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France : Journée « Burkini » : femmes et enfants jetés dans le grand bain de la ségrégation salafiste

jeudi 4 août 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/08/04/31001-20160804ARTFIG00187-journee-burkini-femmes-et-enfants-jetes-dans-le-grand-bain-de-la-segregation-islamiste.php

Par Alexandre Devecchio

Mis à jour le 04/08/2016 à 16:47 Publié le 04/08/2016 à 16:27

Photo : Le flyer de la journée « Burkini » organisée dans un parc aquatique des Bouches-du-Rhône, privatisée pour l’occasion.

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Une association a privatisé un parc aquatique dans les Bouches-du-Rhône pour une journée réservée aux femmes et aux enfants avec burkini et jilbeb de rigueur.

Pour Isabelle Kersimon, le communautarisme fait ainsi le lit de l’islamisme.

Un parc aquatique des Bouches-du-Rhône a prévu de réserver une journée de septembre, après sa fermeture officielle, aux membres d’une association - uniquement des femmes et des enfants - qui pourront venir en burkini et en jilbeb de bain, ces tenues de bain islamiques couvrant intégralement le corps. Les petits garçons pourront entrer jusqu’à 10 ans. Que cela vous inspire-t-il ?

Isabelle Kersimon : Très clairement une ségrégation sexuelle intolérable. Sur sa page Facebook, l’organisatrice justifie l’exigence de tenues « pudiques » pour les femmes par le fait que des maîtres nageurs (hommes) seront présents. Ces manifestations sont absolument désolantes, d’autant plus lorsque l’on a en tête cette image bouleversante d’un petit garçon syrien ou irakien brûlant le djilbeb de sa mère car ils se sont libérés de l’emprise de Daech…

« Lorsque les gens de l’enfer furent jetés dans le feu, je vis que la moitié d’entre eux étaient des femmes », prétend un « savant » salafi. Ce pourquoi et contrairement à, par exemple, l’interprétation de l’un des plus grands cheiks de l’université Al-Hazar au Caire, ainsi qu’à celle de tous les musulmans libéraux qui rejettent le voile, le port du hijab, du niqab, du jilbeb ou de l’abaya est considéré comme une obligation religieuse incontournable : il est non seulement un signe distinctif, mais l’un des éléments de survie de l’âme au paradis.

Cette ségrégation entretient un rapport psychique de méconnaissance de l’Autre.

Cette ségrégation entretient un rapport psychique de méconnaissance de l’Autre par excellence. Dans chaque aspect de l’existence, les femmes sont séparées des hommes, jusque dans le choix des contacts Facebook ou le fait de proposer deux numéros de téléphone de contact, selon le sexe. Elles en sont non seulement séparées, mais elles leur sont soumises car ontologiquement inférieures. C’est cela qui heurte la population majoritaire et les musulmans libéraux. C’est cet insupportable jugement porté sur les femmes, leur corps, leur dignité d’être humain à égalité avec les hommes, eux-mêmes emprisonnés dans un carcan mental absolu.

Ce n’est pas uniquement en tant que féministe que je réprouve cela, mais en tant qu’humaniste. Quelle psyché développe-t-on lorsque le corps féminin est l’objet de tels interdits ? Lorsque le corps humain, d’une manière plus générale, n’est que le vecteur codifié d’un tel rapport au divin, où sa description même relève de l’imprononçable (« les parties qui doivent être cachées ») ?

Que deviendront ces petites filles que l’on voile dès l’enfance, et quels hommes seront ces petits garçons habitués à ne pas les re-connaître ? Notre société doit-elle tolérer ce « salafisme quiétiste » au nom de la liberté de conscience ? Je pense que nous n’avons pas résolu ces questions, et qu’elles se confrontent à notre État de droit et à notre tradition philosophique.

La manifestation prévue a été interdite, bien qu’elle est été organisée dans un lieu privé. S’agit-il d’une remise en cause des libertés individuelles ?

Ce ne sont pas ces mères et leurs enfants qui présentent un danger pour autrui. Ce ne sont d’ailleurs pas ces femmes que j’ai envie d’accabler. Encore moins leurs bambins. Mais les prêcheurs qui délivrent, depuis Youtube, leurs minajs, leurs cassettes audios ou leurs livres, ces « savants » auxquels se réfèrent les salafis, leur loghorrée, leurs injonctions obscurantistes et leurs « leçons de bien vivre » tissées de certitudes oppressives et apocalyptiques.

Ce parc aquatique a abrité des fêtes gays et un Salon de l’érotisme, m’a-t-on indiqué. La personne que j’ai eue au téléphone m’a aussi expliqué que ce rassemblement non mixte était prévu pour avoir lieu en dehors des jours saisonniers d’ouverture.

Ce qui est inquiétant, c’est l’ampleur de l’obscurantisme qui anime ces croyances. Extinction complète des lumières de la raison, du sens critique et de la liberté de conscience.

Les gays et les libertins ne se définissent pas comme un groupe homogène revendiquant une identité totale et unique autour d’un dogme et de contraintes selon lesquelles tous les domaines de l’existence, médecine incluse, relèvent de la voie coranique littéraliste : ainsi, les graines de nigelle guériraient de toute maladie... Ce sont de telles croyances qui sont inquiétantes, dans la mesure où elles ne relèvent pas d’un doux folklore mais d’une certitude théologique inébranlable, empreinte d’une dimension eschatologique, et étant donné que les enfants sont souvent déscolarisés des établissements publics et envoyés dans des écoles Montessori, que les Frères musulmans investissent beaucoup, ou enseignés à domicile.

Ce qui est profondément inquiétant, c’est l’ampleur de l’obscurantisme qui anime ces croyances. Extinction complète des lumières de la raison, du sens critique et de la liberté de conscience, celle-ci étant soumise à l’impératif religieux : « La perfection du Tawhid se trouve quand il ne reste rien dans le coeur sauf Allah », « Les coeurs ne sont que des récipients, remplissez-les du Coran et de rien d’autre ».

La question qui se pose dès lors à nos sociétés libérales et démocratiques relève donc de l’éducation.

Du côté des organisateurs, on évoque paradoxalement le respect de la laïcité : « la notion de vivre ensemble, c’est aussi de respecter les convictions de tout le monde », « dans un pays laïque, chacun doit pratiquer son culte comme il l’entend ». Les islamistes semblent désormais se servir de laïcité pour imposer leur vision du monde. Celle-ci est-elle toujours un bouclier suffisant ?

La laïcité n’est pas un bouclier. C’est un principe fondateur de notre République.

Évoquer la laïcité pour expliquer que celle-ci ne s’intéresse pas aux espaces privés est pertinent. Ce ne sont pas les « islamistes » qui le disent, ce sont nos lois.

En revanche, invoquer une pratique cultuelle à l’occasion ne l’est pas. Se baigner est une pratique cultuelle dans des lieux qui relèvent de la pratique cultuelle, comme les mikvés, par exemple, ces bains rituels utilisés pour l’ablution dans le judaïsme, ou les ghusl en islam.

Je rappelle également, encore une fois, que le voilement des femmes n’est pas une obligation religieuse, sauf pour les littéralistes, les intégristes et ceux dont le fond de commerce est de prétendre défendre les femmes musulmanes pour faire condamner la France par l’ONU et abroger les lois de 2004 et 2010.

Derrière cette journée organisée dans le parc aquatique privatisé, on trouve l’association Smile 13 qui se décrit comme une « association socio-culturelle, sportive et d’entraide pour femmes et enfants ». Sur son site, l’asso organise des cours d’arabe, des « ateliers cuisine Ramadan » ou encore des « journées piscine/détente » entre femmes avec un petit « nota bene » où l’on peut lire que « les soeurs qui participeront » devront avoir « un bon comportement », une « tenue adéquate » et devront « se préserver autant des femmes que des hommes ». Derrière cette affaire se pose aussi la question des association et de leur financement …

Smile 13 se finance manifestement avec les cotisation de ses adhérentes, et se présente comme une association à but non lucratif, ce que l’on ne saurait mettre en doute étant donné le type d’activités qu’elle organise. Ce que pointe cet événement n’est pas tant la question du financement de ces petites associations communautaristes que celle des réseaux très fermés dans lesquels elles évoluent. Très sincèrement, le goût pour la cuisine délicieuse que l’on voit sur sa page, les conseils déco et autres clins d’oeil ne constituent en eux-mêmes absolument aucun problème !

Femmes sans corps, donc, mais aussi femmes sans visage. Une horreur.

Les coquettes salafies partagent leurs bonnes adresses pour toutes sortes de jilbebs et de gants. Les photos de mode n’y comportent évidemment aucun visage. Soit les mannequins cachent leur face entre leurs mains, soit les visages sont floutés, soit ils sont effacés par un coup de gomme de logiciel de traitement de l’image. Femmes sans corps, donc, mais aussi femmes sans visage. Une horreur.

Elles conseillent de se parfumer au musc, censé « purifier des souillures ». La pudeur n’est pas uniquement une exigence vestimentaire, mais le fait de se comporter selon des règles précises hors desquelles le voile intégral seul ne fait pas sens. Cette obsession à l’égard de la pureté, de la purification, de la pudeur, cette obsession à soustraire les femmes du monde commun est intolérable.

Les associations humanitaires en lien sont islamo-islamiques et principalement préoccupées par la Palestine et la Syrie, mais aussi par le sort des réfugiés en France. Elles délivrent nourriture, vêtements, matériel médical, couvertures et… Corans. L’obsession palestinienne constitue aussi un problème réel.

Cet islam très communautariste et très identitaire se reconnaît aussi dans les associations de « défense » telle que le CCIF dont j’ai eu maintes fois l’occasion d’expliquer de quoi il relève. Voir islamophobie.org.

Isabelle Kersimon, journaliste, est auteur de l’essai Islamophobie, la contre-enquête (éd. Plein Jour, octobre 2014) et rédactrice en chef du site islamophobie.org.