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Vu du Quebec : Le burkini, message politique

lundi 29 août 2016, par siawi3

Source : http://www.journaldemontreal.com/2016/08/26/le-burkini-politique

Blogues Loïc Tassé

Loïc Tassé

Le burkini politique

Vendredi, 26 août 2016 15:28 MISE à JOUR Vendredi, 26 août 2016 15:39

En France, le Conseil d’État vient d’annuler les règlements d’une trentaine de municipalités qui interdisaient le port du burkini sur les plages publiques. Cette décision était assez probable. Les citoyens peuvent s’habiller comme ils le veulent. Le problème est que le port du burkini n’est pas que l’exercice d’un droit. C’est aussi l’expression d’un message politique. C’est là que le bât blesse.

Bien-sûr, il peut sembler ridicule de débattre de l’accoutrement d’une femme qui décide d’aller à la plage. Sera-t-elle nue ou complètement habillée ? Rien n’empêche les gens de se baigner nus là s’ils sont à l’abri des regards. Mais il serait mal vu de se baigner nu dans une piscine publique. Il existe une norme sociale sur l’habillement des baigneurs en public. À l’évidence, le burkini viole la norme communément admise.

Une norme variable

D’où vient cette norme ? De l’église ! Nous sommes loin de l’époque des bains publics romains. Nous sommes loin du Moyen-âge où les gens se baignaient nus. C’est qu’il y a bien longtemps, à la faveur des épidémies, les religieux ont fini par persuader les populations que la nudité était répréhensible. L’histoire de la pudeur en Occident est pleine de détours. Mais il faut bien admettre que les autorités religieuses du Livre ont joué un grand rôle dans la définition de la pudeur. Surtout en raison de leur tendance à promouvoir une vision pécheresse de la nudité. Il n’en est pas ainsi dans bien d’autres religions.

Une norme violée

Lorsque les gens réagissent négativement à une femme qui porte un burkini, ils réagissent entre autres à la violation d’une norme sociale et religieuse communément admise dans nos démocraties. Rappelons qu’en France, selon les sondages, environ 2/3 des gens condamnent le burkini. Je n’ai pas vu de sondages sur le sujet dans d’autres pays occidentaux, mais il ne serait pas surprenant qu’ils parviennent à des résultats similaires, malgré une condamnation médiatique assez unanime des règlements anti-burkini dans les pays anglo-saxons.

Porter le burkini marque le refus de partager un référant culturel commun. C’est pour cela que le burkini choque tant de personnes. Mais s’il ne d’agissait que de cela, il n’aurait pas été interdit dans plusieurs municipalités françaises.

Un message politique

Le port du burkini constitue aussi un message politique. Il affirme la présence d’un l’ordre religieux islamiste au détriment d’un ordre religieux chrétien. Or l’ordre religieux islamiste rejette aussi la démocratie, ce que ne fait pas l’ordre religieux chrétien moderne.

Un certain parallèle peut être établi avec la nudité totale en public. La nudité totale en public constitue aussi un rejet de l’ordre chrétien. Mais elle est en même temps une affirmation de la liberté individuelle. C’est un peu dans cet esprit qu’agissent les femen. D’une certaine manière, la nudité est une affirmation du pouvoir des individus. Un pouvoir qui les place au-dessus de toute injonction sociale ou divine. Cette affirmation, ce message politique, ne s’oppose pas d’emblée à la démocratie. Il tend même à certaines occasions à la soutenir. Par-contre, à d’autres moments, il prend une tournure libertarienne. En ce cas, le viol de la norme est aussi un message anti-démocratique.

Pour en revenir au burkini, il est évident que les constitutions des pays démocratiques vont protéger le droit des gens à s’habiller comme ils le désirent pour se baigner. Cependant, dans la mesure où il s’agit aussi d’un message politique, les femmes qui portent le burkinis devraient s’attendre à se faire répondre. Se faire dire que d’autres ne sont pas d’accord avec leur message politique. Se faire dire aussi que leur comportement brise une règle de bienséance sociale de culture chrétienne. La majorité des musulmans pourraient faire la même critique : la norme moderne dans la plupart des pays musulmans était que les femmes pouvaient se baigner en maillot et non pas en burkini. Ceci est encore la norme dans plusieurs pays musulmans. Et la majorité des musulmans pourrait probablement aussi dire qu’elle aspire à vivre dans une démocratie et non pas dans une théocratie.

Les femmes qui portent le burkini ont-elles le droit de propager leur message politique ? Oui. Mais ceux qui ne sont pas d’accord avec ce message doivent aussi pouvoir le dire haut et fort.

Les démocraties devraient lutter bien plus fortement contre ceux qui prônent ouvertement leur destruction. Jusqu’à présent, peu de politiciens ont osé s’engager dans cette voie. Pourtant en France, la prochaine élection présidentielle va se faire en partie sur ce thème et il est remarquable que tant à gauche qu’à droite, des leaders se lèvent pour dénoncer ceux qui veulent abattre la démocratie.

Un symptôme

Burkini est un symptôme de la maladie de l’islamisme. Il est toujours possible de traiter les symptômes et d’interdire le burkini. Mais le véritable enjeu est l’islamisme. Donc notre relation avec des pays comme l’Arabie Saoudite, l’Iran et la Turquie. Traiter les symptômes ne donnera pas grand-chose, sinon un apaisement social momentané. Seule la destruction ou l’affaiblissement radical des États qui soutiennent l’islamisme pourra venir à bout du problème. Cette idée est tranquillement en train de faire son chemin. Ce matin par exemple, le New York Time publiait un article approfondi sur le rôle de l’Arabie Saoudite, traitée de pompier-pyromane. http://www.nytimes.com/2016/08/26/world/middleeast/saudi-arabia-islam.html?hpw&rref=world&action=click&pgtype=Homepage&module=well-region®ion=bottom-well&WT.nav=bottom-well L’article, très nuancé, commence en remarquant que Clinton et Trump accusent tous deux le pays d’être une pépinière de terroristes.

Plus profondément, les démocraties devraient repenser leurs relations avec les fondamentalismes religieux qui prolifèrent un peu partout sur la planète, entre autres chez nos voisins du sud.

Il y a quelque chose de paradoxal et presque de comique à voir des fondamentalismes religieux se réclamer de droits garantis par des démocraties et en même temps, remettre en cause l’existence même des démocraties. Mais les religions, toutes tant qu’elles sont, ont l’habitude de ce genre de contradictions.