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1er octobre 1938, les accords de Munich

vendredi 12 août 2016, par siawi3

Source : http://www.humanite.fr/1er-octobre-1938-les-accords-de-munich-613146

Alexandre Courban
Historien

Jeudi, 4 Août, 2016
L’Humanité

Avec les accords de Munich, l’Allemagne nazie agrandit son territoire sans qu’un seul coup de feu ne soit échangé. L’Humanité parle d’un « Sedan diplomatique ». 13/33

En septembre 1938, la tension internationale est extrêmement vive. Hitler réclame l’autodétermination pour les Allemands des Sudètes en Tchécoslovaquie. On commence à entrevoir la guerre pour de bon.

Tout au long de ces longues semaines, Gabriel Péri décrypte minutieusement dans l’Humanité la situation internationale. Au lendemain de la rupture des négociations entre le gouvernement tchécoslovaque et les représentants des Allemands des Sudètes, Neville Chamberlain décide de se rendre à Berchtesgaden pour rencontrer Hitler. Au cours de cette entrevue, le premier ministre conservateur britannique accepte les revendications territoriales allemandes. Bien que Gabriel Péri ignore tout du contenu des échanges, il est troublé par cet « inquiétant voyage ». Trois jours plus tard, le chef de gouvernement français, accompagné du ministre des Affaires étrangères, s’envole pour l’Angleterre. Le député, chef de la rubrique internationale de l’Humanité, répète que « toute nouvelle faiblesse des démocrates serait un crime inexplicable contre la paix », et d’insister sur un fait, irréfutable à ses yeux, à savoir que la disparition de la Tchécoslovaquie est une menace directe pour la France : « Supprimer la Tchécoslovaquie indépendante, c’est décider que l’invasion (allemande), au lieu d’être arrêtée par le bastion bohémien, se heurtera à des poitrines françaises (souligné dans le texte). Eh bien ! non, non et non, on ne sert pas la paix en souscrivant à cela. » Selon le communiqué officiel « les représentants des gouvernements français et anglais sont tombés entièrement d’accord sur la politique à suivre en vue de faciliter la solution pacifique de la question tchécoslovaque ».

La crise internationale est à son paroxysme

Paris se rallie au point de vue de Londres et accepte de multiplier les pressions sur Prague pour éviter d’entrer en guerre avec Berlin. Pour sa part, Péri estime que « le Conseil des ministres n’est nullement engagé par les décisions » prises à Londres. Il invite les membres du gouvernement français à rejeter l’accord franco-britannique, citant pour l’occasion un article d’un journal italien « s’amusant de voir que les Français et les Anglais (…) ne savent pas lire l’allemand », autrement dit s’étonnant que Paris et Londres ne perçoivent pas le jeu de Berlin. Le 23 septembre 1938, le nouveau gouvernement d’union nationale tchécoslovaque décrète la mobilisation générale, après avoir pris connaissance du mémorandum remis par Hitler à Chamberlain lors des seconds entretiens anglo-allemands de Bad Godesberg. Cette décision de Prague est immédiatement suivie d’un important mouvement de l’armée allemande en direction de la Tchécoslovaquie, auquel Paris répond en rappelant certaines catégories de réservistes. La crise internationale est à son paroxysme. C’est alors que Mussolini suggère de régler la question tchécoslovaque en organisant une rencontre entre la France, l’Angleterre, l’Allemagne et l’Italie, excluant d’emblée des discussions la Tchécoslovaquie et l’URSS. Les opinions publiques sont suspendues au résultat de la conférence convoquée à Munich le 29 septembre 1938.

Gabriel Péri s’étonne que la proposition de Franklin Roosevelt d’organiser en pays neutre une conférence internationale n’ait pas été retenue. Ensuite, « au risque de contrister une fois encore les plumitifs à chemise brune ou noire », il indique que la rencontre de Munich lui « inspire les mêmes appréhensions que les rencontres précédentes » de Berchtesgaden et Bad Godesberg. Il trouve « inouï » d’imaginer qu’une conférence internationale décide du sort de la Tchécoslovaquie en l’absence des dirigeants tchécoslovaques. Il feint aussi de ne pas comprendre pourquoi Moscou, alliée de Paris et de Prague, est absente des discussions, tandis que Rome participe aux pourparlers au seul motif d’être un partenaire de Berlin. Malgré tout, même si « Munich risque d’être le début d’un grand effondrement, la première étape du glissement vers la mise au pas », Gabriel Péri espère encore que « (cette) réunion (serve) la paix (à condition qu’elle soit) l’occasion d’une affirmation solennelle de la solidarité des puissances pacifiques en face de ceux qui veulent incendier le monde ».

Les accords de Munich entérinent « la cession à l’Allemagne des territoires des Allemands des Sudètes » ; « l’occupation progressive par les troupes du Reich des territoires de prédominance allemande », à compter du 1er octobre 1938. En quelques heures, les revendications allemandes sont satisfaites. Une fois de plus, l’Allemagne nazie agrandit son territoire sans qu’un seul coup de feu ne soit échangé. À l’annonce d’un règlement pacifique de la crise germano-tchécoslovaque, nombreux sont ceux qui accueillent la nouvelle avec joie ou soulagement. Le président du Conseil, Édouard Daladier, est surpris d’être acclamé à son arrivée au Bourget ; il s’attendait à être conspué. Pour Gabriel Péri, « l’accord de Munich est un Sedan diplomatique ».

Pour aller plus loin : Gabriel Péri, un homme politique, un député, un journaliste, d’Alexandre Courban, Éditions la Dispute, 2011.

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Dans l’Humanité du 1er octobre 1938 par Gabriel Péri

« Nous ne prenons pas place dans la brigade des acclamations. Nous n’écrirons pas que l’accord de Munich a sauvé la paix. Nous enregistrons que M. Daladier vient de souscrire au dépècement d’un peuple libre. Nous sommes persuadés que la menace que courent des millions d’hommes en France et en Europe est plus grave aujourd’hui qu’elle n’était hier. Nous n’applaudissons pas parce qu’il n’est pas dans la tradition française d’applaudir aux violations du droit. Nous n’applaudissons pas parce que nous croyons qu’on affaiblit la paix chaque fois qu’on affaiblit la sécurité française et que l’accord de Munich est un Sedan diplomatique. »