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Algérie : L’écrivain Rachid Boudjedra revendique son athéisme à la télévision algérienne

samedi 6 août 2016, par siawi3

Source : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/06/04/lecrivain-rachid-boudjedra-revendique-son-atheisme-a-la-television-algerienne/

4 juin 2015

Rachid Boudjedra (capture d’écran de l’émission « Mahkama » diffusée sur Ecchourouk).

L’écrivain Rachid Boudjedra brise un tabou à la télévision algérienne. Son fait d’armes : avoir avoué son athéisme sur le plateau d’une chaîne privée conservatrice. Selon le site Géopolis, qui relaye cette information, il n’en fallait pas moins pour enflammer la Toile algérienne, dès la diffusion de la bande-annonce de l’émission, lundi 1er juin : « Avec la multiplication de chaînes de télévision privées et surtout l’avènement des réseaux sociaux, dont les Algériens sont très friands, la moindre déclaration est amplifiée. »

Face à l’animatrice, l’écrivain répond aux questions avec calme, prenant le temps d’argumenter ses propos. Ses réponses font pourtant l’effet d’une bombe : « Au nom de ma mère, je jure de dire la vérité, toute la vérité. Je ne crois pas en Dieu, ni en la religion musulmane, je ne crois pas en Mohamed comme prophète. Si je devais choisir une religion, ce serait le bouddhisme pour son pacifisme. » Et l’auteur d’ajouter que de nombreux Algériens sont athées, mais n’osent pas l’afficher « par peur de l’opprobre de la société ». La société algérienne est en effet de plus en plus sensible à la question de l’intégrisme religieux. En Algérie, l’islam est religion d’Etat, même si la Constitution reconnait la liberté de culte. L’apostasie, qui consiste dans le code pénal algérien à inciter quiconque à renier l’islam pour une autre religion, est un délit passible de deux à cinq ans de détention et d’une amende de 500 000 à un million de dinars (5 000 à 10 000 euros).

Video en arabe algérien

Aussitôt la bande-annonce de l’émission diffusée à la télévision, les internautes se sont emparés de ce débat. Héros de la laïcité pour les uns, héraut de la culture occidentale honnie pour les autres. L’auteur de L’escargot entêté (Denoël, 1977), habitué des polémiques, n’en a cure. « En s’adressant en arabe algérien (derdja) aux téléspectateurs d’une chaîne conservatrice, Rachid Boudjedra sait pertinemment que l’écho ne sera pas le même qu’une interview écrite dans un quotidien francophone », souligne Géopolis.

En 2006, Rachid Boudjedra avait déjà affiché son inclinaison pour l’athéisme lors d’une conférence-débat à Bouzguen. Face à ses lecteurs, il avait jugé la liberté d’expression « insuffisante » en Algérie avant d’affirmer : « Je suis athée et communiste (…). Je ne suis pas contre l’islam. J’ai été élevé dans une famille musulmane. La violence intégriste a encore accentué mes convictions. Avant, j’écrivais un roman tous les trois ans, le terrorisme m’a poussé à écrire un roman chaque année, une autre manière de lutter contre ces criminels. »

Le geste était déjà osé à l’époque, mais avec l’avènement des réseaux sociaux, celui d’aujourd’hui est d’une tout autre ampleur. Déjà auteur d’une fatwa sur l’écrivain Kamel Daoud en décembre 2014, le prédicateur salafiste Abdelfettah Hamadache considère, au lendemain de la diffusion de l’émission, que Rachid Boudjedra « ne doit pas être enterré avec les musulmans ». Pour autant, l’ancien consultant du ministère des affaires religieuses Adda Fellahi pense que l’écrivain est libre, et que ses propos rentrent dans sa liberté de conscience et d’expression garanties par la loi algérienne, la Constitution et la charia.

Au-delà des simples insultes et menaces sur Facebook et Twitter, Rachid Boudjedra avait certainement anticipé les réactions que son coming-out allait entraîner. Dans son roman Les figuiers de barbarie (Grasset, 2010), il affirmait : « L’histoire est quelque chose de dérisoire, c’est-à-dire qu’elle est bourrée de dérision. »