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Avec les attentats de Qaa, le Liban face à une nouvelle étape incertaine

mercredi 29 juin 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2016/06/27/01003-20160627ARTFIG00276-une-serie-d-attentats-suicide-endeuillent-un-village-chretien-au-liban.php

Une série d’attentats suicide endeuillent un village chrétien au Liban

Par Edouard de Mareschal
Mis à jour le 27/06/2016 à 23:11 Publié le 27/06/2016 à 18:58

VIDÉO - Quatre kamikazes se sont fait sauter lundi matin à al-Qaa dans la plaine de la Bekaa, non loin de la frontière syrienne. Dans la soirée, une seconde vague d’attentats frappait le même village. Au moins cinq personnes ont été tuées dans ces attaques qui n’ont pas été revendiquées.

Le Liban est à nouveau rattrapé par la violence du conflit syrien. Une série d’attentats suicide menés lundi matin par quatre kamikazes a coûté la vie à cinq personnes à al-Qaa, un village à majorité chrétienne dans l’est du pays. Autour de quatre heures du matin, deux villageois musulmans - un père et son fils - qui prenaient le repas de l’aube du ramadan ont entendu des bruits suspects à l’extérieur. « Ils ont vu deux rôdeurs qui prétendaient être des services de renseignements de l’armée, mais ils parlaient avec un accent syrien », raconte une personne proche de Monseigneur Grégoire III Laham, patriarche grec melkite de l’église orthodoxe. « Le fils est allé prendre son fusil de chasse, et a tiré en l’air pour les effrayer. C’est alors qu’un des terroristes s’est fait exploser. » Le père et son fils ont été blessés.

Puis un autre kamikaze a déclenché sa ceinture d’explosifs alors qu’un attroupement s’était formé sur le lieu de la première explosion. « Le chauffeur de notre ambulance qui était arrivé sur place pour évacuer les blessés a été tué sur le coup », nous explique le père Elian qui officie à al-Qaa. Puis dans la minutes qui ont suivi, un troisième kamikaze s’est fait exploser selon le même mode opératoire. « Nous avons poursuivi le quatrième assaillant et tiré sur lui avant qu’il ne se fasse sauter », a précisé le maire de al-Qaa, Bachir Matar. Au total, cinq personnes - quatre grecs catholiques et un maronite - ont été tuées dans ces attentats, qui ont par ailleurs fait 13 blessés dont un dans un état grave. Quatre blessés sont des soldats, a précisé l’armée.

Quelques heures plus tard, dans la soirée de lundi, le village était de nouveau frappé par trois attaques suicide commises par des kamikazes à moto, un devant l’église et les deux autres devant la mairie, selon une source sécuritaire. Il y a « de nombreux blessés », a déclaré la Croix-Rouge libanaise à la télévision libanaise LBC. Des combats ont éclaté à l’extérieur du village entre l’armée libanaise et des groupes armées.
Exportation du conflit syrien

L’attaque n’a pas été revendiquée, mais la méthode est typique des organisations terroristes comme l’État islamique et al-Qaïda. « Nous ne savons pas si l’attaque visait spécifiquement les chrétiens où l’armée libanaise », explique-t-on dans l’entourage du patriarche. « Il y a un convoi militaire qui quitte la ville tous les matins pour Beyrouth. Avec la déliquescence de nos institutions, l’armée et les forces de sécurité intérieure sont devenues les seules capables de combattre efficacement le terrorisme, elles sont donc des cibles prioritaires. »

Majoritairement chrétien, al-Qaa est situé sur le principal axe routier reliant la ville syrienne de Qousseir à la Bekaa libanaise. Le village compte un quartier peuplé de musulmans sunnites, tandis que des réfugiés syriens ont établi un camp à sa périphérie. « Voilà quatre ans et demi que les extrémistes nous menacent, ce qui s’est passé aujourd’hui était attendu », estime le père Elian.

LIRE AUSSI : Le Liban, dernier bastion des chrétiens en Orient

L’attaque a été condamnée par le mouvement chiite libanais Hezbollah, très présent dans la Bekaa et dont les hommes combattent aux côtés du régime syrien de Bachar al-Assad contre les rebelles et les djihadistes. « Ce crime est un acte de l’idéologie terroriste et obscurantiste qui se répand dans la région et menace le Liban et toutes ses composantes », a déclaré cette organisation. Pour le premier ministre libanais Tammam Salam, cette opération montre « les plans funestes visant le Liban et les risques qui menacent le pays ». Le chef de l’armée, le général Jean Kahwaji, a de son côté rendu hommage à al-Qaa et aux autres villages frontaliers qui « représentent la première ligne de défense du Liban face au terrorisme ». »

« Les casques bleus présents au Liban doivent se déployer au plus vite dans la vallée de la Becca. »
Monseigneur Pascal Gollnish, directeur de l’Oeuvre d’Orient

Les affrontements en Syrie débordent très régulièrement dans cette zone frontalière du Liban. L’armée libanaise a dû chasser plusieurs fois les groupes djihadistes d’al-Nosra et de l’Etat islamique. La tension a culminé en août 2014 lorsque les deux groupes islamistes ont enlevé une trentaine de soldats et policiers libanais, à Ersal, dans l’est du pays. 16 d’entre eux ont été libérés fin 2015 à l’issue de négociations longues et ardues menées par Beyrouth. « L’attentat de ce matin est un exemple grave de l’importation du conflit syrien au Liban », avertit Monseigneur Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient, une association d’aide aux chrétiens d’Orient « Les casques bleus présents au Liban doivent se déployer au plus vite dans la vallée de la Bekaa », poursuit-il. « Sans réaction internationale forte, ce type d’attentat va se multiplier et c’est tout le Liban qui risque de s’enflammer. »

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Source : http://www.lorientlejour.com/article/993857/avec-les-attentats-de-qaa-le-liban-face-a-une-nouvelle-etape-incertaine.html

Avec les attentats de Qaa, le Liban face à une nouvelle étape incertaine

Scarlett HADDAD

29/06/2016

Le double attentat de Qaa a soudain réveillé la léthargie libanaise, remettant la situation sécuritaire à l’ordre du jour. Au-delà de l’horreur de l’action, c’est surtout l’angoisse de ne pas comprendre les réelles motivations des assassins qui mine les habitants de la bourgade frontalière et les Libanais en général. La petite phrase du commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi, sur « les nouvelles méthodes d’action des terroristes » donne un indice sur le fait que le Liban se trouve au début d’une nouvelle phase.

Il est clair qu’après des mois de paix relative, les groupes armés actifs en Syrie et en Irak ont décidé d’utiliser directement le Liban comme une nouvelle scène de confrontation. En effet, selon une source sécuritaire bien informée, la méthode utilisée par les kamikazes à Qaa est similaire à celle utilisée en Syrie.

Les groupes commencent par envoyer plusieurs kamikazes, à pied ou dans des voitures piégées, qui se font sauter devant les lignes adverses, semant la terreur et la mort pour faciliter ensuite l’invasion d’une localité par un flot de combattants. C’est ce qui s’est passé dans certaines localités dans le rif sud d’Alep et qui a permis aux groupes rebelles de gagner du terrain tout en causant de grosses pertes dans les rangs adverses, bénéficiant eux-mêmes d’un inépuisable réservoir humain.

Selon la source sécuritaire précitée, l’enquête actuellement en cours n’a pas encore abouti ni éclairci tous les points obscurs de ces horribles attentats, mais certaines constatations peuvent déjà être faites. On ne sait pas encore ce que voulaient exactement faire les quatre premiers kamikazes tués à l’aube du lundi. Ils ont été tout simplement surpris par Chadi Mokalled. Le jeune homme finissait un repas tardif pour cause de jeûne du ramadan, lorsqu’il a entendu du bruit devant sa maison. Il a eu un premier échange avec les kamikazes, mais ceux-ci s’étaient ensuite cachés dans les champs proches, après s’être fait passer pour des agents des renseignements. Il a alors pris contact avec l’armée libanaise qui lui a affirmé qu’elle n’a pas d’éléments dans le coin ni de patrouille civile ou autre. Il a flairé le piège, mais il n’a rien pu faire. À l’aube, alors qu’il voulait se rendre dans les champs où il travaille à Qaa, il les a de nouveau aperçus. Il y a eu un échange de coups de feu et les fameuses explosions successives qui ont fait cinq morts parmi les habitants et plus d’une dizaine de blessés.

(Lire aussi : Le Liban officiel craint une nouvelle vague d’opérations terroristes)

La mission confiée aux quatre kamikazes n’a pas été déterminée et certains pensent que les explosifs n’étaient pas destinés à cette bourgade, les kamikazes ayant été pris de court par Chadi Mokalled. Par contre, l’attentat de lundi soir aux alentours de 22h ciblait réellement la bourgade et était destiné à narguer en quelque sorte tous ceux qui, tout au long de la journée de lundi, ont voulu exprimer leur solidarité avec les habitants de Qaa et les pousser à rester sur place et à ne pas avoir peur. Le message des agresseurs serait donc clair : nous pouvons atteindre Qaa quand nous voulons et toutes vos déclarations n’y changeront rien.

Quel que soit le groupe auquel ils appartiennent, les kamikazes ont en tout cas réussi un grand coup. Ils ont montré qu’en moins de 24 heures, ils peuvent envoyer dans une bourgade libanaise 8 d’entre eux qui parviennent à se faire sauter sur place. C’est une démonstration de force qui est en elle-même un message musclé à la fois aux civils et aux autorités. Les groupes rebelles actifs en Syrie souhaitaient-ils envahir la localité de Qaa et faire ainsi une intrusion dramatique au Liban ? L’enquête n’a pas encore réussi à préciser leurs mobiles, ni à deviner leur plan, mais la source sécuritaire précitée estime que le timing est en lui-même significatif.

(Lire aussi : À Qaa, l’armée ratisse les alentours et les habitant(e)s portent les armes)

La double agression de Qaa arrive à un moment où l’étau se resserre autour des combattants de Daech en Irak après la libération de Fallouja et en Syrie avec la contre-offensive de l’armée syrienne et de ses alliés autour d’Alep et dans la Ghouta (banlieue de Damas). Elle intervient aussi au lendemain du discours d’une grande violence prononcé par le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, vendredi dernier, dans lequel il a annoncé que « la grande bataille d’Alep » est imminente. Il est clair que cette bataille est un enjeu stratégique et déterminera les contours de la solution en Syrie. Il se pourrait, dans ce contexte, que l’organisation État islamique veuille empêcher le Hezbollah de mener cette bataille dans les prochaines semaines, l’heure d’une solution n’ayant pas encore sonné. Par conséquent, il aurait décidé de détourner son attention et ses forces, en créant des troubles au Liban.

Que Qaa soit la destination finale des kamikazes ou non (c’est l’enquête en cours qui devrait le déterminer, mais jusqu’à présent la source sécuritaire croit que le premier lot de kamikazes s’est introduit à Qaa parce que c’est un maillon faible, mais il souhaiterait avoir un accès à la mer par le Liban, selon un plan dénoncé par le commandant en chef de l’armée il y a déjà deux ans), le Liban pourrait bien être devant une nouvelle période de turbulences. C’est le moment de vérifier si le « parapluie international sécuritaire » est efficace ou non...

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