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France : Burkini, réanimez les féministes !

dimanche 21 août 2016, par siawi3

Source : https://christineld75.wordpress.com/2016/08/17/burkini-reanimez-les-feministes/

Christine Le Doaré

Published 17/08/2016

En 2016 a-t-on fini par oublier que le système patriarcal a pour principales raisons d’être le contrôle et l’appropriation des femmes et de leurs corps pour la reproduction, la sexualité, l’organisation de la famille et de nos sociétés ?

En 2016 a-t-on fini par oublier que le féminisme a pour principales raisons d’être de combattre l’oppression des femmes nécessaire au maintien de ce système et de parvenir à atteindre l’égalité et l’émancipation des femmes, et plus généralement de tous les êtres humains ?

Les droits et libertés gagnés par les femmes sont toujours révélateurs de l’état de progrès et de modernité d’une société.

Alors qu’une idéologie politico-religieuse totalitaire tente de s’imposer en régentant les femmes et leurs corps, les associations féministes sont le plus généralement inaudibles voire défaillantes sur le sujet, en tous cas pas à la hauteur des enjeux ; et ne parlons pas des intellectuels, politiques et médias qui feignent de ne pas voir ce qui se passe sous leurs yeux.

Le corps des femmes trop exposé, pas assez exposé mais toujours suspect, jamais vraiment libre.

Pornifié ou masqué, c’est toujours un corps qui nous échappe et qu’ils contrôlent pour leurs propres obsessions : il faut tour à tour le vendre ou le cacher aux regards machistes concupiscents.

Le débat n’est pas, contrairement à ce que l’on voudrait nous faire croire franco-français mais bien européen et même mondial : en Belgique, en Allemagne et en Espagne la question du burkini est également débattue, au Maroc il est interdit dans nombre de lieux touristiques.

Dans les pays les plus intégristes, Iran, Afghanistan, Arabie Saoudite, la charia impose aux femmes de ne pas se baigner autrement qu’habillées (sauf sur des plages et piscines privées).

Pour certains le burkini serait l’invention en 2004, d’une libanaise vivant en Australie mais pour d’autres il viendrait de Turquie ; en réalité des burkini sont apparus en Egypte, il y a environ 25 ans.

Jusqu’alors, les femmes au Maghreb étaient en maillots de bains sur les plages mais en 2015, le burkini soudainement à la mode, s’est répandu au grand dam de femmes qui veulent vivre libres et qui regrettent cette nouvelle censure religieuse.

Comment ne pas voir dans cette profusion de voiles, hijabs, abadas, niqabs, burqas et maintenant burkinis qui envahissent les pays occidentaux depuis peu de temps, une farouche volonté politique d’imposer aux femmes une pudeur toute fabriquée et aux musulmans l’adhésion à un islam rigoriste ?

Femmes couvrez-vous, affichez votre adhésion aux interdits inventés par des hommes mal à l’aise avec le corps des femmes, la sexualité, le respect de l’égalité et de la liberté de l’autre, des autres ; femmes, marquez votre différence avec les autres femmes, ces être impures, infidèles, ces prostituées dont vous devez vous désolidariser.

En 2016, il faut toujours le marteler : ce ne sont pas les femmes qui devraient faire preuve de pudeur mais les hommes qui devraient apprendre à se contrôler et à respecter les femmes pour ce qu’elles sont et ce qu’elles veulent. Apprendre à se connaître et à échanger en toute égalité, depuis des lustres que les êtres humains sont sur la terre, devrait être un art de vivre.

Les femmes qui se prêtent à cette mascarade obscurantiste, commettent, consciemment ou pas, un acte militant. Au début, grâce au zèle de la mode jamais en reste quand il y a de l’argent à se faire, les tenues peuvent être seyantes et colorées, elles n’en traduisent pas moins une volonté d’entraver la liberté de mouvement des femmes dans l’espace public et deviendront avec le temps, plus informes et plus sombres.

Revêtir l’un ou plusieurs de ces vêtements, c’est adhérer, que ce soit par mimétisme ou conviction, à un apartheid sexuel ; c’est se rendre complice du projet politique islamiste et participer à une action prosélyte. Bientôt, comme pour les piscines, la revendication de plages non-mixtes émergera.

Si cette injonction, indiscutablement sexiste, à la pudeur féminine est une constante dans toutes les religions terrifiées par les femmes, leurs corps et sexualité, au 21ème siècle, seul l’islamisme tente d’imposer sa vision du monde et des régimes politico-religieux totalitaires, soit par la force avec ISIS et Boko Haram notamment, soit idéologiquement, par la diffusion prosélyte du rigorisme wahhabite.

Les frères musulmans (1928) sont, comme les salafistes (IXe S.), des islamistes partisans de la charia, mais ils sont aussi très expansionnistes. L’Islam radical est un néofascisme, à ce titre, il ne serait pas absurde d’en interdire toutes les manifestations contraires à la constitution, au principe d’égalité et à l’égalité femmes-hommes.

Ce n’est toutefois pas à ce titre qu’a été interdite la burqa, petite faiblesse républicaine, mais pour raison de sécurité : couvrant le visage, elle empêche toute identification.

Alors, faut-il ou non interdire, comme l’ont fait en France, des maires par arrêté, le burkini sur nos plages ?

En premier lieu, j’ai considéré que non car en l’absence de loi, le combat doit aussi se situer au plan idéologique : interdire favorise la victimisation alors que c’est justement le but recherché ; un peu de pédagogie ne fait pas de mal, et l’humour peut aider : ce burkini qui moule les formes, produit plutôt l’effet inverse à celui recherché et attire doublement l’attention ; sexy en diable, il pourrait être qualifié d’exhibitionnisme islamiste ! J’ai aussi adoré la campagne Tweeter #unmaillotpouredwy suite au tweet lamentable d’Edwy Plenel qui comparait le burkini aux tenues de nos arrières grands-mères, noyant d’un coup d’un seul, un siècle d’avancées féministes. Merci Edwy, à toi et ton copain Tariq, nous proposons une nouvelle ligne de shortkinis bien moulants et bien collants !

Puis, je me suis ravisée : ce marquage sexiste des femmes par l’islam politique est inacceptable dans un pays laïc qui a mis au cœur de son projet de société, l’égalité femmes-hommes. Cette affaire de burkini n’est pas une question de choix individuel mais bien de projet de société et il est inadmissible de bafouer ainsi chez nous, un mode de vie et des libertés si chèrement acquises.

Puis je suis revenue à ma première impression, puis… puis je me suis demandé ce qu’en pensaient les associations féministes et à mon étonnement, je n’ai entendu que le silence, silence sur toute la ligne.

Les associations féministes ne m’aident plus à avancer. Il n’y a d’ailleurs plus de mouvement feministe à proprement parler.

Quand dans les années 1970/1980 les féministes s’affranchissaient des normes culturelles judéo-chrétiennes pour revendiquer leur liberté, elles pulvérisaient sur leur passage les ligues de vertu et moindres tentatives de retour arrière. Aujourd’hui elles se taisent, malgré les demandes incessantes des féministes qui dans les pays musulmans les supplient de réagir, ici pour repousser une emprise islamiste grandissante et là-bas pour dénoncer les violences de l’islam politique dont elles sont les premières victimes.

Quand elles ne se taisent pas, certaines crient à l’islamophobie aux côtés d’autres idiots utiles de l’islam radical, d’autres encore, perdues, se joignent au concert des « pas d’amalgame », culpabilisant par avance, d’être confondues avec les groupes racistes et d’extrême droite qui instrumentalisent la menace islamiste. Elles n’ont plus confiance en elles, en leurs analyses et jugements.

En 2016, elles ont oublié que ce sont les hommes qui profitent du système patriarcal qui doivent se remettre en question, s’éduquer et évoluer, et que les droits et libertés des femmes du monde entier, ici comme ailleurs, ne sont pas négociables.

C’est effrayant.