Subscribe to SIAWI content updates by Email
Accueil > Uncategorised > Allemagne : Reconnaissance du génocide arménien-« Une brèche importante dans le (...)

Allemagne : Reconnaissance du génocide arménien-« Une brèche importante dans le négationnisme turc »

vendredi 3 juin 2016, par siawi3

Source : http://www.lorientlejour.com/article/989264/-une-breche-importante-dans-le-negationnisme-turc-.html

3 juin 2016

Photo : Lors du vote des députés allemands, des personnes présentes dans le public ont brandi des panneaux sur lesquels on pouvait lire « Danke » (merci). Odd Andersen/AFP

Interview :

Vicken Cheterian, analyste politique et auteur de « L’histoire du génocide arménien », répond aux questions de « L’Orient-le Jour ».

Propos recueillis par Louis WITTER , OLJ
03/06/2016

Les députés allemands ont adopté hier une résolution reconnaissant le génocide arménien, qui a eu lieu entre 1915 et 1917 en Turquie. Après ce vote, l’ambassadeur turc en Allemagne a été rappelé par Ankara. Vicken Cheterian, analyste politique né au Liban et vivant à Genève, et auteur de L’histoire du génocide arménien, répond aux questions de L’Orient-Le Jour.

Pourquoi a-t-il fallu attendre si longtemps pour que l’Allemagne reconnaisse le génocide arménien ?
C’est déjà une première interrogation importante. Pendant une très longue période en Allemagne, l’idée même d’un débat sur le génocide arménien a été rejetée par une partie des politiques. Ce qui a fait avancer les choses, je pense, c’est le progrès qu’il y a eu dans les échanges entre les intellectuels arméniens et les intellectuels turcs, qui eux se sont mobilisés sur cette question. Mais cette période a laissé l’Allemagne très en retard tant au niveau intellectuel qu’au niveau politique sur le sujet de la reconnaissance du génocide arménien. Quand on compare par exemple avec les autres pays qui l’ont reconnu depuis plusieurs années, ce retard se devait d’être rattrapé et voilà qui est fait aujourd’hui. Il faut tout de même rappeler les événements historiques et les liens de l’Allemagne avec ce génocide. À l’époque des massacres entre 1915 et 1917, l’Arménie ottomane était sous commandement militaire allemand. Des officiers allemands étaient directement impliqués dans les actions de l’armée ottomane. Ils avaient donc le pouvoir, s’ils le voulaient, de stopper les déportations et les massacres. À ce moment, il faut le dire, les officiers allemands ont collaboré et, plus que ça, ont encouragé les criminels à l’origine de ce génocide.

Le nombre d’habitants d’origine turque en Allemagne est estimé à plus de trois millions de personnes. Comment vont-ils réagir ?
Je ne pense pas qu’il y ait une opinion turque, seule et isolée, en Allemagne. Les avis divergent, il y a des Turcs, des Kurdes, c’est donc une opinion très éparpillée. En revanche, je pense qu’il est absolument nécessaire aujourd’hui avec cette reconnaissance du génocide arménien d’engager cette partie de la population allemande d’origine turque dans cette décision. Car, mine de rien, tout le travail n’est pas encore fait. Une grosse partie de la population est consciente et participe au débat, mais une autre non. Pas uniquement sur le génocide en lui-même, mais également sur les conséquences et les traces encore évidentes des crimes perpétrés à l’encontre de la communauté arménienne. Pour cette population immigrée d’origine turque, le débat est extrêmement important en Allemagne et pourrait générer une pression sur les autorités turques, dans le futur.

La Turquie a rappelé son ambassadeur en Allemagne immédiatement après les résultats de ce vote au Bundestag. Qu’est-ce que l’Allemagne peut craindre comme représailles de la part de la Turquie, alors qu’elle porte en ce moment même l’accord migratoire avec Ankara ?
Si on regarde l’histoire, la Turquie rappelle très souvent son ambassadeur d’un pays à chaque fois que celui-ci reconnaît le génocide arménien ou commence à entamer un dialogue à ce sujet. C’est une stratégie politique et diplomatique. Mais si l’on prend du recul, sur le long terme les relations économiques ne se dégraderont pas entre la Turquie et l’Allemagne. Cela sera très sûrement la même chose qu’avec la France, le même scénario. Aujourd’hui, la Turquie n’est clairement pas en position de force vis-à-vis de l’Allemagne, encore moins lorsqu’il s’agit de couper les relations économiques et financières avec elle. La Turquie est trop dépendante de l’Allemagne pour cela, alors que l’Allemagne, elle, n’est pas dépendante de la Turquie.

Quels pays pourraient talonner l’Allemagne sur la question de la reconnaissance du génocide arménien ?
Pour le moment, la reconnaissance par l’Allemagne du génocide arménien est une bonne chose. Cette décision d’aujourd’hui est absolument importante car elle pourra sûrement permettre de casser le discours turc et de le fracturer. Cet acte ouvre une brèche importante dans le négationnisme turc. Car si l’Allemagne, alliée de l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale, reconnaît le génocide, comme tel, la Turquie se retrouve totalement désarmée pour poursuivre sa politique de négation.

°°°

Source : http://www.lorientlejour.com/article/989133/le-vote-sur-le-genocide-armenien-un-test-damitie-entre-ankara-et-berlin.html

3 juin 2016

Fureur turque après la reconnaissance du génocide arménien par les députés allemands

Ankara rappelle son ambassadeur à Berlin et menace d’une riposte en pleine crise migratoire.

OLJ/AFP

02/06/2016

La Turquie a réagi avec colère jeudi à l’adoption à la quasi-unanimité par les députés allemands d’une résolution qui reconnaît le génocide arménien, rappelant son ambassadeur à Berlin et menaçant d’une riposte en pleine crise migratoire.

Ce vote complique des relations déjà tendues avec Ankara notamment sur l’application d’un accord controversé entre l’Union européenne et la Turquie, porté par Berlin, qui a permis de considérablement réduire l’afflux de migrants en Europe. Partenaire incontournable sur ce dossier, la Turquie menace de ne pas appliquer ce pacte, faute d’obtenir à ses conditions une exemption de visas Schengen pour ses citoyens.

"Cette résolution va sérieusement affecter les liens turco-allemands", a averti jeudi après le vote le président turc Recep Tayyip Erdogan qui effectuait une visite au Kenya. Il a promis que des "démarches" seraient entreprises à son retour en Turquie.

Le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a de son côté annoncé le rappel "pour des consultations" de l’ambassadeur de Turquie en Allemagne, tandis que le porte-parole du gouvernement a qualifié d’"erreur historique" le vote du Bundestag.

La chancelière allemande Angela Merkel a quant à elle souligné peu après le vote auquel elle n’a pas participé que son gouvernement voulait favoriser "le dialogue entre l’Arménie et la Turquie" et que les trois millions de personnes d’origine turque vivant en Allemagne en "étaient et restaient" des citoyens à part entière.

Menaces de mort
Le Bundestag, la chambre basse du Parlement allemand, a adopté la résolution intitulée "Souvenir et commémoration du génocide des Arméniens et d’autres minorités chrétiennes il y a 101 ans" à la quasi-unanimité des députés présents (une voix contre et une abstention) à la mi-journée. Des personnes présentes dans le public ont alors brandi des panneaux sur lesquels on pouvait lire "Danke" (merci).
Juste après le vote, l’Arménie a salué "un apport appréciable de l’Allemagne à la reconnaissance et à la condamnation internationale du génocide arménien".

A l’ouverture des débats au Bundestag, son président, Norbert Lammert, a souligné que cette assemblée n’était pas "un tribunal" ni une "commission d’historiens" mais que les députés allemands prenaient "leurs responsabilités" en se prononçant sur une telle résolution.
Il a déploré les "nombreuses menaces, y compris de mort" ayant visé certains députés en amont de ce débat, notamment les élus ayant des origines turques.
La majorité des orateurs a pris soin de souligner que cette résolution ne visait pas les autorités turques actuelles mais le gouvernement Jeune Turc de l’époque, responsable des massacres de 1915.

Le texte dénonce en outre "le rôle déplorable du Reich allemand qui, en tant que principal allié militaire de l’empire ottoman (...) n’a rien entrepris pour arrêter ce crime contre l’Humanité".
Mme Merkel n’a pas assisté aux débats mais, au cours d’un vote-test au sein du groupe parlementaire conservateur, elle avait soutenu la résolution.

"Perturbations durables"
L’un des responsables du groupe d’opposition de la gauche radicale Die Linke, Gregor Gysi, a critiqué l’absence de la chancelière, comme du reste celle du vice-chancelier et chef du SPD (parti social-démocrate), Sigmar Gabriel : "Ce n’est pas particulièrement courageux", a-t-il dit.

Les remous causés par la résolution inquiétaient avant même le vote le ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier et son porte-parole a dit mercredi "espérer" que le texte ne provoquerait pas de "perturbations durables dans les relations avec la Turquie".

La résolution du Bundestag constitue un pas supplémentaire vers une reconnaissance officielle en Allemagne du génocide des Arméniens, après que le président allemand a, le premier, utilisé le terme de génocide pour qualifier les massacres ayant visé les Arméniens en 1915. Mais le texte n’engage pas le gouvernement de Mme Merkel.

Les Arméniens estiment qu’un million et demi des leurs ont été tués de manière systématique à la fin de l’Empire ottoman. Nombre d’historiens et plus de vingt pays, dont la France, l’Italie et la Russie, ont reconnu qu’il y avait eu un génocide.
La Turquie affirme pour sa part qu’il s’agissait d’une guerre civile, doublée d’une famine, dans laquelle 300.000 à 500.000 Arméniens et autant de Turcs ont trouvé la mort.