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Tunisie : L’homophobie du Code pénal est une survivance coloniale

mercredi 3 août 2016, par siawi3

Source : http://www.huffpostmaghreb.com/farhat-othman/lhomophobie-du-code-penal_b_7090442.html

Farhat Othman
juriste, politiste, chercheur en sociologie et ancien diplomate

Publication : 18/04/2015 13h14 CEST Mis à jour : 18/06/2015 11h12 CEST

On a coutume de dire que le textes du Code pénal criminalisant les relations sexuelles entre des personnes du même sexe est islamique ; or, nous avons démontréici que l’islam n’est pas homophobe.

Une telle disposition n’est qu’une introduction en islam de disposition biblique où il existe expressément une condamnation de l’homosexualité, contrairement au Coran et à la Sunna authentique.

Aussi, l’homophobie en Tunisie, ainsi qu’au reste du Maghreb, n’est qu’une survivance de l’époque coloniale et de la religion du colonisateur français.

Des textes de la colonisation française

En Tunisie, c’est l’article 230 qui prévoit une peine de 3 ans de prison pour les personnes coupables de pratiques homosexuelles.

Au Maroc, l’homosexualité est un délit du fait de l’article 489 condamnant à des peines de prison allant de 6 mois à trois ans ou à des amendes allant de 120 à 1200 DH.

En Algérie, c’est aussi bien l’article 333 sanctionnant l’"outrage public à la pudeur" que 338, mentionnant spécifiquement l’homosexualité, qui répriment les rapports sexuels entre un même sexe, punis d’un emprisonnement de deux mois à deux ans et d’une amende de 500 à 2 000 DA.

Tous ces articles supposés islamiques ne sont que des survivances de la colonisation française, traduisent l’infiltration dans nos sociétés maghrébines de l’esprit répressif de la religion du colonisateur condamnant l’homosexualité.

Avant la colonisation, les sociétés maghrébines étaient bien plus libérées en matière de moeurs, vivant selon un islam populaire qui avait une attitude en avance sur son temps.

Le terme même d’homosexualité est une création occidentale datant du 17e siècle, alors que les rapports homoérotiques ou homosensuels et érosensuels — selon ma terminologie — ont toujours existé en terre d’islam comme dans toutes les sociétés et les cultures anciennes, à l’instar de la société grecque.

Le Code pénal manifeste la tradition religieuse du colonisateur

S’agissant du texte tunisien, il fait partie d’un code édicté sous le protectorat, et dont in a fêté récemment le centenaire. Certes, lors de son élaboration, on a laissé à des jurisconsultes musulmans le soin des lois en matière d’état civil, mais ceux-ci ne pouvaient pas ne pas tenir compte de l’environnement mental général et de l’influence juridique et morale du colonisateur.

Or, à l’époque, les rapports homosexuels étaient interdits, de tels rapports n’ayant été dépénalisés en France qu’en 1982. De plus, dans le monde, les rapports homosensuels sont restés une tare, l’homosexualité n’ayant été retirée qu’en 1990 par l’OMS de la liste des maladies.

Avant ce code, il y avait certes une réprobation générale des pratiques homosexuelles chez les docteurs de la loi musulmane, mais elle ne se basait que sur l’interprétation des textes sacrés, soit un effort humain qui supposait la justesse comme l’erreur. Or, nombre d’exégètes professaient la licéité et pratiquaient l’amour homoérotique comme pas mal de leurs illustres devanciers.

Une lecture judéo-chrétienne de l’islam

Il est vrai que c’est l’interprétation erronée qui a fini par faire s’imposer, et ce dans le cadre d’un islam inspiré par une lecture fortement marquée par la tradition judéo-chrétienne. Cela s’est fait à la faveur du déclin de la civilisation de l’islam et de l’impérialisme que les pays musulmans ont connu.

De fait, la lecture intégriste, celle donc du déclin de la culture de l’islam, est fortement contestée par nombre de jurisconsultes et non des moindres qui n’hésitaient pas à se déclarer pour la totale liberté des rapports en matière sexuelle. Les poèmes en la matière ne manquent pas, chantant les amours homoérotiques, qu’on appelle mouthakkirat, s’agissant des garçons,. On cite, parmi les plus connus, le juge suprême abbasside Yahya Ibn Aktham.

De nombreux docteurs de la loi et saints soufis confirment que l’islam n’est nullement homophobe, citant comme preuve les adolescents et éphèbes au paradis remplissant en quelque sorte pour certains pieux le rôle des houris. C’est l’explication de jurisconsultes comme Tabari.

Il faut rappeler qu’il n’existe dans le Coran aucune interdiction des rapports homosexuels contrairement à la Bible qui comporte une interdiction nette et précise.

Si la Bible était homophobe, le Coran n’a fait que rapporter dans ses récits concernant le peuple de Loth ce qui a existé avant lui. De plus, il n’est aucun hadith authentique se rapportant à l’homosexualité puisque ni Boukhari ni Moslem n’en comportent.

On sait que pas mal de mensonges ont été colportés à ce sujet sur le prophète et les compagnons, faisant dire à certains qu’on a tué ou brûlé des homosexuels. Abou Hanifa, par exemple, est catégorique : rien de ce qu’on raconte n’est attesté !

Dans Kanz El Oummal, citant Aïcha, mère des Croyants et témoin véridique, on date l’apparition de la question homosexuelle du temps d’Omar, notant son attitude indifférente, conseillant juste de ne pas fréquenter de telles gens.

La réforme pénale pour parachever l’indépendance de la Tunisie

Il est désormais acquis que l’interprétation qui s’est imposée dans le droit musulman avec a été élaborée à partir d’une conception marquée par l’esprit de la Bible.

On ne conteste plus que le fiqh a été l’oeuvre de légistes de tradition initiale judéo-chrétienne. L’observation d’Ibn Khaldoun est plus que jamais rappelée, à savoir que la plupart des jurisconsultes musulmans étaient d’origine non arabe, et de culture judaïque. Or, on sait l’importance de l’imaginaire et de la formation première, surtout en termes moraux.

Il est donc temps de décoloniser nos lois de ce qui est venu vicier nos moeurs ! Il est impératif d’enlever de nos codes ce genre d’articles faussement islamiques qui, non seulement pérennisent des lois coloniales abandonnées par les leurs, mais violent également l’esprit et la lettre de l’islam nullement homophobe.

La Tunisie doit parachever son indépendance en décidant au plus vite de réformer sa législation marquées par ces traditions coloniales. L’homophobie coloniale est étrangère à nos terres sensuelles par nature, sans être nécessairement sexuelles, le sexe y relevant de ce que je qualifie d’érosensualité !

Abolir l’homophobie relèvera du patriotisme et de l’attachement à la souveraineté nationale à parfaire avec une telle réforme qui est bien urgente. Elle est de nature à couper définitivement avec la dictature, aussi bien matérielle que morale. Et elle supprimera les freins dans l’inconscient collectif empêchant l’acceptation d’autrui et le vivre-ensemble démocratique.