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France : L’argent du Qatar empêche-t-il la France d’identifier les intégristes musulmans ?

vendredi 17 juin 2016, par siawi3

Source : http://www.lemonde.fr/idees/article/2012/03/30/le-qatar-et-son-drole-de-predicateur_1678244_3232.html

Le Qatar et son drôle de prédicateur

30.03.2012

Caroline Fourest

Youssef Al-Qaradaoui était attendu comme le messie au congrès annuel de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF). Cette mouvance sous tutelle idéologique des Frères musulmans a considérablement élargi son audience depuis sa reconnaissance institutionnelle par Nicolas Sarkozy au sein du Conseil français du culte musulman (CFCM). Leur mentor vient régulièrement en France. Ce ne sera pas le cas cette année. En raison du contexte dramatique et de l’alerte publique lancée par le journaliste Mohamed Sifaoui. Sous pression, les autorités françaises ont dû le déclarer persona non grata.

Est-il, comme le décrit le communiqué de l’UOIF, un « homme de paix et de tolérance », ou bien un prédicateur incitant à la haine ? Il suffit d’écouter son émission sur la chaîne Al-Jazira ou de lire ses livres pour se faire une idée. De fatwa en consigne, Youssef Al-Qaradaoui justifie de battre sa femme si elle se montre insoumise, admet que l’on puisse brûler les homosexuels pour « épurer la société islamique de ces êtres nocifs », et autorise les attentats kamikazes.

Il est convaincu que le « seul dialogue avec les juifs passe par le sabre et le fusil »et se félicite qu’Hitler ait su les « remettre à leur place ». Avant de poursuivre :« C’était un châtiment divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des croyants (musulmans). » Il se montre tout aussi impitoyable envers les « ennemis de l’islam » et autorise à les « tuer ». Autant dire que Mohamed Merah aurait approuvé.

Malgré ces sermons, des journalistes et des chercheurs complaisants qualifient parfois le téléprédicateur de « centre en islam », voire de « juste milieu ». Ce qui dénote une vision pour le moins paternaliste et caricaturale de la religion musulmane.

A moins qu’elle ne témoigne d’une forme de bienveillance envers son parrain : le Qatar, avec qui l’UMP, des politiques français et des investisseurs entretiennent les meilleures relations. Le petit émirat s’y connaît en lobbying, mais il présente surtout l’avantage d’offrir un partenaire arabe indispensable lorsque la France et les Etats-Unis souhaitent défaire – à juste titre – des tyrans comme Mouammar Kadhafi ou Bachar Al-Assad. D’où l’ambiguïté, complexe à décrypter, du rôle joué par le Qatar.

D’un côté, il contribue au « printemps arabe » et à la démocratisation, nécessaire pour que les théocrates cessent d’apparaître comme la seule alternative possible aux dictateurs.

De l’autre, il finance les mouvements islamistes capables de profiter de cette démocratisation. Non pas les salafistes les plus caricaturaux (plutôt financés par des mécènes wahhabites), mais les plus stratèges. Comme le Front islamique du salut (FIS) algérien ou Ennahda en Tunisie.

Ces derniers ne veulent pas imposer la charia comme loi civile par la force, mais convaincre de cette nécessité, après avoir gagné la bataille culturelle contre la sécularisation. Reste que ce plan en « étapes » – credo des Frères musulmans – passe par le combat contre les musulmans laïques. Aucun calcul de « realpolitik » ne devrait conduire à les abandonner.

Ne parlons pas de l’islam de France, où rien ne justifie de considérer M. Qaradaoui et ses amis de l’UOIF comme un « juste milieu ». A moins de vouloir faire le jeu de l’intégrisme sous prétexte de lutter contre le djihadisme.

Photo : Tariq Ramadan, aux côtés de son référent théologique : Youssef al Qaradaoui et de Sheikha Mozah (l’une des épouses de l’émir du Qatar). A noter, le Qatar finance la chaire de Tariq Ramadan à l’université d’Oxford.