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Suisse : Inviter le loup dans la bergerie, ou un Frère Musulman dans une école genevoise

samedi 18 juin 2016, par siawi3

Source : https://www.letemps.ch/suisse/2016/06/09/hani-ramadan-invite-une-ecole-genevoise-parler-islamophobie

Hani Ramadan a été invité dans une école genevoise pour parler d’islamophobie

Laure Lugon Zugravu

Publié jeudi 9 juin 2016 à 18:26.

Le directeur du Centre islamique s’est exprimé dans une classe, alors qu’il avait été licencié de l’Instruction publique. Des parents sont inquiets et le Département déplore l’affaire

Emoi dans une école genevoise. Un hôte jugé indésirable par les autorités a été invité au Centre de la transition professionnelle de la Coulouvrenière pour parler d’islamophobie à des jeunes de quinze à dix-sept ans : Hani Ramadan, directeur du Centre islamique de Genève. A en croire des parents qui ont contacté le Temps, la bonne parole dispensée par le prédicateur à ces adolescents était plutôt choquante : « Je suis inquiète de ce que mon enfant m’a raconté, rapporte une mère. Hani Ramadan a comparé les femmes voilées à des perles protégées dans des coquillages, et les femmes non voilées à des euros qui passent d’une poche à l’autre. » Contacté, l’intéressé n’a pas retourné nos appels.

L’histoire prend sa source en début d’année, alors que l’enseignante s’inquiète de voir surgir des remarques désobligeantes sur l’identité, la couleur de peau ou l’appartenance religieuse des élèves. Elle aurait alors pris contact avec le Centre de conseils et d’appui pour les jeunes en matière de droits de l’homme (Codap), qui dépêche un intervenant pour leur parler laïcité. A cette occasion, les élèves sont invités à sortir de classe et à interroger les passants sur le thème de l’islamophobie. Cet intervenant aurait par la suite conseillé à l’enseignante d’inviter Hani Ramadan. Vendredi, le Codap a confirmé devoir être entendu par le Département de l’instruction publique pour tirer cette affaire au clair.

« Une initiative isolée »

Le jour où l’enseignante a mis en œuvre cette périlleuse idée, elle aurait peut-être mieux fait d’effectuer une brève recherche. Elle aurait appris que le prédicateur très controversé a été exclu par le Département de l’instruction publique (DIP) en 2003, le Conseil d’Etat concluant au licenciement en raison de la violation de son devoir de fidélité et de l’incompatibilité de ses fonctions ecclésiastiques avec le principe de laïcité. Elle aurait aussi appris qu’avec son frère Tariq, il est le petit-fils d’Hassan el-Banna, le fondateur en Égypte des Frères musulmans, qui ne sont pas exactement le produit de l’islam progressiste. Elle aurait dû, aussi, en informer son directeur.

« Il s’agit effectivement d’une initiative isolée d’une enseignante, au demeurant de bonne réputation, qui a cru bien faire en invitant Hani Ramadan à s’exprimer sur l’islamophobie en classe, note Pierre-Antoine Preti, porte-parole du DIP. A ce stade, l’enseignante a été convoquée par sa direction pour un entretien de service. » Le fait qu’elle n’ait pas averti sa hiérarchie pourrait lui être reproché, de même que l’absence de vérification quant à la notoriété de la personne ou encore son manque de discernement.

« Mon enfant a trouvé l’intervenant fascinant »

Qu’elle soit ou non objet d’une sanction ne change rien au malaise des parents, qui n’ont pas été avertis de cette curieuse initiative. Laquelle a manifestement fait grand effet sur les jeunes : « Mon enfant a trouvé l’intervenant fascinant, raconte cette maman, il m’a dit qu’il l’écouterait volontiers des heures durant ! Comme nos jeunes sont en recherche d’identité, c’est d’autant plus préoccupant. »

Un souci partagé par l’Instruction publique : « Le DIP déplore la présence d’Hani Ramadan face à des élèves, admet son porte-parole. D’abord, en raison de l’histoire de cette personne avec l’institution. Ensuite, à cause du rapport de Hani Ramadan au fait religieux. Hani Ramadan étant connu comme un prédicateur militant en faveur d’une conception particulière de l’islam, cette intervention unilatérale face à des élèves dans un cadre scolaire n’est pas compatible avec l’approche neutre et scientifique du fait religieux. Enfin, les positions publiques de Hani Ramadan sont incompatibles avec les valeurs et la mission de l’école publique. »

On se souvient que Hani Ramadan avait provoqué le tollé en jugeant la lapidation légitime – même si difficilement applicable – en cas d’adultère. Pierre-Antoine Preti conclut : « Hani Ramadan est une personnalité contestée qu’il n’est évidemment pas recommandé d’inviter en classe pour parler d’enjeux sensibles réclamant, dans le contexte actuel, de la distance et du sang-froid. »

Une chasse au délateur

Du sang-froid, c’est ce qui fait défaut à l’heure actuelle aux élèves de cette classe, que la maîtresse aurait mis au parfum de ses déboires : « Elle leur a dit qu’elle risquait de perdre son poste, relate la maman. Du coup, chacun soupçonne l’autre d’être à l’origine de la fuite. Et la suspicion se porte plus particulièrement sur l’un d’entre eux, considéré comme le « bourge » de la classe. » Une chose est sûre : malgré son entregent et sa faconde, le prédicateur ne sera pas parvenu à éradiquer les clichés sur les islamophobes.

JLaure Lugon Zugravu est journaliste enquêtrice à la rédaction de Genève