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France - Sur la burqa

Monday 16 November 2009 by siawi2

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Source: http://www.observatoire-laicite.org/spip.php?page=recherche&recherche=

jeudi 2 juillet 2009

Réponse à l’article d’Alain Finkielkraut :

Alain Finkielkraut, dans une récente tribune publiée par le Figaro réclame l’interdiction du port de la burqa, non pas au nom de l’universalité des Droits de l’Homme, ou des Lumières, pour lui obsolète quant aux défis lancés par d’autres cultures mais plus au nom des coutumes propres à chaque pays. Cela nous apparaît comme une véritable régression.

Il ne s’agit pas ici de prôner les valeurs de l’occident contre celles de l’orient.

Mais simplement de clamer haut et fort que les valeurs et principes des Lumières issus d’un lent processus de maturation intellectuelle prenant naissance lors de l’éveil de la conscience humaniste européenne de la renaissance ne sont, occidentales et françaises que par les hasards de l’histoire.

Encore qu’il existe un très ancien islam des Lumières incarné notamment par Averroès.

La liberté de conscience, le respect des autres et de soi-même, la tolérance mutuelle, la séparation des Églises et de l’État, dire que la démarche religieuse et la foi sont parfaitement légitimes et qu’elles ont naturellement leurs places dans l’histoire de l’Homme mais qu’elles ne constituent pas à elles seules la conception du monde, le mode d’appropriation de la connaissance et qu’ainsi elles doivent être traitées de manière égale avec les autres philosophies de la connaissance, de l’agnosticisme à l’athéisme en passant par la spiritualité sans Dieu, ne constitue pas un corpus culturel lié à un espace ou à une histoire mais s’adresse à la pensée de l’ensemble des êtres humains.

Dire qu’aucune Église, de même qu’aucune institution profane ne peut imposer à une société un mode de pensée, un mode de vie, un mode d’existence, une manière d’être n’est-ce pas compréhensible par d’autres cultures ? Cela n’est-il pas partageable en Iran, en Afghanistan, en Arabie-Saoudite ? Dans ces pays des hommes et des femmes, attachés à leurs propres civilisations combattent ces régimes dictatoriaux et théocratiques.

Les Droits de l’Homme, le droit à la dignité, le droit à un procès équitable, l’humanisation des peines, la liberté d’expression, la liberté de réunion ne sont ils pas praticables en Chine, en Corée du nord, en Birmanie ? Et pourtant, là aussi, des hommes et des femmes combattent pour ces libertés élémentaires.

Abandonner en France même le concept des Lumières pour prôner l’interdiction de la burqa est une porte ouverte à toutes les déviances.

Il faut dénoncer et sans doute interdire la burqa au nom de ces valeurs là. Il ne s’agit pas d’imposer une culture sur une autre. Il s’agit de rappeler l’universalité de l’humaine condition.

L’Église catholique qui s’est imposée en occident, a elle même été contrainte d’évoluer. Pour autant, elle a elle même ses intégrismes qui doivent être également combattus.

Pourquoi l’islam n’en serait il pas aussi capable ?

La burqa est la manifestation d’un intégrisme islamique. Rappeler à l’islam et aux musulmans que le port de cette burqa n’est pas conforme aux valeurs universelles, c’est reconnaître la légitimité de la religion musulmane et de la foi de ceux qui y adhèrent. C’est reconnaître la capacité de cette religion de lutter contre ses propres sectarismes.

La république française a interdit de nombreuses sectes qui se considéraient comme des cultes. Il est actuellement requis devant les tribunaux de la République, par les représentants des ministères publics, l’interdiction de l’église de scientologie .

Et ce, au nom d’un certain nombre de principes qui certes sont inscrits dans notre droit spécifique mais qui concernent tous les Hommes.

La burqa est un signe sectaire qui emprisonne le corps, qui manifeste de manière ostentatoire une appartenance et un rejet de l’autre. C’est le refus de l’altérité. C’est cela qui n’est pas acceptable.

Certes, il ne s’agit pas ici d’une véritable atteinte à la séparation des Églises et de l’État: le voile est interdit à l’école et au lycée mais autorisé ou tolérer dans la rue. La burqa est interdite également à l’école : pourquoi devrait elle l’être dans la rue !

Parce qu’il s’agit d’une dérive communautaire.

La communauté n’est licite que si elle permet de s’en échapper, de s’émanciper, de se libérer. Régis Debray dans son dernier livre écrit que la fraternité c’est ce qui éloigne de la fratrie… Une société communautaire est une société qui enferme dans une identité, une culture, une tradition. Elle est l’expression d’un replis identitaire, d’un enfermement, voire d’un emprisonnement. Chacun a droit à la différence mais dés lors que cette différence est intégriste, liberticide, atteinte à la dignité, remise en cause de valeurs universelles, sectaire, elle doit être interpellée. C’est au nom des Droits de l’Homme, des Lumières et de la Laïcité que chaque Homme, en France et dans le monde, doit empêcher tout ce qui porte atteinte à l’intégrité des corps et des esprits.

Jean-Michel QUILLARDET

Ancien Grand Maître du Grand Orient de France

Président de l’Observatoire de la Laïcité contre les Dérives Communautaires