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« Emni », la branche de Daech qui tisse son réseau terroriste à travers le monde

jeudi 4 août 2016, par siawi3

Source : http://www.lefigaro.fr/international/2016/08/04/01003-20160804ARTFIG00140-emni-la-branche-de-daech-qui-tisse-son-reseau-terroriste-a-travers-le-monde.php

Par Caroline Piquet

Mis à jour le 04/08/2016 à 15:48 Publié le 04/08/2016 à 13:47

L’Emni est une « filiale » de Daech, chargée de recruter et de programmer des attentats à l’étranger.

Une enquête du New York Times révèle en partie les rouages de cette « filiale », chargée de recruter des combattants et de planifier des attentats à l’étranger.

On savait encore peu de chose sur la cellule secrète « Emni ». Une longue enquête du New York Times publiée ce mercredi permet d’en apprendre davantage sur cette branche de l’État islamique chargée d’exporter le terrorisme à travers le monde. Selon le quotidien américain qui a pu consulter des documents des services de renseignements européens, interroger des officiels américains et rencontrer un ancien combattant de Daech, Emni serait un rouage essentiel de l’organisation terroriste.

Objectif de cette « filiale » créée en 2014 : planifier des attaques en dehors des territoires contrôlés par Daech. Pour cela, les responsables d’Emni recrutent, forment et envoient des combattants à l’étranger. Il peut s’agir de candidats fraîchement arrivés sur les terres du djihad comme de « soldats » aguerris et rompus aux techniques militaires. Ces derniers sont sélectionnés par nationalité et regroupés par langue en petites unités discrètes, dont les membres se rencontrent parfois à la veille de leur départ à l’étranger, écrit le quotidien américain. À l’image des commandos qui ont frappé Paris et Bruxelles en novembre 2015 et en mars 2016. C’est aussi l’Emni qui aurait missionné le terroriste responsable de la tuerie dans le musée du Bardo et le tireur de la plage de Sousse, à chaque fois en Tunisie.

Interrogé par le New York Times, un ancien combattant de Daech dit avoir rencontré plusieurs membres de l’Emni l’année dernière, lorsqu’il était en Syrie. Avant les attentats de Paris, « ils m’avaient dit qu’ils avaient plusieurs personnes positionnées en Europe, prêtes à passer à l’action », raconte ce détenu aujourd’hui incarcéré en Allemagne. « Ils voulaient avoir une action simultanée. Ils souhaitaient que plusieurs attaques aient lieu en même temps en Angleterre, en Allemagne et en France ». Arrêté le 20 juillet 2015 à son retour de Syrie, Harry Sarfo purge depuis une peine de trois ans de prison.

Des intermédiaires « propres » pour ne pas se faire repérer

À l’origine, Emni était seulement un organe de sécurité intérieure, dont les membres étaient chargés de détecter des espions en Irak et en Syrie. Mais au fil du temps, cette branche a vu son domaine d’action s’élargir et s’est vue confier l’organisation des opérations extérieures. Il s’agit « d’envoyer des gens partout dans le monde pour mener des actions violentes, tuer ou bien recruter des jeunes ou ramener des produits chimiques pour les armes », avait expliqué un djihadiste français devant les enquêteurs de la DGSI l’année dernière. Chaque espion touchait 50.000 euros de l’Emni pour mener une attaque en Europe, selon cet homme dont les propos ont été rapportés dans les colonnes du Parisien.

L’enquête du New York Times révèle aussi les méthodes d’Emni pour éviter que ses assaillants ne se fassent repérer avant leur passage à l’acte. En effet, l’organisation terroriste aurait recours à des intermédiaires pour mettre en relation les candidats désireux de commettre un attentat dans leur pays et des instructeurs infiltrés en Europe. Ces entremetteurs seraient de nouveaux convertis à l’Islam, des hommes « propres », sans connexion avec des islamistes radicaux, précise le détenu Harry Sarfo. Leur mission consiste essentiellement à faire passer des consignes aux futurs assaillants ou encore de transmettre des vidéos de djihadistes ayant prêté allégeance à l’EI avant leur attaque. Ainsi, certains terroristes en apparence isolés pourraient avoir bénéficié de plus larges complicités pour accomplir leur projet mortifère.
Al-Adnani, chef de l’Emni

À la tête de cette organisation secrète, on retrouve le porte-parole de l’État islamique Mohammed al-Adnani, également responsable de la propagande. Né dans le nord de la Syrie, cet homme âgé de 39 ans est un personnage discret, dont on sait peu de chose. Même les combattants les plus entraînés n’ont jamais vu son visage. Le djihadiste allemand Harry Sarfo dit l’avoir rencontré une fois au moment de prêter allégeance à l’État islamique. Mais il n’a jamais pu le voir : l’entourage d’al-Adnani ayant pris soin de lui bander les yeux lors de l’entretien.

Situés juste en dessous dans l’organigramme, plusieurs lieutenants sont chargés de programmer les attaques dans différentes régions du monde. Emni serait ainsi subdivisée en plusieurs sections : un service secret des affaires européennes, un autre pour les affaires asiatiques et un dernier pour les affaires arabes, détaille Harry Sarfo. Parmi ces lieutenants, deux intéressent tout particulièrement les services de renseignements : un certain Abou Souleymane, un Français d’une trentaine d’années et Abou Ahmad, qui serait Syrien. Ces deux hommes seraient les principaux bras droits de al-Adnani, selon des sources du renseignement américain, citées par le New York Times. Leur mission : identifier les combattants, les cibles, et s’occuper de la logistique des attentats.

Deux hommes ont coordonné les attaques de Paris

Tous deux seraient les concepteurs des attaques de Paris. Un témoignage a notamment laissé transparaître le rôle déterminant d’Abou Souleymane. Celui d’un jeune otage du Bataclan, qui s’était retrouvé enfermé dans un couloir avec deux des trois terroristes le soir du 13 novembre. David Fritz-Goeppinger, 24 ans, a ainsi intercepté cette phrase lors de la prise d’otage : « Faut-il appeler Souleymane ? », a demandé le premier assaillant au second. « J’ai tout de suite compris que cet individu avait une place importante dans la hiérarchie », a-t-il confié au quotidien américain. Selon L’Express, ce djihadiste aurait dirigé un club de sport en région parisienne avant d’émigrer en Syrie, avec sa femme, française également, et leurs deux enfants.

Le rôle du second, Abou Ahmad, apparaît dans le récit d’Adel Haddadi, un djihadiste arrêté en Autriche l’année dernière. Alors qu’il devait participer à un attentat en France, probablement celui du 13 novembre, cet Algérien dit avoir rencontré ce fameux Abou Ahmad, « le donneur d’ordres ». Ce dernier lui avait donné de l’argent et un numéro de téléphone. Un numéro également griffonné sur un bout de papier et retrouvé dans la poche du pantalon d’un des kamikazes du Stade de France, selon le New York Times. Présenté un temps comme le « cerveau des attentats », Abdelhamid Abaaoud n’était en réalité qu’un simple coordinateur.