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USA : Derrière la tuerie d’Orlando, les nouvelles menaces de Daech

mardi 14 juin 2016, par siawi3

Source : http://www.la-croix.com/Monde/Derriere-tuerie-Orlando-nouvelles-menaces-Daech-2016-06-13-1200768335

Flore Thomasset et Agnès Rotivel,

le 13/06/2016 à 17h22

Des questions se posent sur les liens éventuels d’Omar Seddique Mateen, l’auteur de la fusillade qui a fait au moins 50 morts dans une boîte de nuit gay d’Orlando en Floride, avec Daech.

Les services de renseignements observent que Daech est capable d’inspirer des attaques par des personnes ou des petits groupes autoradicalisés.

Le 13 juin, sur les lieux de la fusillade, à Orlando, en Floride.
ZOOM

Le 13 juin, sur les lieux de la fusillade, à Orlando, en Floride. / George Wilson/dpa Picture-Alliance/AFP
Que sait-on de l’auteur de la fusillade, Omar Seddique Mateen ?

Qu’avait en tête le jeune homme de 29 ans, né à New York en 1986 de parents afghans, lorsqu’il s’est engouffré armé d’un fusil d’assaut dans le Pulse, cette boîte gay d’Orlando où les balles ont raflé dimanche 12 juin 50 vies – dont la sienne – et fait 53 blessés ?

Le jeune homme est décrit par ses proches comme impulsif et instable. Mais sa famille jure que son acte n’était en rien lié à la religion. Évoquant un passé marqué par les violences conjugales, son ex-compagne ne l’avait jamais entendu soutenir le terrorisme.

Pourtant le FBI, qui a ouvert une enquête pour « terrorisme », le soupçonne d’avoir prêté « allégeance » à Daech dans un appel qu’il a passé aux services d’urgences, 911, quelques instants avant le massacre. Lundi 13 juin, dans un bulletin de sa radio officielle Al-Bayan, Daech a revendiqué la fusillade d’Orlando, commise par « un soldat du califat ».

Le jeune homme était connu de la police fédérale qui l’avait interrogé à trois reprises dans le cadre de deux enquêtes pour « d’éventuels liens avec des terroristes ». La première, en 2013, pour des propos radicaux qu’il aurait tenus sur son lieu de travail, l’entreprise britannique G4S, l’une des plus importantes sociétés de sécurité au monde dans laquelle il travaillait depuis 2007. Après enquête auprès de collègues, surveillance et vérifications, le FBI n’a pas pu établir qu’il avait tenu ces propos et a classé le dossier. Un an plus tard, il était à nouveau interrogé au sujet de ses liens avec Moner Mohammad Abusalha, un Américain de Floride qui a rejoint Daech avant de mourir dans un attentat-suicide en 2014. Le FBI a alors estimé que le contact entre les deux hommes était « minimal » et ne « constituait pas une relation significative ou une menace ». Le dossier a été fermé.
Y a-t-il un lien entre la perte de terrain de Daech en Syrie, Irak et Libye, et les attentats commis en Occident ?

Les offensives militaires contre Daech se multiplient en Syrie, en Irak et en Libye, où l’organisation recule. En Syrie, les combats se rapprochent de Rakka, fief de Daech. En Irak, l’offensive menée par l’armée irakienne et ses milices, depuis le 23 mai, avec l’aide des États-Unis, se concentre sur Falloudja, dernier bastion djihadiste dans la province d’Al-Anbar. En Libye, les forces gouvernementales tentent de reprendre Syrte à Daech.

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Le lien de cause à effet entre cette perte de terrain de Daech et les attentats en Occident n’est toutefois pas avéré, même si Daech a toujours des candidats prêts à perpétrer des attentats-suicides pour son compte en Occident. Omar Seddique Mateen est-il de ceux-là ? Cherchait-il à se faire de la publicité ou à obtenir l’approbation du groupe djihadiste pour un acte motivé par la haine des homosexuels ? Prêter allégeance publiquement à l’organisation est la seule exigence imposée par Daech à ceux qui veulent commettre des actes de terreur en son nom. Dans son discours annuel, le mois dernier, le porte-parole du groupe, Abu Muhammad Al Adnani, a incité ses partisans à commettre des assassinats pendant le Ramadan. Prétextant que « la plus petite des actions que vous pouvez commettre au centre de leur pays est plus chère à nos yeux que les actions plus larges que nous menons, plus efficace, et elle leur est plus préjudiciable ». Il avait ajouté : « Ne demandez la permission à personne. »

Sans forcément avoir de lien avec Daech, la haine qu’il déverse sur les réseaux sociaux envers les homosexuels a probablement rejoint celle d’Omar Seddique Mateen pour cette communauté. Sans attendre l’autorisation, ce « loup solitaire », sans doute, n’a pas hésité à prendre les armes contre elle.
Comment se protéger face aux nouvelles menaces ?

La menace terroriste est de deux natures. La première, la plus ancienne, provient des combattants occidentaux qui ont rejoint Daech, s’y sont formés, puis sont rentrés en Europe à l’insu des services de renseignements. L’organisation a constitué avec eux des « cellules dormantes » qu’elle pourrait activer directement. Cela concernerait quelques dizaines ou centaines d’individus.

Mais les services savent aussi qu’ils doivent faire face à un autre type de menace, beaucoup plus diffuse. Le nombre de départs de combattants occidentaux vers la Syrie ayant tendance à stagner voire à baisser, des candidats pourraient choisir de passer directement à l’acte sur le territoire européen, sans avoir fait le détour par la case syrienne. « Des appels sont lancés depuis la Syrie par des gens à certains de leurs amis qui se trouvent sur notre territoire afin qu’ils y commettent des actions », signalait Patrick Calvar, directeur général de la sécurité intérieure, lors d’une audition au Sénat le 10 mai. Avant d’ajouter : « Je rappelle également que la revue en anglais d’Al-Qaida pour la péninsule arabique, Inspire, enjoignait à ses partisans de ne pas se rendre sur place mais de frapper depuis l’endroit où ils se trouvaient en utilisant tous les moyens à leur disposition. »

Un constat partagé par le département d’État américain, qui expliquait dans son rapport annuel sur le terrorisme, début juin, qu’« au-delà des groupes affiliés, Daech est capable d’inspirer des attaques par des personnes ou des petits groupes autoradicalisés ». C’est ainsi toute une masse de sympathisants et de proches de combattants plus ou moins acquis à la « cause » qu’il convient de surveiller. De quelques dizaines de personnes, on passe alors à plusieurs milliers. « La question relative à la menace n’est pas de savoir “si”, mais “quand” et “où” », concluait Patrick Calvar.


Les dernières attaques liées à la mouvance islamiste aux États-Unis

2 décembre 2015. Un couple ouvre le feu lors d’un repas de Noël pour des personnels de santé à San Bernardino (Californie) et tue 14 personnes. Les tueurs – une Pakistanaise et un Américain –, seront salués comme des« soldats » par Daech, qui ne revendique pas l’attentat.

3 mai 2015. La police tue deux hommes qui ont ouvert le feu au Texas, près d’un centre abritant un concours de caricatures de Mohammed. Un homme se revendiquant de Daech aurait affirmé sur Twitter que deux sympathisants de l’organisation avaient perpétré l’attaque. Le ministre de la défense indique qu’elle semble avoir été « inspirée » mais non « pilotée » par Daech.

15 avril 2013. Deux frères musulmans d’origine tchétchène font exploser deux bombes lors du marathon de Boston, faisant trois morts. Arrêté après le décès de son frère, Djokhar Tsarnaev a été condamné à mort. L’attentat, non revendiqué, a été salué par plusieurs groupes islamistes.