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USA : Arabes sans dieu

vendredi 26 août 2016, par siawi3

Source : http://solidairesathees.blogspot.fr/

Aug 15 2016

LGB(A)T : Arabs without God.

En guise d’introduction, nous traduisons ici un extrait du chapitre IX du livre Arabs without God de Brian Whitaker.

« Il y a une importante population cachée d’athées qui doit se montrer » a dit Richard Dawkins quand il a apporté son soutien à la campagne OUT, lancé en 2007 et qui incitait les athées -particulièrement aux Etats-Unis- à affirmer leur athéisme en portant un badge de la forme de la lettre A. Ce n’est pas une coïncidence si les athées utilisent le terme « coming-out » pour décrire une déclaration publique de non-foi. L’homosexualité et l’athéisme sont deux choses que les gens préfèrent le plus souvent garder secret. Dans le contexte arabe, les deux sont socialement tabous et peuvent enfreindre la loi.
L’athéisme et l’homosexualité peuvent être rapprochés pour d’autres motifs. Les statistiques réunies aux Etats-Unis par le bureau d’enquête sociale montre que les lesbiennes et gays américains ont trois fois plus de probabilité de se déclarer athées ou agnostiques que les hétérosexuels. On a rapporté aussi que 62% des personnes LGBT aux USA pensent que la religion ne constitue pas quelque chose d’important dans leur vie. L’explication évidente est que les gens qui voient leur sexualité condamnée par les principes religieux sont plus à même de mettre en question les dogmes et donc à cesser de croire.
Les actes homosexuels sont illégaux dans la plupart des pays arabes, et quand il n’y a pas de lois spécifiques, on en utilise généralement d’autres plus larges comme la loi égyptienne contre la « débauche ». Être gay n’est pas en soi un crime ( tant que cela n’implique pas de rapports sexuels), quoique certains hommes aient pu être arrêtés pour comportement efféminé ou qu’il y ait des descentes de police dans des soirées gays. La peine habituelle pour sodomie est l’emprisonnement, mais elle est punie de mort en Mauritanie, en Arabie Saoudite, au Soudan et au Yemen. En général, à part quelques campagnes spécifiques, l’application de la loi se fait de façon arbitraire et au hasard - les autorités ne menant pas une chasse permanente aux gays. Une des raisons pour cela est qu’officiellement l’homosexualité n’existe pas à un quelconque degré dans les pays arabes - elle est vue comme une maladie occidentale. Toutefois, dans l’Irak post-Saddam, des groupes de miliciens ont souvent harcelés et tués des hommes suspectés d’être gays ou considérés comme pas assez virils. »

Suite à l’attentat d’Orlando un blogeur du site Arab Humanist a malheureusement pu constater au vu des réactions sur les différents sites d’informations qu’« il est désormais courant dans le monde arabe de souhaiter et de se réjouir de la mort des membres de groupes minoritaires. Gays, chrétiens, juifs, athées, apostats, musulmans hétérodoxes ou libéraux, laïques sont vus comme des « sous-hommes ». Célébrer leur mort est devenu la norme. Au pire, une attaque comme celle d’Orlando est saluée par des louanges ou au mieux par du silence. » Le site de libres-penseurs bangladais Mukto Mona a fait le même constat.

La menace ne vient pas d’ailleurs seulement des mouvements religieux puisqu’en Egypte, c’est depuis le putsch du Général el Sisi « qu’au moins 250 personnes lesbiennes, gays, bis et trans-genres ont été arrêtées dans une repression rampante qui a secoué une communauté devenue plus visible et active. A travers une campagne de surveillance sur le net, d’arrestations et de fermetures de commerce, la police a renvoyé les gays et trans-genres dans la clandestinité voire hors du pays. »
De même en Indonésie, pays pourtant jusque là relativement tolérant où le gouvernement a lancé une vaste campagne anti-gay ce qui semble avoir incité des groupes extrémistes à passer à l’action. Plusieurs figures de la scène LGBT locale, menacées de mort, ont du passer à la clandestinité. Ici comme ailleurs, la répression contre les libres-penseurs a préparé le terrain à l’offensive réactionnaire comme par exemple la condamnation de Alexander Aan en 2012.

A cette nouvelle vague de repression correspond toutefois une nouvelle vague de résistance comme celle des personnes trans-genres au Pakistan, suite notamment à l’assassinat de l’une d’entre elles au mois de juin.
De même le mur du silence tend à s’ébrécher, ainsi au Qatar où le site Doha News a publié un article « Ce que c’est d’être gay et Qatari ». Brian Whitaker sur son blog EL-Bab constate que la situation a relativement évolué : « En 2004-2005, quand j’écrivais mon livre l’homosexualité était encore un sujet tabou.Dans les rares occasions où elle était mentionnée dans les grands médias cela déclenchait un torrent de condamnations et lorsqu’on évoquait des arrestations ou des condamnations, c’était toujours pour des motifs plus ou moins cryptés tel des « actes indécents » ou « des comportements déviants. »
Dans la diaspora aussi, la parole commence à se libérer comme le montre cette lettre « A ma mère pakistanaise qui ne sait pas que je suis gay » parue ce week-end dans le Guardian.
Et, comme quoi tout est possible !, le débat devient même théologique puisque le rabbin new-yorkais Mark Sameth s’interrogeait dans le NYT de vendredi dernier : « Dieu est-il trans-genre ? ».