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Quebec : Pourquoi une partie de la gauche s’est entichée du burkini ?

De la détestation de l’Occident

mercredi 24 août 2016, par siawi3

Source : http://www.journaldemontreal.com/2016/08/18/pourquoi-la-gauche-inclusive-embrasse-le-burkini

Mathieu Bock-Côté
sociologue

Jeudi, 18 août 2016 11:18 MISE à JOUR Jeudi, 18 août 2016 11:59

Photo : Séance de baignade près de Bizerte, en Tunisie, le 16 août 2016 (Photo : AFP/Archives FETHI BELAID)

La querelle du burkini vient de reprendre en France et elle a traversé très rapidement l’Atlantique. Elle déchaîne les passions, naturellement, surtout depuis que certaines villes françaises comme Cannes ont décidé de l’interdire à la plage. Les uns se demandent s’il faut généraliser cette interdiction alors que les autres ne sont pas persuadés des vertus d’une intervention politique autour de cette question, même s’ils désapprouvent symboliquement ce qu’il représente. On convient toutefois, en général, que le burkini n’est pas un vêtement de plage comme un autre mais bien le symbole d’une forme d’exhibitionnisme identitaire. On reconnaît un malaise légitime et profond devant ce vêtement militant. On se demande aussi si le burkini pose problème du point de vue de la laïcité ou pour des raisons encore plus profondes. Faut-il interdire ou non le burkini ? La question se pose.

Il faut toutefois noter l’existence d’une perspective surprenante qui prétend que tous font fausse route : c’est la gauche inclusive, qui refuse de voir dans le burkini quelque problème que ce soit. Elle n’y voit qu’un vêtement de plage parmi d’autres, ou alors, la simple expression d’une préférence spirituelle publiquement exprimée qu’il serait. Elle refuse de prêter une signification politique au burkini. Certains esprits doctrinaires intoxiqués par la rectitude politique et habitués à débiter des sottises à prétention philosophiques veulent même y voir quelque chose d’élégant. On nous joue la cassette d’une pudeur admirable. on encore, on fait du burkini et du bikini les deux visages d’une même aliénation ? Le relativisme banalise tout. Le monde commun se laisse dissoudre dans une diversité infinie de subjectivités. On nous dit « vivre et laisser vivre » : on oublie qu’une société où le cadre culturel qui rend possible le burkini serait dominant ne laisserait plus vivre personne en paix.

Mais le burkini n’est pas qu’un costume de bain parmi d’autres et la gauche inclusive le sait aussi. Alors que ses détracteurs y voient une manifestation d’exhibitionnisme identitaire et un symbole islamiste qui s’inscrit dans une stratégie d’occupation de l’espace public, qui veut à la fois tester nos défenses juridiques et culturelles, pour banaliser les pratiques culturelles les plus rétrogrades et les plus en contradictions avec notre civilisation et notre culture, la gauche inclusive a décidé d’en faire un symbole des droits de l’homme à défendre à tout prix. Elle avait fait la même chose pendant la dernière campagne fédérale en défendant le droit d’une immigrante de prêter son serment de citoyenneté en niqab, comme si la contraindre à dévoiler son visage à ce moment était une offense aux droits humains. Il arrivera aussi à la gauche inclusive d’accuser ceux qui s’inquiètent du burkini d’instrumentaliser une question identitaire décrétée fantasmatique pour masquer les autres problèmes sociaux.
Sacralisation de la différence

Mais pourquoi la gauche inclusive s’est-elle entichée du burkini ? Pourquoi l’a-t-elle embrassé ? Il faut entrer dans sa vision du monde pour comprendre cela. La gauche inclusive entretient un préjugé lourd à l’endroit de la civilisation occidentale : elle serait fondamentalement allergique à la différence et aurait historiquement persécuté la diversité. Au nom de l’identité, elle aurait étouffé l’altérité. L’Occident, en fait, entretiendrait un rapport néocolonial avec la différence et ses institutions reposeraient sur une forme de racisme systémique. Dès lors, il faut, pour combattre cet Occident raciste et discriminatoire, embrasser les figures de la différence ou de la diversité qui sont en contradiction militante avec lui. Autant on diabolisera la « majorité », toujours soupçonnée de tentation tyrannique, autant on sacralisera les revendications des « minorités », surtout si elles entrent en contradiction manifeste avec la société d’accueil : ce serait leur vertu, d’ailleurs, car en les faisant triompher, on ferait reculer l’intolérance consubstantielle au monde occidental.

La gauche inclusive embrassera donc systématiquement ce qui conteste l’Occident. Le burkini devient alors le symbole d’une différence à protéger et la nouvelle frontière dans la grande conquête des droits de l’homme. Il devient une cause politique. C’est justement parce que le voile intégral entre en contradiction radicale avec l’Occident que la gauche inclusive se porte à sa défense avec énergie. C’est dans ce qu’il a d’odieux pour l’immense majorité qu’il est promu et encouragé. Les islamistes, qui ont parfaitement compris la psychologie progressiste dominante chez les élites occidentales, misent ainsi sur la culpabilisation de ceux qui font de l’ouverture un principe sans limites et qui sont terrifiés à l’idée de se faire accuser de xénophobie ou d’islamophobie. L’islamisme instrumentalise les droits de l’homme et parvient à hypnotiser la gauche inclusive qui s’allie avec lui sans même s’en rendre compte. Il parle notre langage pour le subvertir et notre gauche inclusive se laisse aisément bluffer.

On voit même certaines féministes, surtout les plus radicales, se porter à la défense du burkini, en disant que la société n’aurait pas à dire aux femmes comment se vêtir. Combattre le burkini relèverait d’une vision du monde patriarcal. On ne sait pas si on doit s’esclaffer. Par un retournement malsain de l’évidence, le burkini devient un symbole de l’émancipation féminine, comme s’il ne témoignait pas d’un désir d’effacement du corps de la femme, qu’on veut expliciter inférioriser dans un système d’apartheid sexuel. Cette pirouette idéologique est devenue habituelle et est un autre visage de cette sacralisation de la différence. On se souviendra qu’après les agressions sexuelles massives à Cologne, bien des féministes se sont montrées soudainement bien discrètes et trouvaient des circonstances atténuantes aux agresseurs, parce qu’ils étaient du côté des damnés de la terre. Alors que le féminisme voit du sexisme partout dans nos sociétés, il refuse de le nommer s’il ne peut être attribué à la figure malveillante de « l’homme occidental dominateur », de peur d’encourager la « peur de l’autre ». Cette frange du féminisme pratique la fausse représentation – ce n’est pas l’émancipation des femmes qui l’intéresse mais le procès de l’Occident – et est en faillite morale.

La gauche inclusive refuse de prendre au sérieux la simple possibilité d’un prosélytisme islamiste cherchant à marquer l’espace public de symboles hostiles à la société occidentale. Elle s’aveugle pour ne pas avoir à avouer que sa vision du monde est en faillite et que l’islamisme est en conflit explicite avec notre monde. Pour ne pas stigmatiser les musulmans, ce qui est une préoccupation honorable, elle refuse de lutter contre l’islamisme, ce qui l’est beaucoup moins. On ne se contera pas d’histoire : le burkini est un symbole militant dans la lutte menée par l’islamisme contre le monde occidental. On peut croire qu’il est judicieux ou non de l’interdire – le débat est ouvert, même s’il ne faut pas douter de la légitimité d’une éventuelle interdiction. Mais symboliquement, on ne devrait pas hésiter à le critiquer vertement en envoyant le signal très clair qu’il est perçu par nos sociétés comme une marque d’hostilité à leur endroit. Il faut construire contre lui des digues culturelles et juridiques et la dénonciation du burkini et de ce qu’il représente en est une.

Mathieu Bock-Côté est l’auteur du "Multiculturalisme comme religion politique" (Cerf Ed., 2016).

Cet article a été initialement publié dans Le Journal de Montréal.