en Égypte, en Algérie, et partout où l’islam intégriste instille son fascisme nauséabond et mortifère, avons-nous le droit de nous boucher les oreilles et de ne pas entendre les cris de désespoir et les appels au secours de celles qui réclament le droit à la vie, à la reconnaissance, à la liberté d’expression et pour lesquelles le premier signe d’espoir serait peut-être de pouvoir, en toute légalité et en toute liberté, arracher ce colifichet symbolique qui actuellement les désigne comme des sous-êtres et des esclaves ? N’avez vous plus en tête ces souvenirs de jeunes femmes vitriolées ou brûlées vives par leurs "grands frères" parce qu’elles avaient osé enfreindre le port du voile. Liberté ou soumission ?

Mais rien ne vous oblige de penser comme nous.

(1). La sociologue algérienne, Marieme Hélie Lucas, fondatrice et ex-coordinatrice internationale du réseau de solidarité Women Living Under Muslim Laws, à l’origine du réseau international Secularism is a Women’s Issue qu’elle coordonne également, nous rappelle que depuis les années 1990, en Algérie, on qualifie l’intégrisme musulman de « fascisme » d’« islamo-fascisme » ou encore de « fascisme vert ». Dans un entretien accordé à Charlie Hebdo (numéro 1226 du 20 janvier 2016) elle insiste sur le fait que ces expressions n’ont pas été inventées par une extrême droite xénophobe, mais par les démocrates algériens combattants le FIS, le GIA et autres. Depuis plus de 20 ans elle pointe les points de convergence idéologique entre nazisme, fascisme et intégrisme musulman (mais on pourrait y ajouter les intégrismes hindouistes, juifs, bouddhistes). Tous, dit-elle, s’estiment d’une race supérieure, émanant d’un passé mythique qui leur donne le droit et le devoir d’éliminer physiquement tout Untermersch : juifs, communistes, gays, déficients mentaux – en y ajoutant maintenant les kafir, c’est-à-dire les mécréants. Tous, ajoute-t-elle veulent les femmes à leur place : l’église (traduisez la mosquée), la cuisine et le berceau. Et de nous exhorter : « Il faut sortir du déni et, d’urgence, reconnaître la nature politique d’extrême droite de l’intégrisme musulman, et il faut que ce soit la gauche qui le crie haut et fort, avec nous les anti-intégristes, pour ne pas laisser à l’extrême droite xénophobe le monopole du discours stigmatisant sur les musulmans qui aboutira nécessairement à des pogroms antibronzés. Un rêve pour les intégristes, qui n’accordent guère de valeur à la vie humaine et qui y verront l’opportunité de recruter et d’accroître leurs troupes ! » Le dernier livre de Marieme Hélie Lucas, édité par l’auteure : "The Struggle for Secularism in Europe and North America : women from migrant descent facing the rise of fundamentalism" sera bientôt traduit en français.

(2) Le Vif.be (http://www.levif.be/actualite/belgique/sur-la-laicite-le-ps-risque-une-e...) : "Sur la laïcité, le PS risque une erreur stratégique" par Nicolas De Decker, journaliste).

(3) Abnousse Shalmani - Khomeiny, Sade et moi - Grasset.

(4) Lydia Guirous - Allah est grand, la République aussi - JT Lattès.

(5) Camille Desmoulins (il s’agit probablement d’un pseudonyme) - L’islam au feu rouge - Le poing sur la table -éditions du Cerf.

(6) Jean Luizard -Le piège Daech, L’État islamique ou le retour de l’Histoire - Éditions La Découverte.

(7) Manuel Gomez est né à Alger le 17 novembre 1941. Il a été engagé comme journaliste pigiste par Albert Camus dans le quotidien Alger–Républicain, puis chef de rubrique à La Dépêche Algérie. Il a poursuivi sa carrière en France, après 1962, comme chef de rubrique dans le quotidien L’Aurore, également comme rédacteur à Paris–Turf et correspondant du quotidien Le Méridional.