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Interview d’un athée pakistanais, Syed Ahsan Gilani

lundi 29 août 2016, par siawi3

Toutes les versions de cet article : [English] [français]

Source : http://solidairesathees.blogspot.fr/

23 juillet 2016

Paroles d’athées (5) : Interview d’un athée pakistanais, Syed Ahsan Gilani

Syed Ahsan Gilani est un activiste et libre-penseur né et élevé au Pakistan. Il a pratiqué l’islam sunnite dans sa jeunesse puis à la fin de l’adolescence s’est mis à lire le Coran de façon critique et abandonné la religion peu après.
En 2012, il a co-fondé l’Alliance des Athées et Agnostiques du Pakistan, au sein de laquelle il défend la dissidence et travaille à créer des groupes de soutien pour ceux qui quittent l’Islam. Il est désormais porte-parole de cette organisation.

L’interview a été menée par Elliot Friedland du Clarion Project.

EF : Votre Manifeste affirme « que vous insistez pour que personne ne soit étiqueté musulman avec des droits culturellement relatifs ». Qu’est ce que ces « droits culturellement relatifs » et pourquoi ne les aimez-vous pas ?

Syed Ahsan Gilani  : Le relativisme culturel est le principe que les croyances d’un individu et ses activités puissent être comprises et respectées par les autres, malheureusement cela ne se passe pas comme cela dans le monde musulman. Ils ne veulent pas nous donner nos droits. Ils veulent nous associer à leurs soi-disant valeurs religieuses et nous les imposer.
Nous ne voulons pas encourager cela car chaque personne a le droit de mener sa vie comme il l’entend. C’est un droit élémentaire que de choisir de mener sa vie avec ou sans religion.
Et si il choisit de mener sa vie avec la religion, il a le droit de choisir celle qui lui convient. Mais les musulmans considèrent que seul l’islam est la vraie religion, qu’elle prime sur tout le reste. Ils ne veulent pas autoriser les autres à abandonner l’islam. Nous sommes contre cet état d’esprit.

EF : De quelle manière votre organisation aide-t-elle spécifiquement la libre-pensée au Pakistan ?

Gilani  : L’AAAP est la première organisation des athées et agnostiques pakistanais. Le principal objectif de cette organisation est d’apporter du soutien aux gens et de leur donner une plate-forme pour parler et échanger leurs idées.
Les gens en ont besoin car il est interdit au Pakistan de s’exprimer ouvertement contre la religion.
Il n’y a même pas la liberté de pouvoir en parler en famille.
Si quelqu’un a des ennuis nous l’aidons a trouver un abri. Dans beaucoup de cas les familles organisent un boycott social, donc nous essayons de faciliter leur vie.
Notre principal objectif est de motiver les gens et les aider à réaliser qu’ils ne sont pas seuls.
A tous les athées et agnostiques au Pakistan : Nous sommes à vos côté. Et nous ne vous laisserons pas tomber.

EF : Qu’est ce qui est le plus difficile avec ce travail ?

Gilani  : Le plus difficile pour les athées est de parler librement en public. Être à la fois pakistanais et athée est une combinaison dangereuse. N’importe qui parle et critique la religion publiquement peut être poursuivi à cause des lois anti-blasphème, donc les gens sont obligés de cacher leurs noms et véritables identités.
Il est difficile de faire face aux violences et aux insultes dont les musulmans usent contre nous. Ils nous appellent kafirs (infidèles), traîtres.
Ils nous voient comme le dernier degré de l’échelle humaine. Nous recevons des menaces de mort quotidiennement. Parfois, il est vraiment difficile de savoir comment nous allons réussir à préserver nos vies.

EF : Y a t il des figures ou organisations religieuses avec lesquelles vous travaillez pour atteindre votre objectif de séparer l’église de l’État au Pakistan ?

Gilani : Oui nous avons quelques étudiants en religions mais ex-musulmans. Ils nous aident mais ont peur de leur famille et de la société. Car dès que les islamistes sauront qu’ils sont athées, leur vie sera en danger.
Beaucoup de personnes ne peuvent donner leur identité car ils ont peur mais ils croient fermement à la nécessité de séparer la religion de l’État.

EF : Où est-ce que les athées et les agnostiques se rencontrent-ils pour parler ? Y a-t-il beaucoup d’endroits et sont-ils sûrs ?

Gilani  : Oui, nous organisons différents meetings. Mais ce sont des meetings secrets une fois que nous avons trouvé un lieu sûr. C’est tout simplement dangereux de parler d’athéisme dans l’espace public.
Nous organisons aussi parfois des meetings sur Skype.

EF : Qu’attendent les athées et agnostiques du Pakistan de ceux qui les soutiennent dans d’autres pays, particulièrement en Occident ?

Gilani : Nous devons faire porter notre message aux athées pakistanais qui vivent dans les pays du nord. nous voulons qu’ils aident les athées pakistanais en s’exprimant sur les forums internationaux.
A part cela nous souhaiterions que d’autres organisations fasse pression sur le Pakistan pour qu’il abandonne les lois anti-blasphème.
Nous voulons créer une situation dans laquelle les gens n’aient plus peur.