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Un baiser en public est plus dangereux au Bangladesh que le lynchage à mort de blogueurs

jeudi 16 juin 2016, par siawi3

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Source : http://solidairesathees.blogspot.fr/

Un baiser en public est plus dangereux au Bangladesh que le lynchage à mort de blogueurs : Shammi Haque et Ananya Azad.

Source : Times of India Pryianka Dasgupta| Feb 14, 2016, Kolkata, Inde. http://timesofindia.indiatimes.com/city/kolkata/Public-kissing-is-more-offensive-in-Bangladesh-than-lynching-bloggers-to-death-Shammi-Haque/articleshow/50979362.cms

Cela fait plus de cinq mois que Shammi Haque, blogueuse de 22 ans a commencé à vivre en exil en Allemagne. Blogueuse athée, Haque est maintenant la cible des fondamentalistes au Bangladesh qui sont opposés à l’idée de célébrer la Saint valentin ou "Kiss of Love day" à Dhaka. Un des leaders politiques locaux a même organisé une collecte de fonds pour aller en Allemagne et la violer.

Effrayée mais pas engourdie, Shammi Haque continue son blog et est convaincue que le jour de la Saint Valentin pourra se tenir un jour au Bangladesh. Ce qui fait son bonheur présentement, c’est le fait que les étudiants de l’Université Jadavpur lui ont envoyé des lettres de solidarité et des vidéos montrant comment ils ont organisé un événement similaire à Kolkata en Inde.

Shammi Haque a réalisé cette interview à partir d’un lieu inconnu en Allemagne : "la police du Bangladesh n’a pas explicitement formulé que les couples seraient arrêtés s’ils s’embrassaient en public. Mais au fil des ans, nous avons vu comment ils ont harcelé les couples, même quand ils voulaient simplement faire une promenade dans un parc. Notre "Kiss of Love day" est une protestation contre de telles oppressions".

Shammi Haque et son partenaire, Ananya Azad, qui a reçu des menaces de mort affirmant qu’il serait éliminé en février de cette année, font de leur mieux pour mobiliser un soutien pour l’événement par leur présence en ligne. Mais aucun d’eux ne peut risquer d’aller à Dhaka maintenant. Shammi Haque avait voulu aller à Dhaka pour la Saint Valentin. "Mais après avoir entendu qu’une personne avait mis ma tête à prix pour 1 millions de roupies (10 lakhs), j’ai décidé de changer mes plans, » dit-elle.
Les menaces, confie Shammi Haque, augmentent de jour en jour. Alors que les gens lui envoyaient d’abord leurs mails haineux, aujourd’hui, la haine est plus directe. "Je suis choquée quand j’entends qu’il a été prévu de recueillir des fonds afin d’acheter un billet d’avion pour quelqu’un puisse être envoyé en Allemagne pour me violer !" ajoute-t-elle.
Ananya Azad, pour sa part, insiste sur le fait qu’au Bangladesh qui est un « pays laïque et démocrate », tout le monde devrait avoir le droit de dire ce qu’il / elle veut. "Il parait juste que tout le monde ait le droit de prendre la parole ou de pouvoir fournir des contre-arguments à chacun. Mais personne n’a le droit de tuer, de harceler ou de torturer quelqu’un juste parce qu’ils s’expriment défavorablement envers certains courants d’opinions ou favorisent l’émergence de nouvelles idées », souligne Ananya Azad.

Le Times of india lui a enfin transmis ces deux questions : "N’y a-t-il pas d’autres options pour afficher son athéisme que la défense de la Saint Valentin ? Que diriez-vous d’écrire contre le terrorisme ?"
Ce qui a intrigué le couple est que les gens, même soi-disant progressistes les ont fustigé en faisant valoir que les baisers en public ne correspondent pas à la philosophie de la culture bengali. Mais Ananya Azad a vivement réfuté cet argument en soulignant que ce qui apparait le plus étrange est que son pays se soit lui-même transformé en un lieu où il n’est pas normal d’embrasser quelqu’un en public, mais où il est parfaitement admis que des gens tuent un homme ou violent une femme au nom de la religion !
"Un baiser public, pour eux, est plus dangereux que le lynchage à mort en plein jour.."

Haque et Azad affirment que l’intolérance au Bangladesh exacerbe des points de vue opposés à leur vision du monde, et qu’écrire sur le terrorisme c’est avant tout écrire sur l’éthos qui le nourrit. A la question de savoir s’ils sont conscients du débat sur l’intolérance en Inde ? Shammi Haque rétorque : "L’Inde n’est pas non plus une nation tolérante. La liberté totale de parole, ne peut également y être exercée".