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France : Quand l’Etat ne terrorise pas les terroristes..

Le débat en France après les derniers attentats

jeudi 28 juillet 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/07/28/31001-20160728ARTFIG00276-le-flnc-et-les-islamistesen-corse-quand-l-etat-ne-terrorise-pas-les-terroristes.php

FIGARO VOX Vox Politique

Le FLNC et les islamistes en Corse : quand l’Etat ne terrorise pas les terroristes...

Par Alexis Feertchak

Mis à jour le 28/07/2016 à 20:20 Publié le 28/07/2016 à 18:22

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Les nationalistes corses du FLNC ont annoncé qu’ils répondraient s’il le fallait par les armes aux terroristes islamistes. Pour Jean-Paul Brighelli, une telle déclaration symbolise la faiblesse de l’Etat.

Jean-Paul Brighelli est enseignant à Marseille et essayiste. Spécialiste des questions d’éducation, il est ancien élève de l’Ecole normale supérieure de Saint- Cloud, et a enseigné les lettres modernes en lycée et à l’université. Il est l’auteur de La fabrique du crétin (éd. Jean-Claude Gawsewitch, 2005). Son dernier livre, Voltaire ou le Jihad, le suicide de la culture occidentale, est paru en novembre 2015 aux éditions de l’Archipel.

FIGAROVOX. - En Corse, le Front de libération nationale corse (FLNC) a déclaré dans un communiqué qu’il répondrait « sans aucun état d’âme » aux « islamistes radicaux de Corse » en cas d’attaque sur l’île. Que vous inspirent ces déclarations ?

Jean-Paul BRIGHELLI. - Ce sont des déclarations un peu opportunistes, certainement, pour faire aussi parler de soi. Cela étant dit, on sait que les Corses sont chatouilleux et ne se laissent pas marcher sur les pieds. L’interview complète se garde bien d’ailleurs d’appeler à des représailles, et veut se distinguer des tentations extrêmes.

Ce qu’il convient d’y lire, c’est que la Corse se considère comme un Etat indépendant faisant la police chez lui (rien d’étonnant de la part d’indépendantistes), mais que cela porte aussi constat de la carence des autorités françaises. Si l’Etat était fort, et le manifestait, aucun groupe ne se substituerait à lui.

Le FLNC est néanmoins un groupe terroriste. Cette manière comme disait Pasqua de « terroriser les terroristes » ne pose-t-elle pas problème dans un Etat de droit ?

Le FLNC se substitue à un Etat qui ne terrorise personne — en tout cas, pas les terroristes qui œuvrent partout avec un sentiment d’impunité — ni eux, ni ceux qui les protègent.

Le FLNC a officiellement déposé les armes en mai dernier — dans le cadre du conflit qui oppose les indépendantistes à l’Etat français. On allait — sans doute grâce à l’entrée en force des autonomistes et indépendantistes à l’Assemblée régionale — vers un climat plus serein. Mais les attentats terroristes islamistes (appelons les choses par leur nom, même si François Hollande répugne à le faire) ont créé une situation nouvelle. Ce n’est par ailleurs pas un hasard si ces déclarations du FLNC tombent 24 heures après l’assassinat d’un vieux prêtre dans la banlieue de Rouen. La Corse reste très imprégnée de culture chrétienne, le 15 août y est une fête majeure, l’hymne indépendantiste (choisi jadis par Pascal Paoli) est en fait un cantique à la Vierge, et s’il y a bien une région qui assume ses origines gréco-latino-chrétiennes, c’est bien la Corse. Il est donc logique que des indépendantistes (et, en fait, tous les Corses) ressentent très fortement le sens d’un attentat commis dans une église sur la personne d’un prêtre. Qu’ils aient du coup envie de terorriser les terroristes, rien de plus normal. Là encore, ils se substituent à un Etat qui ne terrorise personne — en tout cas, pas les terroristes qui œuvrent partout avec un sentiment d’impunité — ni eux, ni ceux qui les protègent.

Au-delà du cas corse, les défaillances de l’Etat en matière sécuritaire risquent-elles d’engendrer une prise en charge de la sécurité par les citoyens eux-mêmes ou par des groupes communautaires organisés ?

Je crois que c’est déjà le cas, et que des fidèles commencent à s’organiser pour protéger les églises. Je crains fort qu’au prochain attentat — et nous en sommes tous, chaque jour, à recenser les milliers de belles cibles dans notre quotidien — les Français ne soient tentés de s’organiser en groupes d’auto-défense. Quand l’Etat est faible, les citoyens pensent être en droit de se substituer à une autorité défaillante. Croyez bien que je le déplore.

Vous avez publié l’essai Voltaire ou le djihad : Le suicide de la culture occidentale en 2015. Face à l’islam radical, faut-il dire avec le philosophe du Traité sur la tolérance : « Ecrasons l’infâme » ?

Il faut être sérieux. Convoquer à chaque attentat les représentants des diverses croyances n’est pas une réponse appropriée — d’autant que l’agnosticisme est de loin la position philosophique la plus répandue en France, et que personne ne songe à demander leur avis à tous les libres-penseurs de ce pays. Il faut combattre le fanatisme, la superstition, la prétention au « communautarisme », avec tous les moyens que peuvent fournir les médias et l’Ecole. Oui, il faut « écraser l’infâme » — ou il nous écrasera. On ne fait pas la guerre en gants de velours.

La majorité des terroristes islamistes sont nés Français en France. Ce mal moderne n’est-il pas l’expression ultime de la faillite de l’école républicaine ?

Je me suis souvent exprimé sur le sujet — et encore dans le Point.fr aujourd’hui. Oui, l’Ecole porte une responsabilité considérable — l’Ecole, ou plutôt ceux qui ont travaillé à en détruire la fonction première, qui était de propager les Lumières. Au lieu de faire passer des savoirs, on s’est « mis à l’écoute » de gosses qui répètent ce qu’ils entendent sur Internet ou à la maison. Ou à la mosquée.

Nous savons désormais quel est le prix de l’ignorance. Il faut à nouveau réinvestir dans le Savoir, et nous extirperons le fanatisme, qui se repaît d’ignorance.

Nous devons tirer le bilan terriblement négatif de trente ans de dérives, et reprendre sérieusement les choses en main. Les terroristes français qui ont frappé depuis bientôt deux ans sont des jeunes issus d’un système scolaire à la dérive. Assez de compassionnel, assez de compréhension. Nous devons inculquer la culture et les valeurs françaises — à commencer par la langue française, et non l’insupportable sabir dans lequel ces malheureux gosses s’expriment, ce qui semble ravir les auteurs des programmes du collège 2016 : tout pour l’oral, tout pour « l’expression », rien pour la réflexion. Dans ces crânes soigneusement évidés les certitudes les plus létales ont toute la place qu’elles veulent.

La République a su être une transcendance à d’autres époques. Nous savons désormais quel est le prix de l’ignorance — nous le payons chaque jour. Il faut à nouveau réinvestir dans le Savoir, et nous extirperons le fanatisme, qui se repaît d’ignorance.