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Bangladesh : des assassinats qui ne doivent pas "cacher une forêt" de meurtres...

vendredi 17 juin 2016, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : http://solidairesathees.blogspot.fr/

14 May 2016

Source :https://gmablog.org/2016/05/08/bangladesh-under-blasphemy-law-witnessing-horror-in-fathers-dream-land/

Dernièrement l’indifférence quant au sort des libres-penseurs et autres dissidents du Bangladesh a commencé à se fissurer un petit peu. Le New-York-Times s’est fendu d’un éditorial et John Kerry a même proposé l’aide des Etats-Unis pour l’enquête concernant l’assassinat, le 25 avril, de deux activistes LGBT, dont l’un travaillait à l’ambassade américaine. Mais, comme le rappelle l’universitaire et activiste Rumana Hashem, cette série d’assassinats n’est que la partie immergée de l’iceberg.

Nous traduisons ici un court extrait de son texte Witnessing Horror in Father’s Dream Land : Tribute to a Believer in Free Speech publié sur le site Global minorities alliance (à l’occasion du premier anniversaire de l’assassinat du bloggeur Ananta Bijoy) . Ainsi, alors qu’on rapporte uniquement médiatiquement et à l’international les assassinats de nos camarades présents sur la liste de 84 « bloggeurs athées » publiée en 2013 par le Hefazat-e-Islam, ce sont de bien plus nombreuses personnes qui sont visées et mises à morts par les intégristes et autres.

« Un rapport publié dans le quotidien Kaler Kontho a révélé qu’il y a eu prés de 1500 meurtres ces quatre derniers mois qui n’ont pas été couverts par la presse nationale ou internationale. Le rapport montre qu’il y eu 307 assassinats pour le seul mois de mars 2016. Le journal est, comme presque tout le monde, obsédé par la hiérarchie et ne mentionne pas de nombreux cas. Des meurtres odieux, comme celui de Abadur Razzak, un pisciculteur, dont le corps a été découvert mardi dernier au petit matin à côté de la gare de Yasinpur, sont monnaie courante et ne sont même pas recensés.

Le rapport publié dans Kaler Kontho cite des sociologues, psychologues, criminologues et activistes des droits humains bangladais qui pensent que ces assassinats sont une conséquence d’une culture de la violence et agissent en retour en nourrissant une culture d’impunité. Quoi que le journal, vu la situation actuelle de la liberté d’expression et les restrictions de l’activité de la presse, hésite à le dire ouvertement, ces centaines de meurtres sont liés au militarisme, aux crimes de haines et à la violence religieuse. Le rapport précise que ces assassinats ont lieu du fait de la faiblesse de la démocratie en général. Le rapport montre aussi que ces meurtres résultent de lois arbitraires qui opèrent de différentes manières au service d’objectifs variés des différents détenteurs de pouvoir.

Tout cela arrive dans un pays pour lequel beaucoup de nos pères et oncles se sont battus, en abandonnant toute famille et vie personnelle pendant des mois. Nos pères se sont battus pour libérer le Bangladesh de l’oppression des militaires et de l’extrême droite en 1971. Issue de la génération des survivants de la guerre, je tends à considérer que la lutte pour la libération a perdu tout sens sous le régime de l’Awami League, qui se prétend pro-libération. »

Rumana Hashem est une féministe et sociologue Bangladeshie. Elle est chercheuse en post-doctorat, actuellement basée au Centre de recherche sur les migrations, les réfugiés et les origines au Royaume-Uni. Elle poursuit ses recherches et a publié de nombreux articles sur le nettoyage ethnique et la violence sexiste, les mouvements sociaux pour la liberté d’expression, et sur la laïcité et la montée des crimes haineux au Bangladesh. Elle est surtout connue pour son engagement avec les organisations populaires et son activisme pour les droits des femmes, les droits des minorités, des travailleurs et des mouvements environnementaux.