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Suite aux attentats de l’EI, des journalistes arabes appellent à reconnaître l’existence de l’extrémisme musulman et à réexaminer les textes religieux

dimanche 31 juillet 2016, par siawi3

Source : http://www.memri.fr/2016/07/29/suite-aux-atteentats-de-lei-des-journalistes-arabes-appellent-a-reconnaitre-lexistence-de-lextremisme-musulman-et-a-reexaminer-les-textes-religieux/

Suite aux attentats de l’EI, des journalistes arabes appellent à reconnaître l’existence de l’extrémisme musulman et à réexaminer les textes religieux

29.07.2016

Par D. Hazan

Le nombre important d’attentats menés par l’Etat islamique (EI) dans les pays occidentaux cette dernière année – dont l’attaque au camion du 14 juillet 2016 à Nice (84 morts, une centaine de blessés), la fusillade le 12 juin dans une boîte de nuit à Orlando en Floride (49 morts, plus de 50 blessés), les attaques de Bruxelles, le 22 mars (32 morts, plus de 300 blessés) et les attentats de Paris en novembre 2015 (129 morts, 350 blessés), ont déclenché une vague de critiques dans le monde arabe et islamique, née aussi bien de la crainte de représailles occidentales et de l’augmentation de l’islamophobie, que de l’inquiétude face au flot de jeunes affluant vers l’EI.

Parallèlement aux articles expliquant que les terroristes ne représentent pas l’islam et opèrent selon des motifs non islamiques, un nombre croissant d’articles dans les médias arabes appellent à reconnaître que l’islam, et ses interprétations obsolètes toujours en vogue aujourd’hui, sont bel et bien liés à la vague de terrorisme mondial. Les auteurs de ces derniers articles exhortent les musulmans à être honnêtes et à admettre l’existence d’un extrémisme religieux, qu’il faut déraciner, au lieu de blâmer les autres. Selon eux, la source de l’idéologie extrémiste de l’EI est la structure sociale et culturelle musulmane. Les musulmans devraient donc déclarer la guerre à cette « affliction culturelle ». Ce combat nécessiterait des réformes fondamentales dans les interprétations islamiques et les modèles culturels, gouvernementaux et éducatifs des pays arabes, qui selon eux incitent les musulmans à nourrir une sympathie secrète pour l’EI.

Certains auteurs soulignent que la plupart des pratiques religieuses de l’EI se fondent sur le contenu des plus grands ouvrages de droit islamique, tout en estimant que ce droit ne reflète pas les diktats coraniques explicites, mais plutôt l’opinion de jurisconsultes qui vivaient dans un certain contexte, différent du contexte actuel. Par conséquent, pour sauver les valeurs universelles islamiques des fléaux de l’ignorance, de l’arriération et de la violence, les jurisconsultes islamiques actuels doivent revoir rationnellement et avec un regard critique l’histoire de l’islam et ses textes religieux, et adapter les interprétations et les lois islamiques à l’époque actuelle. Certains préceptes islamiques devraient même être annulés, selon eux, ou se conformer aux valeurs progressistes universelles, telles que les libertés et les droits de l’Homme.

Ces auteurs dénoncent la passivité des musulmans face aux crimes de l’EI. Selon eux, les prédicateurs se contentent au mieux de condamner les crimes des organisations terroristes, certains participant même à la diffusion d’idéologies extrémistes. « L’idéologie ne peut être combattue qu’avec l’idéologie » et nul autre que les religieux ne pourront « vaincre et éliminer un terrorisme basé sur une idéologie intransigeante », peut-on lire. Par conséquent, les cheikhs doivent lutter contre le discours religieux extrémiste qui capture les cœurs de nombreux jeunes, et réfuter systématiquement les idées et décisions extrémistes dans le cadre de programmes d’instruction idéologiques et pratiques.

Certains relèvent le silence des Frères musulmans, responsable selon eux de l’existence d’organisations takfiries extrémistes qu’ils prennent soin aujourd’hui de ne pas attaquer. Les auteurs soulignent la confusion qui gagne les musulmans à l’heure actuelle, face au refus de l’institution religieuse islamique d’accuser l’EI et ses acolytes d’apostasie, ou en raison du fait que des pratiques autrefois non sujettes à controverses en islam – comme le djihad offensif ou l’esclavage des prisonniers de guerre – soient désormais illégales dans le monde moderne.

Et de conclure que la réforme du discours religieux est une étape essentielle et urgente, car la situation politique et culturelle critique dans le monde arabe et musulman est « une recette merveilleuse pour l’extrémisme et l’arriération ». Le fait de chercher à tout prix à préserver et sanctifier le patrimoine islamique ancien pourrait donner lieu à la naissance de groupes encore plus extrémistes que l’EI et mener les musulmans à leur perte.

D. Hazan est chargée de recherche à MEMRI