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France : Rendre les petites filles responsables des comportements déplacés des garçons

vendredi 22 juillet 2016, par siawi3

Source : http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20160720.OBS5006/ils-demandent-aux-fillettes-de-porter-un-short-sous-la-jupe-sexisme-ou-maladresse.html

Ils demandent aux fillettes de porter un short sous la jupe : sexisme ou maladresse ?

Un centre de loisirs demande de mettre "un short sous la jupe" de leur fille de 4 ans pour éviter "des situations complexes à gérer". Les parents s’indignent.

Solène de Larquier

L’Obs
Publié le 21 juillet 2016 à 11h41

En fin d’après-midi, lundi 18 juillet, Alice et son mari viennent récupérer leur petite fille de quatre ans au centre de loisirs des Trois Piliers, à Reims. Sans commentaire, un animateur leur remet un mot qu’ils glissent dans le cartable de leur fille avant de partir. Une fois à la maison, les parents découvrent son contenu. Le programme du séjour, et puis cette instruction qui détonne :

"Nous vous demandons de mettre soit des shorts, pantalons ou de mettre un short sous la jupe de votre fille car dans le groupe des plus de 6 ans notamment cela permettra à votre enfant déjà d’avoir une meilleure mobilité pour les activités et sachez que nous avons des enfants de 10 à 12 ans qui peuvent avoir un comportement déplacé avec une petite fille dont la jupe se soulèverait. Nous voulons juste éviter des situations complexes à gérer."

Le mot donné aux parents lundi 18 juillet (photo par Alice N.)

Dans l’émotion, Alice publie un message sur sa page Facebook.

La publication Facebook d’Alice a été partagée des milliers de fois sur Twitter (Capture d’écran)

Jointe par "l’Obs", elle explique :
"En voyant ce mot, j’étais très en colère. La responsabilité était déplacée du côté des petites filles qui portent des jupes. Je comprends que le rôle de l’animateur n’est pas d’éduquer les enfants mais il peut dire ’non’ à un garçon s’il embête une fille parce qu’elle a une jupe. Lui expliquer qu’il ne faut pas soulever la jupe d’une fillette ou l’embêter à cause de cela."

La publication sur Facebook était destinée "aux proches seulement". Mais elle a été récupérée par une tierce-personne à l’insu d’Alice, et a été partagée sur Twitter plus de 4.300 fois. "Ce message a pris des proportions qui m’ont dépassée", confie la mère.
Jouer en toute tranquillité

Après avoir pris le temps de la réflexion, les parents ont décidé de joindre la direction de la maison de quartier des Trois Piliers pour faire part de leur surprise à la réception du mot. Dans leur mail, que "l’Obs" a pu consulter, ils argumentent : "Si cela s’entend tout à fait pour le confort de notre enfant lors d’activités sportives, en revanche nous sommes bien plus contrariés à l’idée que cela soit pour éviter des ’comportements déplacés’ dont il est fait mention." Les parents poursuivent :
"Si comportements déplacés il y a, ce n’est pas à notre fille d’en porter la responsabilité au travers de sa tenue. […] Nous estimons qu’une petite fille de 4 ans dont la jupe se soulève est simplement une petite fille qui vit sa vie avec les aléas du vent, des objets qui l’entourent, et que ça n’est pas pour autant que des comportements ou des remarques déplacées doivent avoir lieu."

Tout en prenant soin de ne pas charger les animateurs, ils suggèrent : "Signaler aux enfants ayant un comportement déplacé que c’est inapproprié nous semble faisable pour l’équipe. Et pourquoi pas faire passer un mot aux parents afin de s’assurer que leurs enfants n’aient pas de comportement déplacé, jupe ou non ?"

Un malentendu ?

Pas de doute sur le fait que le centre de loisir a voulu bien faire. Mais la réponse du centre de loisir déconcerte Alice : "La direction se disait désolée qu’on ait pu mal comprendre, et expliquait que le seul but était le confort des enfants, notamment dans les activités. Elle ne répondait pas du tout sur le fond de la question, à savoir qui doit se protéger de quoi et comment."

Jointe par "l’Obs", la directrice générale des maisons de quartier de Reims, Noëlle Harmand s’étonne de l’ampleur qu’a pris l’affaire.
"Nos centres de loisirs accueillent des filles et des garçons, certains entre 11 et 12 ans. Les animateurs ont repéré que les enfants pouvaient avoir des réflexions envers les fillettes. Un travail éducatif a d’abord été fait avec les enfants pour rappeler les notions de respect mutuel. La directrice du centre a ensuite pris l’initiative de ce mot."

Interrogée sur le manque d’explications autour de cette lettre, la directrice générale répond :
"Je comprends que le mot ait pu être mal interprété. Il n’y a eu aucun geste déplacé entre les enfants, nous avons voulu anticiper. Le but n’était pas du tout de demander aux fillettes de se cacher, il s’agissait avant tout d’éviter tout malaise et d’assurer le confort lors des activités extérieures. Il est hors de questions qu’on remette des pantalons à toutes les filles, nous sommes sensibles à la question d’égalité."

Un forum éducatif quotidien

Noëlle Harmand précise par ailleurs que les animateurs des centres de loisirs de la ville organisent quotidiennement ce qu’ils appellent un "forum" avec les enfants. En fin de journée, tous se réunissent pour faire le bilan de la journée. "Ce sont leurs vacances avant tout, donc les animateurs écoutent leurs remarques sur les activités", explique la directrice. "Mais le but est également de prendre le temps de revenir sur les valeurs des règles de vie en communauté, du respect, etc. Selon les jours, les thèmes varient, s’il y a eu des bagarres ou des bêtises par exemple", poursuit-elle.

Le thème du respect entre les enfants, notamment envers les filles a été évoqué, assure-t-elle :
"Les animateurs ont expliqué aux enfants qu’ils ne devaient pas embêter les filles parce que leur jupe se soulevait avec le vent par exemple. C’est intéressant de pouvoir ouvrir le débat avec les enfants sur le regard qu’ils se portent entre eux."

Quant au mot, la directrice des différents centres convient qu’il était "un peu maladroit" et assure que la question sera rediscutée en interne. Noëlle Harmand précise que la lettre a été remise aux parents avec une explication et qu’ils ont semblé comprendre les intentions du centre. Et préfère mettre sur le compte des larges horaires pour récupérer les enfants, le fait qu’Alice et son mari n’aient pas reçu ces explications.

"Cette expérience nous servira pour le futur. Elle attirera l’attention sur la différence entre l’intention éducative et les mots que l’on emploie". Et permettra peut-être d’éviter qu’une telle maladresse ne se reproduise.